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DISCUSSION DU BUDGET DE LA GUERRE

amendement de M. Camille Sée, supprimant le chapitre de Saint-Denis et les chapelains de Sainte-Geneviève.

Au budget des Affaires Étrangères Tamendement Madier de Montjau, pour la suppression de l'ambassade au Vatican, ne réunit que 86 voix ; à celui de Tlntérieur, le traitement des conseillers de préfecture de la Seine fut porté de 8 à 10.000 francs ; les inutiles sous-préfectures de Sceaux et de Saint-Denis, cette banlieue de Paris, furent supprimées ; les sous-préfectures des autres départemenls ne furent menacées qu'un instant, par un amendement de MM. Floquet, Lockroy , Clemenceau et Duvaux que ses auteurs retirèrent. La difficile question des réformes de cette importance, opérées par voie budgétaire, par simple suppression de crédit, aurait pu se poser et être tranchée à cette occasion. Dans l'espèce, le moyen employé était beaucoup plus contestable que la réforme elle-même.

C'est à propos du budget de la Guerre qu'eurent lieu les plus intéressantes discussions et les plus notables changements. Le général de Cissey avait fait signer, le 25 Décembre 187ë, sans consulter l'Assemblée nationale, un décret entaché d'illégalité qui modifiait les tarifs de solde. La Chambre accorda le crédit de 3.300.000 francs que comportait Tapplication de ce décret, mais, pour marquer sa légitime désapprobation, elle vota une réduction de 3.000 francs et décida que es augmentations accordées aux officiers de l'état-major général, de l'intendance et du corps de santé militaire ne seraient définitives qu'après un travail de vérification des soldes. Ces décisions furent prises sur un amendement du très compétent M. Margaine. Sur ce même budget de la Guerre, la Commission avait fait une économie de 14 millions, sans compromettre aucun service, par une simple rectification d'écritures ; elle vérifia le prix moyen de la viande et compta 31 centimes la livre ce que l'administration de

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l'armée comptait 39 centimes. La Chambre ratifia l'œuvre de sa Commission.

M. Clemenceau fit voter, au budget de Tlnstruction Publique, la création d'une chaire de pathologie mentale à la Faculté de médecine de Paris et Paul Bert fit supprimer la Faculté de théologie catholique de Rouen, qui comptait moins d'élèves que de professeurs. Le crédit supprimé devait être rétabli par le Sénat; mais le Sénat ne réussit qu'à rendre à cette Faculté, comme aux autres du même ordre, une vie factice et momentanée. Nous indiquerons ultérieurement le détail des augmentations votées au budget de l'Instruction Publique, qui n'étaient pas toutes également nécessaires et qui ne furent pas toutes également heureuses.

Aux ministères des Travaux Publics, du Commerce et de l'Industrie nous signalerons les augmentations de 300.000 francs accordés pour frais d'études du port de Bône, de 8.000 francs pour la galerie de paléontologie du Muséum, de 1.700.000 francs pour relèvement du traitement des facteurs ruraux : celle-ci avait été demandée par M. Rouveure, celles-là par Gambetta.

La discussion du budget des recettes n'eut pas l'ampleur de celle du bubget des dépenses. M. Rouvier avait proposé la suppression de l'impôt sur les boissons et son remplacement par un impôt qui rappelait Vincome-tax, MM. Léon Say et Mathieu Bodet lui répondirent en faisant valoir la charge déjà supportée par les fortunes. Un autre projet d'impôt sur le revenu, très sérieusement étudié par M. Gambetta, fut publié dans la République Française, mais ne fut pas l'objet d'une discussion contradictoire, à la tribune, en 1876.

Le budget des dépenses, fixé par les votes de la Chambre à 2 milliards 736 millions, offrait un excédent de recettes de 755.850 francs; mais le Sénat grossit le chiffre des dépenses, en relevant ou en rétablissant les crédits s'appliquant aux

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Cultes, au service des officiers généraux, aux aumôneries de rarmée et de la flotte. Ces relèvements amenèrent le conflit ou le dissentiment entre le Sénat et la Chambre, que nous raconterons sous le ministère de M. Jules Simon.

