DISSOLUTION DE LA COMPAGNIE DE PANAMA
noDça M. Challemel-Lacour. Il fit, avec une ironie cruelle, meurtrière, le procès de la politique radicale. M. Floquet lui répondit tellement quellement et il n'y aurait eu qu'un beau discours de plus, si l'opposition royaliste et révolutionnaire n'avait tourné contre la République les traits acérés que M. Challemel-Lacour avait dirigés contre le seul radicalisme. Dans une réunion privée de l'Association nationale républicaine, à l'Hôtel continental, M. Jules Ferry avait tenu le même langage que son ancien collègue du Ministère, sans fournir les mêmes armes à leurs communs adversaires. La Présidence de M. Carnot, dont l'élection avait été une revanche de l'honnêteté, subit le contre-coup des incidents qui avaient marqué la chute de M. Grévy. Le 26 Novembre M. Wilson revint occuper son siège à la Chambre : sur la proposition de MM. Mesureur et Millerand, le président suspend la séance qui n'est reprise qu'au bout d'une heure. La rentrée de M. Wilson n'avait d'autre inconvénient que de fournir aux ennemis du Parlementarisme un prétexte à calomnier et à attaquer. L'affaire de Panama, qui ruina la petite épargne et qui édifia quelques fortunes scandaleuses, fit un bien autre tort aux institutions libres. Nous avons signalé la loi du 8 Juin qui autorisa la Compagnie du Canal interocéanique à émettre 720 millions de francs d'obligations à lots. La société civile qui se forma pour placer les obligations et qui comprenait les administrateurs mêmes de la Compagnie, ne parvint pas à placer plus de 305 millions d'obligations, ce qui portait les sommes absorbées, depuis le début de l'entreprise, au chiffre colossal de i milliard 400 millions. La Compagnie eut recours à l'État et au ministre des Finances qui déposa un projet de loi autorisant la Compagnie à proroger durant trois mois le paiement de ses dettes et celui des coupons et obligations. Le 14 Décembre la Chambre repoussa ce projet à une forte majorité: c'était la faillite à brève
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échéance. M. de Lesseps dut solliciter du Tribunal de la Seine la nomination d'administrateurs, pour essayer de prévenir la déconfiture. Les administrateurs ne réussissent pas a relever les affaires de la Compagnie : la dissolution fut prononcée le 5 Février 1889. Les délapidations et les concussions ne furent connues que plus tard. Au mois de Décembre 1888, les seules responsabilités qui fussent en jeu étaient celles des administrateurs, celle de TÉtat qui devait connaître par ses ingénieurs la difficulté de Tentreprise, peut-être même l'impossibilité de la réalisation et qui ne fit rien pour informer les souscripteurs des risques courus par eux. Qui pouvait concevoir des doutes en voyant TÉtat, de 1881 à 1888, autoriser, par des lois successives, des émissions d'obligations qui dépassèrent un milliard?
Au nombre des lois d'affaires, discutées durant la session extraordinaire de 1888, il faut mentionner au Luxembourg celle qui autorisait Textension aux villes du bénéfice de la loi de 21 Juin 1865 sur les Associations syndicales : elle fut promulguée le 22 Décembre ; celle qui substitua à la faillite le régime de la liquidation judiciaire, plus favorable au failli honnête, auquel était maintenue Téligibilité aux fonctions politiques ; la deuxième délibération sur l'hypothèque légale de la femme mariée ; la deuxième délibération sur le budget de la préfecture de police, qui fut rattaché au budget de rÉtat, malgré Topposition du ministre de l'Intérieur ; le renvoi à la Commission du projet portant suppression des livrets ouvriers ; enfin la première délibération sur le projet relatif aux eaux d'égout de Paris. Le Sénat avait adopté, le 18 Octobre, la proposition Bozerian sur le trafic des décorations, autre écho de l'affaire Wilson.
