‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 92 sur 230 · LA CONFÉRENCE DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

LA CONFÉRENCE DE CONSTANTINOPLE

répudiait toute pensée de conquête, et le protocole de Londres, du 31 Mars 4877, qui résumait les réformes que la Conférence de Constantinople avait prétendu imposera la Turquie, et les garanties pour les Chrétiens, dont les puissances avaient voulu entourer ces réformes.

Nous n'avons pas à entrer dans le détail de cette histoire, qui se mêle à Thistoiré intérieure et extérieure de la Turquie. Il nous suffira de relever le satisfecit que le duc Decazes se décernait à lui-même, le 25 avril 1877 : c En nous mêlant aux négociations, nous avions pour but de fortifier l'entente des puissances entre elles... Après tant d'efforts pour écarter ce dénouement (la guerre) nous n'avons plus qu'à affirmer notre volonté bien arrêtée de demeurer étrangers aux complications qu'il peut déterminer. » Et le duc Decazes résume, en cette formule, toute la politique française : t Neutralité la plus absolue, garantie par l'abstention la plus rigoureuse. » Les épithètes n'y faisaient rien : la diplomatie de notre ministre des Affaires Étrangères avait échoué, les deux buts qu'il avait voulu atteindre, il les avait manques et son ingérence étourdie dans le confiit oriental, après dix-huit mois de démarches inconsidérées, nous avait placés, sans nous gagner la Russie, en face d'une Espagne et d'une Italie hostiles, d'une Angleterre défiante, d'une Autriche indifférente et d'une Allemagne irritée. M. Thiers avait prétendu que le maintien de M. Decazes dans le Cabinet du 10 Mars 1876 était un scandale ; M. Thiers avait raison. Le duc Decazes n'en fut pas moins maintenu dans le Cabinet de M. Jules Simon, le 12 Décembre 1876, comme il l'avait été dans celui de M. Dufaure, et, comme il le fut, après le 16 Mai, dans celui du duc de Broglie, avec lequel il se retira, le 23 Novembre 1877. Son rôle politique était fini. Elu député, comme candidat officiel du Maréchal, dans un arrondissement des Alpes-Maritimes, et grâce à la plus cynique des pressions administra-

300 LE PREMIER MINISTÈRE DLTAURE (10 Mars-12 Décembre 1876)

tives, il fut invalidé par la presque totalité delà Chambre et il quitta TÂssemblée, sans qu'une main pressât la sienne. Il servit tous les partis, il les trahît tous et il fut renié par tous.

Le Cabinet Dufaure ne survécut guère qu'un mois à la réouverture de la session extraordinaire de 1876. Cette session aurait été entièrement consacrée au budget et aux lois d'affaires, sans la question de cessation des poursuites pour faits insurrectionnels et sans celle des honneurs funèbres, qui naquit incidemment, soulevée par un amendement de M. Floquel. Nous ne reviendrons sur le budget de 1877, dont nous avons exposé l'économie générale et les grandes lignes, que pour préciser l'attitude prise par M. Gambetta, dans la question de Timpôt sur le revenu, et pour signaler de graves révélations rétrospectives faites par le prince Jérùme-Napoléon. Le projet d'impôt sur le revenu de M. Gambetta, que la Commission avait adopté en principe et en dehors de la loi financière de 1877 , remplaçait certaines contributions directes par une taxe frappant la rente sur l'Etat et les bénéfices professionnels. Dans la discussion du budget des Cultes le prince Napoléon, orateur très inégal mais plein de verve et de nerf, avec un certain souffle âpre et dur, signala les empiétements du parti clérical, comme un danger pour le pays, et affirma que le maintien du pouvoir temporel des Papes nous avait coûté l'Alsace et la Lorraine. Cette dernière affirmation était peut-être trop absolue; il n'en était pas moins vrai, historiquement, que la protection acordée par Napoléon HI au Pape, prince temporel, nous avait peut-être privés du concours de Victor-Emmanuel.

Ou devine quelle agitation ces évocations d'un récent et terrible passé provoquaient dans la Chambre. Le Sénat, moins bruyamment, faisait, à ce moment, d'aussi utile besogne. En présence du nouveau ministre de la Guerre, le général Berthaut, malheureusement aussi routinier, aussi bureaucrate

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