Les dépenses, prévues à 2 milliards 736 millions, n'ont pas atteint ce chiffre, fait unique peut-être, parce que le crédit de 69 millions, ouvert sur ressources extraordinaires, pour travaux publics extraordinaires, n'a été dépensé en 1877 que dans la proportion de 16 millions. Le bugdet de 1877 était bien étudié, bien établi et la plus-value des recettes atteignit 59 millions. Cette justice est rendue au premier budget républicain par M. Amagat, peu suspect de tendresse pour la gestion républicaine, dans son consciencieux ouvrage sur les deux gestions conservatrice et républicaine. Il loue aussi la Chambre de 1876, aussi soucieuse de l'ordre que de la liberté et du progrès matériel, d'avoir entrepris les 1.240 kilomètres de chemins de fer d'utilité publique, prescrits par les lois des 16 et 31 Décembre 1875. Ses critiques portent exclusivement sur les augmentations de dépenses : nous les passerons en revue.

La pension des instituteurs fut élevée, presque au lendemain du jour oïl l'Assemblée nationale, par la loi Maurice, venait de l'augmenter de 140 francs. Ce n'est pas l'augmentation de la très médiocre pension de retraite des instituteurs qui appelait la critique, mais l'habitude prise, dès cette époque, de multiplier, sans mesure, les mises à la retraite de fonctionnaires parfaitement valides, capables de rendre encore les meilleurs services, et d'imposer ainsi à l'Etat le paiement d'un traitement de retraite et d'un traitement d'activité. Très imprudente aussi fut l'augmentation de 3 millions de francs à l'article subventions pour constructions scolaires ; en procédant ainsi par subventions globales, au lieu de procéder par accroissements graduels, au fur et à mesure des besoins dûment constatés de chaque Commune, on ouvrait le Edc. Zevort. -— Troisième République. ii. — 19

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gouffre où se sont engloutis des centaines de millions. Pour important qu'il soit, le résultat obtenu ne répond certainement pas h l'étendue de la dépense faite.

L'augmentation du crédit des Facultés, porté de 5 millions à 8 millions et demi, se justifie au contraire d'elle-même. L'emploi des sommes votées fut très sérieusement Contrôlé : elles furent consacrées au matériel et au personnel de l'enseignement supérieur, si négligés l'un et l'autre, malgré la bonne volonté des ministres. Il avait fallu l'élection d'une Chambre républicaine pour rendre cette bonne volonté efficace. L'institution de 70 maîtrises de conférences à 3.000 francs, ne fut pas moins heureuse : elle rajeunit, compléta et fortifia l'enseignement des Facultés des lettres et des sciences. Au lieu de se recruter avec les professeurs fatigués de l'enseignement secondaire, ces Facultés ouvrirent leurs chaires à de jeunes maîtres pleins de force, de talent et d'avenir. La création de 300 bourses de Facultés, à 1.200 francs, se défend également, si Ton songe qu'après avoir créé des chaires nouvelles (14 pour les Sciences, 11 pour les Lettres et 4 pour le Droit), il fallait leur assurer des auditeurs. Le public et les publicistes peu versés dans ces matières triomphent, à la lecture des statistiques indiquant le nombre des licenciés qui ne recevront jamais d'emplois et prétendent que l'on multiplie, comme à plaisir, le nombre des déclassés. Ils ne réfléchissent pas que le nombre des boursiers est infime, par rapport à celui des étudiants payants, que l'enseignement supérieur, dans les Facultés à boursiers, est tout le contraire d'un enseignement utilitaire ou professionnel et que ces prétendus déclassés, en admettant qu'ils méritent cette qualification, l'auraient été tout aussi bien et tout autant, s'ils n'avaient pas reçu les leçons de nos Facultés. S'ils ne savent pas utiliser une instruction supérieure, auraient-ils su utiliser une instruction plus rudimentaire ?