A la Chambre on discuta pendant la session extraordinaire, du 16 au 20 Octobre, la loi sur les faillites; le 22 Novembre la proposition de transfert des cendresdeBaudin au Panthéon ;
M. GOBLET ET LEi UELATIONi'
le li Décembre le budget extraorJ inaire de la Guerre fut adopté et renvoyé au Sénat dont il obtint l'approba le 20 Décembre ; le 13 Décembre une convention commen avecla Grèce, qui fut rejetée; dul» au 28 Décembre la loi le recrutement qui subit d'importants remaniements. 412 voix contre 139 on rétabli tune deuxième portion dui tingent, désignée par le sort et, le il Janvier 1889, la fut votée dans son ensemble, par 361 voiz contre 17^.
Parmi les événements parlementaires ou politiques n rappellerons l'incident ditdes questeurs, causé par le man d'autorité du bureau, qui aboutit à la démission de MM Hahy et Madier de Hontjau et à leur remplacement UM. Roycr et GuiUaumou. La manifestation du 2 Déceml sur la tombe de Baudin, dirigée par le Conseil municipa Paris, fut très calme. Le même jour Boulanger, dans une i nion composée presque exclusivement do bonapartistes, à vers, se défendait assez mollement de vouloir « renouveler entreprise qui n'est plus de notre temps et dont la Tin laa table est d'un trop terrible exemple pour qu'on la vei recommencer ». Cette sagesse inattendue ne l'empêchait de se faire plébisciter une fois de plus, dans la personne ( monarchiste clérical des Ardennes, M. AufTray, qui fut bi par un républicain radical, M. Linard. Cet échec, ven après celui de M. Déroulède, démontrait que M. Boni ger n'était redoutable que lorsqu'il se présentait pers neltement, parce qu'il était le syndic de tous les met lents.
Les relations de la France avec l'Allemagne rester calmes, même après l'avènement de Guillaume 11. On ne pas grand compte d'une Note de la Gazelle de l'Allemagne ^ord, affirmant que le décret du 2 Octobre, sur le recei ment des étrangers, était une mesure de représailles. M. blet, dans ses rapports avec les puissances, continua d'à
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rattiLude la plus correcte et la plus digne. 11 fit ratifier les traités de commerce conclus avec la Chine en 1886 et 1887. Il ne dépendit pas de lui de sauvegarder notre influence dans l'Extrême Orient, en conservant la clientèle de tous les catholiques de l'Empire Chinois. Les catholiques allemands cessèrent d'être protégés par la France. Mais le Gouvcraement français refusa de se soumettre au droit de visite, que les anglo-allemands, alors en guerre contre les indigènes de Zanzibar, voulaient exercer sur tous les navires, sous prétexte d'empêcher les importations d'armes et la traite dans l'Afrique Orientale.
La session extraordinaire des Chambres fut close le ^ Décembre et ainsi s'acheva l'année 1888, une des plus critiques que la République ait traversées depuis 1879. Un chef de l'État irréprochable, un Gouvernement très républicain mais imprévoyant et parfois brouillon, un Sénat très vigilant, gardien attentif de la Constitution, une Chambre bigarrée, où l'on avait pu trouver des majorités pour les politiques les plus dissemblables, des partis acharnés contre les institutions libres et qui ne s'entendaient que pour un effort commun de destruction, une opinion publique inquiète, tel était le spectacle qu'offrait notre pays à l'aurore de l'année 1889. Nul n'a mieux vu le mal, nul ne l'a décrit avec plus d'exactitude qu'un ancien président du Conseil, celui que le Maréchal avait si brutalement congédié le 16 Mai 1877. Dans les articles du Malin qu'il a réunis en un volume auquel il a doimé ce titre suggestif : Souviens-toi du deux Décembre I Jules Simon a dit que la France d'alors avait l'esprit malade. Son premier médecin, M. Floquet, allait la soigner par la revision « sel<Mi le système Pasteur ».
