CRISE MINISTÉRIELLE
ci déclina Toffre du Maréchal, lui conseilla la patience et rengagea à se renfermer dans la plus stricte correction parlementaire. Inaugurant une habitude que ses successeurs devaient conserver, le Président de la République fit appel aux présidents des deux Chambres, à M. le duc d'Audiffret- Pasquier et à M. Grévy. Leur demander conseil à tous les deux était fort naturel ; les charger, Tun après Tautre, de la constitution d*un Cabinet n'indiquait pas une vue très nette de la situation, le premier représentant le Centre Droit libéral et le second la Gauche républicaine pure. MM. d*Audiffret* Pasquier et Grévy ayant répondu qu'ils se croyaient plus utiles à la tête des Chambres qu'à la tête d'un ministère, le Maréchal se prit à espérer qu'il sortirait d'embarras en maintenant purement et simplement M. Dufaure à la présidence du Conseil. MM. Waddington et Christophle, chargés de savoir si cette solution aurait Tagrément de la majorité, rapportèrent une réponse négative. Il faut suivre la majorité ou la dissoudre, avait ditGambetta.
Ainsi la question de dissolution fut posée, pour la première fois, par le représentant attitré de la majorité. Mais la dissolution, en ce moment, et les élections faites dans un court délai, par un ministère comme celui de M. Dufaure, n'auraient ressemblé en rien à la dissolution qui fut prononcée six mois plus tard et aux élections du 14 Octobre 1877. L'exercice régulier d'un droit inscrit dans la Constitution, n'eût été que la pratique loyale de cette Constitution, et aucun Républicain n'aurait pu s'étonner que l'on retournât devant le juge souverain, le suffrage universel, pour lui demander de départager la Chambre d'une pari, de l'autre le Sénat et le Maréchal.
Le Maréchal, qui tenait décidément à garder M. Dufaure et à ne pas garder M. de Marcère, offrit à M. Jules Simon de remplacer M. de Marcère à l'Intérieur, M. Dufaure restant
310 LES TROIS MINISTÈRES (12 Dec iSldi^ Dec. 1877)
Garde des Sceaux et président du Conseil. Le refus vint cette fois de M. Jules Simon, et le Maréchal, finissant par où il aurait dû commencer, après avoir pris encore une fois Tavis des ducs d'Audiffret-Pasquier et de Broglie, confia la mission de reconstituer le Cabinet à M. Jules Simon. Certes, c'était là une grande preuve d'abnégation. Pour qui connaissait la répugnance personnelle du Maréchal àTendroit de M. Jules Simon, pour qui savait que dans Tentourage du Maréchal il était considéré comme un membre de l'Internationale, pour •qui se rappelait enfin la façon admirable et cruelle dont M. Jules Simon avait disséqué le Maréchal en Novembre 1873, il parut évident que le Maréchal était décidément converti au Parlementarisme, qu'il se soumettait franchement, sans réserves ni réticences, à cette loi des majorités, dont le duc de Broglie avait si éloquemment parlé, dans la Déclaration qui suivit le 24 Mai 1873.
Tous les publicistes républicains s'extasièrent à qui mieux mieux, sur la correction du Président de la République ; ils affirmaient que la France n'avait jamais eu de Chef comprenant et pratiquant mieux ses devoirs constitutionnels, sachant sortir plus virilement d'une situation plus difficile. M. Jules Simon lui-même s'y laissa prendre et, bien que les avertissements ne lui aient pas manqué, ni ce jour-là ni depuis, il devint le plus fervent apologiste du Maréchal, qu'il se plut à représenter comme le type du Président constitutionnel. Les hommes les plus claii*voyants ont de ces aveuglements ; les plus habiles se laissent prendre par les plus simples. Le Président constitutionnel par excellence, avait pourtant exigé que les ministères spéciaux de la Guerre et de la Marine et le ministère très important des Afl'aires Étrangères gardassent leurs tilulaiies, et M. Jules Simon y avait consenti, bien que l'attitude du général Berihaut dans une question « de pompes funèbres •, comme dit M. Weiss, eût déterminé la crise.