‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 91 sur 230 · POUTIQUE EXTÉRIEURE DU DUC DECAZES · texte numérisé non relu

POUTIQUE EXTÉRIEURE DU DUC DECAZES

la note Andrassy, qui demandait à la Porte, pour les provinces insurgées, une série de réformes que les puissances seraient appelées à contrôler. Par une dépèche, en date du 3 Janvier 1876, à notre ambassadeur à Vienne, le ducDecazes s'associe à ces demandes. 11 répondait par cette adhésion aux avances et aux flatteries que le comte Andrassy lui avait adressées, par Tintermédiaire de M. de Vogué. La note Andrassy n'étant pas appuyée par l'Angleterre resta sans elTet; les insurgés refusèrent d'ailleurs d'accepter la solution proposée par le Gouvernement austro-hongrois.

Impuissants, dans les provinces excentriques de leur domination européenne, les Turcs Grent appel au fanatisme musulman, dans les provinces rapprochées de Gonstantinople. La Bulgarie fut le théâtre d'abominables barbaries, de scènes qui rappelaient les sanglantes horreurs du temps de Mahomet II : plus de 15000 Chrétiens y périrent. La Roumélie échappe aux massacres en masse, mais non pas aux attentats contre les Chrétiens : les consuls de France et d'Allemagne sont massacrés à Salonique.

Pendant que MM. de Bismarck, GortschakofT et Andrassy conviennent de se réunir à Berlin, le duc Decazes écrit à notre ambassadeur en Allemagne que le meurtre de Salonique ne change rien au fond des choses, que la France consent à un échange d'idées, mais non à une Conférence, et qu'elle n'exclut que l'intervention armée. Le 13 Mai a lieu, chez le prince de Bismarck, cet échange d'idées entre les trois cours du Nord, la France, l'Italie et l'Angleterre : il consiste uniquement dans la lecture par Gortschakofl* d'un mémorandum reproduisant à peu près les termes et les propositions de la note Andrassy. Ce nouvel efl'ort, tenté auprès de la Turquie, échoua comme le précédent, malgré l'adhésion de la France et de l'Italie, parce que l'Angleterre refusa de s'y associer. On cherche vainement à quoi a pu servir

298 LE PREMIER MIIfISTÉRE DLTACRE (10 Mar8-12 Décembre 1876)

rinterventioa de la France dans ces préliminaires, quel intérêt elle avait à participer à toutes ces tentatives avortées, quelle idée la guidait, quel dessein elle poursuivait.

Pendant que les diplomates se livraient à ces stériles pourparlers, tout allait de mal en pis à Constantinople, sous la domination d*Abdul Aziz. Midhat Pacha, dans la nuit du 29 au 30 Mai, remplaçait, parMourad Y, le malheureux Abdul Aziz, qu'il faisait « suicider > quatre jours après. Trois mois plus tard, le 31 Août, Mourad Y, déposé à son tour, avait pour successeur Abdul Hamid. Cette Révolution, favorisée par TAngleterre, avait empêché que le mémorandum fût remis à son adresse. Sous le règne éphémère du faible Mourad, Milan de Serbie déclarait la guerre à la Turquie le 30 Juin et Nikita de Monténégro le 2 Juillet. Les Turcs, affaiblis politiquement, avaient conservé toute leur vigueur guerrière. Nikita est protégé contre eux par son éloignement; mais Milan perd toutes les batailles qu'il leur livre et est réduit à adresser, le 28 Août, une demande de médiation aux puissances.

La Conférence de Constantinople se réunit et la France y est représentée par un envoyé spécial, M. de Chaudordy. En renvoyant à Constantinople, le duc Decazes l'a engagé officiellement k se maintenir dans la neutralité quand même, officieusement à se montrer russe dans la mesure compatible avec les intérêts généraux du pays. Nul n'a connu, comme le duc Decazes, le secret de ces phrases énigmatiques qui ne permettent rien à un agent et qui l'autorisent à tout. Dans cette seconde phase des négociations, qui précédèrent la guerre turco-russe, l'intervention de la France fut plus marquée encore que dans la première, et l'échec de notre diplomatie, échec collectif il est vrai, plus marqué aussi. Les principaux événements, intéressant toutes les puissances, furent l'ultimatum lancé, le 31 Octobre 1876, par le Cabinet de Saint-Pétersbourg, en vue d'obtenir un armistice, et où il

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