‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 98 sur 230 · M. JULES SIMON · texte numérisé non relu

M. JULES SIMON

M. Jules Simon avait commis une autre faute, en écartant du ministère de Tlntérieur, qu'il s'était réservé, M. de Marcère qui, de tous les membses du Cabinet Dufaure, était peut-être celui qui avait le plus Toreille de la majorité. Cette majorité n'approuva sans réserve que le choix qui fut fait de M. Martel, vice-président du Sénat, pour remplacer M. Dufaure. Le Cabinet, dont la formation était achevée le 12 Décembre, comprit un sous-secrétaire d'Etat de la Justice et des Cultes, M. Méline, qui fut nommé le 21 Décembre 1876, et un sous-secrétaire d'Etat de la Marine et des Colonies, le contre-amiral baron Roussin, qui fut nommé le 18 Janvier 1877. Les Cultes restaient rattacfiés à la Justice, à cause de la religion de M. Waddington, religion fort large pourtant et qui mettait cette parole dans la bouche du ministre, le 2 Décembre, le jour où il répondait à une interpellation de M. de Belcastel qu'avaient ému quelques discours de distribution : * Une République sans religion est un temple sans Dieu. i>

La majorité n'était pas restée inactive pendant la crise. Bien que le Cabinet, il importe de le répéter, n'eût pas succombé devant un vote de la Chambre, des résolutions avaient été prises hors séance, capables de dissiper les malentendus qui avaient embarrassé les rapports entre l'ancien Cabinet et la majorité. Le 3 Décembre le Centre Gauche, qui fut toujours aussi net et aussi affirmatif que les groupes plus avancés, sur la question des fonctionnaires, décidait que son concours ne serait acquis « qu'à^un Cabinet résolu à mettre le personnel administratif et judiciaire en harmonie avec l'esprit de la majorité sortie des élections du 20 Février >. Les trois Gauches, à leur tour, décidaient de ne soutenir t qu'un Cabinet parlementaire, résolu à faire cesser la contradiction entre l'esprit de la majorité du 20 Février et l'attitude d'un trop grand nombre de fonctionnaires ».

312 LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc. 1876-13 Dec 1877)

Tout cela, en vérité, était fort correct et ne justifie guère TaccusatioD, lancée contre la Chambre de 1876, d'avoir voulu jouer le rôle d'une Convention, en annulant le Sénat et le Président de la République. Le reproche fait à la majorité d'avoir dévoré, après M. Buffet et M. Wallon, MM. Dufaure et de Marcère n'est pas plus fondé, puisque c'est à la suite d'un vote du Sénat que M. Dufaure s'est retiré. D'ailleurs^ le Cabinet du 12 Décembre ressemblait fort à celui du 10 Mars. MM. Jules Simon et Martel allaient suivre la même ligne politique que MM. de Marcère et Dufaure, se heurter aux mêmes difficultés et succomber comme eux, pour avoir cherché leur point d'appui en dehors de la majorité de la Chambre, où étaient leurs soutiens les plus sûrs et leur vraie sauvegarde.

Leur Déclaration du 14 Décembre était excellente et fut bien accueillie par tout le monde. Le président du Conseil^ après un juste tribut de regrets donné à MM. de Marcère et Dufaure, déclara qu'il n'apportait pas de programme, ou plutôt résuma son programme dans ces mots qui disaient tout : « Je suis profondément Républicain et profondément

Conservateur dévoué au principe de la liberté de

conscience, animé pour la religion d'un respect sincère. » Après l'hommage rendu au premier magistrat de la République « qui s'applique à suivre de la façon la plus exacte les principes d'un Gouvernement constitutionnel, > M. Jules Simon répondait aux plus intimes préoccupations de la majorité et méritait ses applaudissements, en déclarant que les fonctionnaires devaient donner l'exemple du respect pour le Gouvernement dont ils étaient les organes.

Parmi les gages donnés, dès le début, parle nouveau Cabinet, à la majorité de la Chambre et à l'opinion libérale, il faut signaler un arrêté pris par le préfet du Rhône et une révocation prononcée par le Garde des Sceaux. Le préfet, M. Welche,

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