DEPOT DU PROJET DE REMSIOX
Raynal, Gerville-Réache et Mérillon, membres de la Commission du budget, invitèrent M. Numa Gilly à préciser ces accusations, que la presse boulangiste avait avidement recueillies, traitant tous les députés de voleurs. M. Gilly répondit qu'il préciserai ty le jour où la Commission lui en aurait fait la sommation collective : à l'unanimité moins une voix, celle de M. Andrieux, la Commission riposta que M. Gilly se dérobant, elle livrait sa conduite au jugement de Topinion. M. Andrieux intervint alors : il demandait au garde des sceaux de poursuivre M. Gilly pour diffamation, en vertu de la loi du a Juillet 1881. Poursuivi, M. Numa Gilly fut acquitté, sur la réponse négative faite à cette question : « M. Gilly est-il coupable d'avoir porté atteinte à l'honneur et à la considération de M. Andrieux, en prononçant les phrases d'Alais? » Il convient d'ajouter que M. Andrieux, dont le rôle fut décidément étrange, dans ce procès comme dans toute l'agitation boulangiste, avait retiré sa plainte en cours d'audience.
Pendant que les fauteurs de Dictature poursuivaient leur campagne d'attaques violentes ou perfides et leur propagande de diffamation, le Gouvernement se préparait à la session extraordinaire de 1888. Une seule mesure administrative est à citer, au début du mois d'Octobre : c'est le décret du 2, par lequel M. Floquet exigeait une déclaration de tous les étrangers résidant en France. Nous ne saurions dire quels résultats eut cette fantaisie. M. Floquet attachait certainement beaucoup plus il'importance à son projet de revivion constitutionnelle : il le préparait, pendant que les journaux ministériels Mol d'ordrCy Justice, Nation prônaient chacun une revision différente et il le déposait sur le bureau de la Chambre, le jour même de la rentrée. Sur sa demande, l'Assemblée renvoya le projet à la Commission existante, par 299 voix contre 167 et la Commission choisit pour rapporteur, non pas un publiciste ni un avocat, mais un romancier,
52 LE MINISTÈRE FLOQIET
M. Tony-Révillon, ancien collaborateur littéraire du Petit Journalyqnï devait toute sa renommée à ses feuilletons. Cette renommée, appuyée sur un programme révolutionnaire, avait été assez grande, en 1831, pour assurer sa vietoire sur Gambetta. Son élection avait fourni une nouvelle preuve de la clairvoyance politique de Paris.
La discussion du budget de 1889 s'ouvrit à la Chambre le 23 Août et se prolongea jusqu'au 10 Décembre ; au Sénat elle dura du 19 au 27 Décembre et la loi de Finances put être promulguée le 29 Décembre 1888. On a remarqué que les ministres radicaux évitaient plus facilement que les ministres modérés l'expédient des douzièmes provisoires ; cela lient à ce que les modérés ne font pas d'obstruction sous les Ministères radicaux, ne prolongent pas indéfinitivement les discussions et surtout n'émettent pas la prétention de trancher toutes les questions dans une loi de Finances
Le budget de 1889 comportait 3 012 millions de dépenses ordinaires, 404 millions de dépenses sur ressources spéciales et 87 millions de dépenses de budgets annexes. Ce fut, comme tant d'autres budgets, un budget d'attente ou de statu quo, en ce sens qu'il n'opérait aucune réforme fondamentale. M. Peytral avait bien déposé un projet d'impôt sur le revenu, projet très modeste, qui mettait une taxe d'un pour cent sur les placements et une taxe d'un demi pour cent sur le travail professionnel, avec exemption totale pour les revenus inférieurs à 2000 francs. On peut regretter, au point de vue financier, que le projet Peytral n'ait pas été discuté ; il faut reconnaître, au point de vue politique, que la discussion en eût été inopportune. La République n'avait pas assez de sympathies, à ce moment, pour courir le risque de s'en aliéner quelques-unes de plus.
Au Sénat, l'événement de la discussion générale du budget fut le discours, admirable et un peu impolitique, que pro-