L ÉLECTION DU 27 JANVIER
lutter contre cette armée, contre cette cohue : ils ne furent que 16:2 000; 17000 voix furent données à un socialiste M. Boulé, l'artisan de la grève des maçons et terrassiers et 12 000 voix furent perdues Le 27 Janvier, vers dix heures du soir, Paris savait que le général Boulanger l'emportait de plus de 80 000 suffrages sur son concurrent républicain. Cétait le plus grave échec que la République eût éprouvé depuis les célèbres journées du 24 Mai 1873 et du 16 Mai 1877. Elle eût été en péril, si le vainqueur du 27 Janvier eût été un autre homme, s'il eût su exploiter le plébiscite que les Parisiens venaient de faire sur son nom. Nous n'avions pas les moyens de nous défendre, a dit Tun des ministres d'alors. Ce mot était d'autant plus vrai que les sympathies de la police, des sous-officiers de Tarmée et des soldats étaient évidemment pour le général Boulanger.
Moins surpris de sa victoire que M. Floquet de son échec, le général adressa un remerciement à ses électeurs, où se trouvait, avec les habituelles injures aux parlementaires, l'affirmation que le parti républicain national était désormais fondé. Il se disait républicain celui qui rêvait de substituer au régime de lois le régime du sabre et national celui qui voulait infliger à la nation la honte d'une Dictature, comme se disaient patriotes ceux qui voulaient jeter la patrie aux pieds d'un soldat factieux.
Trois jours après l'élection un député radical, M. de Jouvencel, interpella le Gouvernement sur les mesures qu'il comptait prendre pour faire respecter les pouvoirs publics. La réponse de M. Floquet, très vague comme programme politique, fut très digne. Le vieux et sincère républicain qu'était M. Floquet parla avec une tristesse émue et convaincante de la République, du régime parlementaire et la confiance lui fut accordée par 289 voix contre 236. Ce fut sa dernière victoire. Les opportunistes, qui formèrent sa majo-
rite le 31 Janvier, auraient rougi, dans cette circonstance, de mêler leurs votes à ceux des plébiscitaire et de la Droite. Ils avaient d'ailleurs besoin des radicaux pour assurer le vote du scrutin d'arrondissement que Ton considérait, non sans raison, comme devant être le principal obstacle à la manifestation plébiscitaire que se proposait Télu de Paris.
C'est le 5 Fé\Tier que fut nommée la Commission chargée d'étudier le projet de rétablissement du scrutin d'arrondissement ; c'est le 9 Février que le rapporteur, M. Thomson, déposa son rapport sur le bureau de la Chambre, le jour même où l'ex feuilletoniste du Pe/i'/yoe/rncf/, M. TonyRéviilon, déposait son rapport sur le projet de revision.
La question de priorité avait ici une importance capitale : très patriotiquement M. Floquet la fit trancher en faveur du scrutin d'arrondissement et, le 11 Février, le projet gouvernemental, adopté sans résistance sérieuse, rétablissait le régime électoral antérieur à 1885, celui qui avait donné les Chambres de 1876, de 1877 et de 1881.
Le 2 Juin 1888 le président du Conseil, quand il s'était présenté devant la Commission de revision, élue le 21 Avril précédent, avait reconnu à la fois la plénitude du droit de l'Assemblée nationale et la possibilité, pour la majorité des deux Chambres, de limiter le plan de la revision. De plus, il voulait une revision qui, tout en donnant satisfaction au besoin de réformes sérieuses, ruinât les espérances des monarchistes et des factieux et permît à la République de trouver de nouvelles forces, dans la crise même qu'elle attrait traversée. C'était demander beaucoup à une simple revision au plan limité et même à une revision illimitée. On sait comment l'espoir de M. Floquet sur la ruine des espérances factieuses s'était réalisé : le 4 Juin le général Boulanger avait réclamé la suppression de la responsabilité ministérielle, la nomination du Sénat par le suffrage univer-