RETRAITE DU MINISTÈRE DUFAURE
Le ministère Dufaure, le premier ministère républicain, du Maréchal, succombait donc après moins de neuf mois d'existence. Il eût été désirable, a-t-on dit, qu'il durât plus longtemps ; il eût fallu prouver au pays que la République parlementaire n'était pas le régime du provisoire et de l'instabilité. Cette preuve ne pouvait être fournie, avec le Maréchal de Mac-Mahon à la tète de l'Etat et dans les conditions difficiles qui furent faites à M. Dufaure ou qu'il se fit à lui-même. Le Maréchal de Mac-Mahon était convaincu que Thonneur, le devoir, sa conscience l'obligeaient à barrer la route à ce qu*il appelait le Radicalisme. M. Dufaure n'était guère moins inquiet que le Maréchal des progrès de la Démocratie, dont il se défiait. Cette défiance explique toutes les fautes qu'il commit et que l'on n'aurait pas attendues d'un parlementaire aussi expérimenté que lui. Il eut le tort d'accepter la présidence d'un Conseil des ministres qu'il n'avait pas formé ; de s'appuyer exclusivement sur le groupe numériquement le moins important de la Chambre ; de soutenir, devant le Sénat, avec une tiédeur remarquable, les projets à l'adoption desquels la majorité de cette Chambre tenait le plus et surtout, faute capitale, grave erreur d'optique, de considérer les trois quarts des membres de la majorité républicaine comme des représentants de la politique antireligieuse et sectaire, de méconnaître l'évolution qui s'était opérée dans le parti tout entier, en même temps que chez son illustre chef, M. Gambetta. Est-ce le ressouvenir de sa collaboration avec M. Buffet qui l'a paralysé? Il est certain que M. Dufaure, en 1876, ne montra pas, dans les grandes circonstances, la décision, la vigueur que nous lui retrouverons dans son second ministère. Même à la tribune, où il se resaisissait toujours, où sa fermeté un peu rude ne s'était jamais démentie, son langage
a paru moins net, sa politique moins décidée, son programme
plus flottant.