ÉLECTIONS POLITIQUES ET MUNICIPALES
de Mun, passa dans le Morbihan, mais avec 1 .000 voix de moins qu'au premier tour. Des sept élections qui eurent lieu dans les Hautes-Alpes, le Nord, l'Oise, la Meurthe-et-Moselle, la Haute-Garonne et le Gers, les cinq premières furent favorables à la Gauche, les deux dernières à la Droite bonapartiste. La Chambre des députés qui avait compté, après le o Mars 1876, 373 Républicains contre 156 anti-Républicains eut, après ces élections, 380 Républicains contre moins de 130 anti-Républicains. La Gauche n'a été plus puissamment représentée, dans une Chambre française, qu'en 1881, à l'Assemblée qui fut élue sous le ministère de Jules Ferry.
Les élections des municipalités qui se firent le 7 Octobre, dans les 33.000 Communes auxquelles avait été restitué le droit de choisir maire et adjoints, amenèrent des changemenls dans 7.000 Communes, changements favorables aux Républicains, malgré les influences locales qui s'exercent si facilement dans les villages et les bourgs.
Ces rapides progrès de la République n'étaient pas sans préoccuper le président du Conseil, qui avait l'aversion h peine dissimulée de la Démocratie. Mais M. Dufaure, fidèle à la parole donnée, aux engagements solennellement pris envers la majorité comme envers le Maréchal, poursuivait imperturbablement son œuvre d'application loyale de la Constitution et de réorganisation de la magistrature. A ce dernier point de vue, il engageait les magistrats à travailler et à publier, estimant que l'impression d'un livre, qui est souvent un écueil pour l'auteur, en est un moins redoutable pour le magistrat que la politique active ; il rappelait aux procureurs généraux qu'il est interdit aux notaires de spéculer à la bourse ou de se livrer au négoce ; enfin il combattait, par circulaires, Tintolérable abus des vicariats fictifs. H fut même amené, par suite des incidents qui se produisirent dans certains corps d'armée, à s'associer, lui
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catholique, aux mesures que le Conseil des ministres fut obligé de prendre contre les catholiques militants et intransigeants, qui se rencontraient plutôt dans les hauts grades que dans la troupe.
Le général de Cissey avait dû quitter le ministère le 15 Août, pour des motifs d'ordre privé. Le général Berthaut recueillit sa succession. Le Maréchal, se réservant, avec la direction de Tarmée et de la marine, le choix du personnel, M. Dufaure, président du Conseil, ne fut pas plus consulté pour le choix du général Berthaut qu'il ne l'avait été pour le maintien du général de Cissey, et aucun changement ne fut apporté dans les commandements de corps d'armée. Quelques-uns des grands chefs s'étaient pourtant compromis de toutes manières, sous les ministères de Cissey et du Barail, et les généraux qui commandaient h Bourges, à Lyon, à Châlons et à Rouen étaient signalés, parles Bonapartistes, comme tout prêts à un coup de main. Seul, le général Ducrot donnait prise à ces calomnies, par l'intempérance de son zèle clérical et réactionnaire. Il transformait tous ses soldats en < paroissiens », comme l'avait annoncé le général Guillemaut dans la discussion de la loi sur les aumôneries militaires; il les faisait assister, par ordre, sur le plateau de Beuvron, aune messe militaire, avec bénédiction pontificale, qui n'était qu'une manifestation de piété agressive. Cet exemple, venu de haut, était contagieux et, sur plusieurs points du territoire, à Arras, à Perpignan, des généraux, présidant des distributions de prix, se permettaient de véritables attaques contre la Constitution. L'opinion s'émut et son indignation fut portée au comble par le déplorable incident qui se produisit aux obsèques de Félicien David. Le piquet d'honneur abandonna le cortège, quand il apprit que l'enterrement avait un caractère purement civil : le scandale de ce départ devait avoir son écho dans la
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Chambre, à la session d'hiver. Quant aux attaques contre la Constitution, le général Berthaut crut devoir les interdire, très indirectement du reste, en invitant les officiers généraux à n'accepter de présidences, qu'après avoir sollicité l'autorisation ministérielle et à s'abstenir, dans leurs discours et ieurs écrits, de toute appréciation politique.
Est-il étonnant, après que ces faits avaient surexcité l'opinion libérale, que les républicaines populations de l'Est aient fait au Maréchal un accueil peu sympathique ? A propos des exercices annuels de la réserve des classes 1868 et 1869, le Maréchal s'était rendu à Besançon, à Bourg et à Lyon. Dans cette dernière ville, l'accueil fut presque froid. On attribua les manifestations qui se produisirent au radicalisme hargneux des Lyonnais. 11 eût été plus juste de les attribuer aux maladresses du Gouvernement et aux oublis commis, à Lyon, par la maison militaire du Maréchal, la grande cité lyonnaise s'étant au contraire signalée, depuis qu'elle est délivrée des préfets de combat, par la constance, la fermeté et la modération de son républicanisme.
Au milieu de la grande tranquillité intérieure, notre politique étrangère était en pleine activité. Nous ne faisons pas allusion à l'érection en ambassade de la légation de France près le roi d'Italie, ni à la nomination de MM. Baude, de Gabriac, Tissot, Lesourd et Duchatel aux ambassades ou légations du Vatican, de Bruxelles, d'Athènes, de Tanger et de Copenhague, mais à la réouverture de la question d'Orient et aux préliminaires de la guerre turco-russe. Le duc Decazes. qui ne songeait qu'à sortir du recueillement où la France s'était volontairement renfermée, après 1870, nous lança dans les complications orientales avec une certaine légèreté. Dès la fin du mois de Juin 1875, les Bosniaques chrétiens s'agitaient sur les frontières de l'Herzégovine, de la Dalmatie et du Monténégro. Cette agitation, se produisant en
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face de la France annulée et des trois cours du Nord, Berlin» Vienne et Saint-Pétersbourg, réunies par la triple alliance, semblait devoir nous laisser, non pas indifférents ou inattentifs, mais absolument neutres ; nous ne pouvions, en effet, prendre parti sans mécontenter ou la Russie ou TAngleterre, qui avaient en Orient des intérêts opposés. Au début, le duc Decazes se prononça pour une action purement morale, qui aurait été confiée à TAutriche, ce qui n'engageait à rien, en apparence, les ambitions de TAutriche, ambitions non spontanées peut-être, ne s'étant pas encore révélées. Le 11 Août, le Divan signalait à son ambassadeur à Paris Textension de la révolte à l'Herzégovine, la connivence du Monténégro et les armements significatifs de la Serbie. Le duc Decazes répondit à la communication du Divan que les consuls français s'emploieraient exclusivement à une œuvre de paciûcation. Si leur action avait été simplement pacificatrice, le Gouvernement russe n'aurait sans doute pas mis autant d'empressement à remercier le Gouvernement français des dispositions amicales qu'il montrait dans la question d'Orient. Pour rétablir l'équilibre, le duc Decazes écrit à notre ambassadeur à Londres ; il lui répète que notre action sera purement morale et que la France s'efforcera c de prévenir toute éventualité d'intervention ». Le langage tenu à TAngleterre était déjà un peu différent du langage tenu à la Russie. Mais on y surprend, outre cette apparence de duplicité, un désir manifeste de rentrer dans le fameux « concert européen » ; car, enfin, personne n'a fait à U France l'offre ferme de s'associer à l'action commune et le remerciement banal de la Russie pouvait difficilement passer pour une invitation.
Il va sans dire que la mission donnée aux consuls, de faire entendre raison aux insurgés, échoua complètement et, le 30 Décembre 1873, le Gouvernement austro-hongrois lança