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L'augmentation des traitements de Tlnspection académique, si chargée de travail de bureau, de contrôle et d'ins pection, celle des grandes directions de Tadministration* centrale, qui avaient remplacé les anciennes et modestes divisions, n*ont pas besoin d'être justifiées. La création de lis emplois nouveaux aux Finances, Télévation du traitement des consuls généraux aux Affaires Etrangères, celle du fond d'abonnement des préfectures et sons-préfectures à rintérieur, seraient plus malaisées à défendre.

A l'ouverture de chaque vacance parlementaire, il convient désormais, sôus la rubrique admise, le Parlement hors session y de raconter les voyages et de rappeler les discours des principaux hommes politiques, fidèles à l'excellente habitude de rendre compte de leur mandat et d'exposer leurs vues d'avenir à leurs électeurs. L'éducation de la Démocratie ne pouvait que gagner à ces visites et à ces conférences. Nous avons signalé la présence de MM. de Marcère et Chris tophle h Domfront ; il faut mentionner aussi celle de M. de Marcère dans sa circonscription, au Quesnoy et à Maubeuge. Le ministre de l'Intérieur, dont la personne et la politique servaient de cibles aux réactionnaires, crut devoir se défendre de vouloir ruiner l'autorité, parce qu'il prétendait apprendre au pays à se gouverner lui-même, et de vouloir insulter l'armée, parce qu'il s'était montré défavorable, en Conseil des ministres, aux poursuites contre des journaux inculpés d'outrage à nos soldats.

A Paris, Gambetta, devant 8.000 personnes réunies à Belleville, répudia le jacobinisme, réprouva énergiquement l'insurrection communale, qualifiée par lui de criminelle, et opposa courageu.sement, dans le milieu le moins fait pour comprendre son évolution, la politique des résultats à la politique des déclamations.

C'est également à Paris que se réunit, avec la tolérance

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du Gouvernement, un Congrès des délégués ouvriers des professions manuelles. Ce Congres marque un moment intéressant dans rhistoire des doctrines sociales. En 1848 les ouvriers, endoctrinés par Louis Blanc, ne parlent que de TEtat producteur, de TElat entrepreneur, de l'Etat patron. En 1896, sous l'influence de MM. Guesde et Jaurès, ils semblent revenus à cette conception de la réforme sociale. A égale distance de ces deux dates, en 1876, leurs délégués les plus autorisés, M"*® André, M. Bonne, M. Finance, M. Nicaise font des déclarations bien différentes. « Nous savons que le travail et le capital sont solidaires, dit M. Bonne, et que le progrès ne peut se réaliser que par leur accord. » Et M. Nicaise : « Nous tournerons dans un cercle vicieux, chaque fois que nous voudrons sortir du principe fécond et lumineux de la liberté. » Par exemple, l'ignorance en histoire des ouvriers de 1876 égalait celle des ouvriers contemporains, et un ouvrier dijOnnais, M. Prost, affirmait que « Tordre nouveau, issu de la Révolution, était intolérable et pire que ce qui existait avant 1789 ». Le socialisme chrétien, qui fleurit aujourd'hui, n'a pas même le mérite d'avoir inventé cet énorme paradoxe : il fait pendant à celui qui représente l'instruction primaire comme un peu moins avancée en 1896 qu'en 1750. Il est intéressant de le constater : les ouvriers se montraient beaucoup plus raisonnables que les Républicains intransigeants, comme MM. Naquet ou Ordinaire qui se réclamaient de la Terreur ou de Marat el qui semblaient prendre à tâche d'écarter le adhésions de la bourgeoisie à la République.

Les élections politiques furent nombreuses, pendant ces vacances : il y en eut 2 en Août et 7 en Octobre. Le 27 Août un Républicain, M. Huon, fut élu à Guingamp contre le prince deLucinge-Faucigny, invalidé, et un autre invalidé, le comte

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