Trois dates sont importantes dans l'histoire des six premières semaines de 1889 : celle du 27 Janvier, celles des 13 et 14 Février, Il faut pourtant, avant de raconter l'élection de
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Boulanger à Paris, le rétablissement du scrutin d*arrondissement et la chute du Cabinet radical, énumérer des événements qui ont eu un moindre retentissement.
La session ordinaire s'ouvre le 20 Janvier. A la Chambre M. Mcline est reporté péniblement au fauteuil, au troisième tour de scrutin; au Sénat M. Challemel-Lacour perd 50 voix sur les précédents scrutins pour la vice-présidence et M. de Marcère, candidat du Centre-Gauche, est battu pour le quatrième siège de vice-président par M. Tirard. L'œuvre législative est multiple, sinon très intéressante : au Sénat c'est la loi sur les faillites, la loi sur les égouls de Paris en deuxième délibération, la restitution des droits politiques à divers condamnés, la modification de la durée de l'exercice financier, la première délibération de la loi sur les Conseils de préfecture, la suppression des livrets ouvriers, une proposition de répression des délits de presse et le rejet du projet sur les prud'hommes commerciaux.
A la Chambre on discute, en dehors de la loi sur le recrutement, la loi sur les Syndicats de communes, la loi sur les travaux de la Basse- Seine, le travail des femmes et des enfants dans les manufactures en deuxième délibération, la suppression des octrois.
Parmi les mesures administratives, est à noter celle du 5 Février, qui punit le général Riu de quinze jours d'arrêts forcés, pour un discours à la Loge la Justice. Un mois auparavant, le 5 Janvier, le ministre de la Guerre avait fait rendre un décret établissant l'unification des soldes. Le président du Conseil, aussi bien inspiré, avait créé à l'Intérieur une direction de l'assistance et de l'hygiène publiques et rattaché l'administration des Postes et Télégraphes au ministère du Commerce et de l'Industrie.
Le Cabinet du 3 Avril fut modifié, quelques jours avant sa chute : M. de La Porte, sous-secrétaire d'État des Colonies,
démissionnaire, ne put être remplacé. A la Justice M. Ferrouillat avait comme successeur, le 5 Février, M. Guyot-Dessaigne, que ne recommandaient ni son passé de procureur impérial, ni les fonctions qu'il avait plus récemment exercées de rapporteur de la loi de recrutement, en remplacement de M. Labordère, démissionnaire depuis le 12 Janvier, date du vote rétablissant une seconde portion du contingent désignée par le sort.
Pour l'élection de Paris, comme pour la triple élection du 19 Août, M. Floquet, certain du succès, avait choisi hâtivement la date du 27 Janvier, pour le remplacement d'un obscur député, M. Ilude, qui ne dut qu'à son successeur son éphémère notoriété. La période électorale fut marquée par une profusion d'affiches comme on n'en avait jamais vu ; tout Paris prit l'aspect hideux des kiosques qui portent les programmes multicolores des théâtres. Les marches des églises, les monuments jusqu'à une hauteur de 5 à 6 mètres, les arbres des promenades furent déshonorés par l'apposition d'affreux papiers.
Très unis dès le premier jour, les républicains marchèrent au combat, sans défaillance aucune, contre les masses césariennes. Ils avaient confié leur drapeau à un conseiller municipal de Paris, M. Jacques, esprit mesuré, qui était agréable aux radicaux et qui rassurait les opportunistes. Ce choix était bon; eût-il été dix fois meilleur, le résultat n'en aurait pas été modifié. Le général Boulanger avait, en effet, pour lui tous les monarchistes, tout le clergé et tous ceux qui votent sur le mot d'ordre parti du confessionnal, tous les révolutionnaires, tous les blanquistes, la Ligue des patriotes, les mécontents, les espiègles qui mettent un bulletin dans l'urne avec le seul désir d'être désagréable au Gouvernement et. enfin la foule trop nombreuse des républicains naïfs. Les soldats de M. Jacques ne pouvaient évidemment pas