‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 101 sur 172 · DISCOURS DE M. RICARD · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. RICARD

rioterrompre de la façon la plus violente. ( Àpplaudistiements à gauche.)

M. LE Garde des Sceaux. — Je me permettrai seulement de faire observer aux collègues qui m'interrompent qu'ils peuvent me rendre cette justice, c'est que, personnellement, je n'interromps jamais. (Cesl vrai.)

Ne croyez pas cependant que je n'aie pas parfois envie de protester contre les affirmations de certains orateurs, et lorsque M. d'Hulst, par exemple, disait tout à Theure que c'est à la seule sagesse des curés des paroisses de Paris, sans aucune autre intervention, que les conférences sur des sujets de polémique courante, avaient cessé dans les églises, je n'ai rien dit, et cependant M. d'IIulst n'ignore pas (Applaudissements à gauche)^ qu'à la date du 30 Mars, j'ai adressé à M. le cardinal-archevêque de Paris une lettre, dans laquelle j'ai appelé son attention sur les dangers des conférences dialoguées qui se faisaient dans les églises de Paris et sur les désordres qui en étaient résultés. {Vifs applaudissements à gauche et au centre,)

M. LE Provost de Launay. — C'est au préfet de Police que vous auriez dû vous adresser.

M. LE Garde des Sceaux. — Je lui ai fait observer très respectueusement... {Exclamations adroite et à Vextréme gauche.)

Parfaitement, messieurs, car j'estime qu'on doit traiter .tout le monde avec déférence, et spécialement ceux qui, par le caractère des fonctions dont ils sont investis, s'imposent à notre respect.

M. LE COMTE DE Deauville-Maillefeu. — Eux ne le font pas !

M. LE Garde des Sceaux. — J'ai fait observer à M. l'archevêque de Paris que s'il n'usait pas de la haute autorité qui lui appartient pour empêcher le retour des scènes tumultueuses qui s'étaient produites dans les églises, il encourrait une grave responsabilité.

Je lui ai rappelé qu'il existait dans nos lois les deux catégories de dispositions dont je viens de parler, et qu'à côté de l'article protégeant l'exercice du Culte, il y avait les articles 201 et 202 que j'étais non moins résolu à faire observer. (Très bien ! très bien!)

C'est après l'envoi de cette lettre que, mû par un sentiment que nous devons tous comprendre et approuver, l'archevêque de Paris a fait cesser déflnitivement ces conférences.

M. LE COMTE DE Lanjuinais. — Mais les désordres ont continué !

M. LE Garde des Sceaux. — Je crois donc que M. d'IIulst était dans l'erreur lorsque, il n'y a qu'un instant, il déclarait que c'était uniquement à la bonne volonté des prêtres de Paris qu'était dû ce résultat. (Très bien! très bien!)

'.t. — C'était un petit « ilislingno i.

;i,ST. — Je vous ri'ponJrai.

DMTE DE Deauvii.le-M viLLEFED. — C'esl le « disliD(;uo "

lARDE DES Sceaux. — Messieurs, je nCTOudrais pas descette Iribime, sans revenir sur les incidents du diocèse

■ et sans vous donner lecture d'un passage du documeul Jourilan faLtslIiisîun et dont l'eitistence a été niée par

de nos collrgues.

rdan disait que dans la Loière, on refusait les sacrements

nls qui envoyaient Jcni-s enfants dans les écoles laïques.

locumenl qui est de nature â vous éditer sur ce poinl.

rs JouHDAN- — J'aurais pu le lire ; je suis heureux que

:\ni>E DES SCEtux.— Kcoutei, Messieurs, ces indiralioDs lHl>lcment très utiles. Je le crois, pour roonti'er en quels lelques-uDS de ceux qui devraient être des pacificateurs s. qui devraient avoir pour mission d'apporter toujours tes circonstances des parties de paix, peuvent passionner ir toule une région. {Trài hieii Nréi bien! à gauchr.) confesseurs ont le devoir de refuser l'alisolutioii aux ui ne tiendraient pas compte de celte défense et confiejrs enfants à ces écoles de perdition réprouvées par ) {Exclnnuilionx et rumeurs à gauche el au eeiilre.) ES Delahave. — Prétend ri ei-ïo us rendre l'absolution obli-

;is JouninN. — C'est ce que conleslail tout à l'tieurc □ loml>el et ces instructions sont appliquées tous les

EL. — Voil^ l'apaisement clérical !

jARDE i»es Sceaux. — linlin, pour couronner celle <i'uTre, ant le caractère des lois qui ont clé volées par le Parienrais, qui sont des lois d'État que tout le monde doit ■... (Tréi bien.'liTS bien! à gauche. Vive* dènëgttlions à

;l de Cassagnac. — Les respecter, non ! C'esl déjà bien

les suijir.

JRICE Fauiie. — Ces lois ont été sanclionnées par le suf-

iversel.

OvnuE DES SCEAUX. '— .\ppréciant, dis-je, le caractère de

t les effetsqu'ellesdoivent produire, savez-vous comment

ue de Mende termine cette brochure?

cnliriez mieux à quelle inspiration, â quelle idée mat-

DISCOURS m: m. RICARD 359

tresse elle répond, quand je vous dirai qu'elle a été distribuée à 50 000 exemplaires dans le département de la Lozère.

A droite. — Ce n'est pas assez !

M. LE Garde des Sceaux. — « Tous, amis et ennemis, sont forcés de reconnaître que li où l'école neutre a fonctionné, l'impiété, la corruption, le scandale, l'insubordinalion et la révolte contre les parents et les maîtres sont devenus choses communes parmi les enfants.

« La candeur, l'innocence ne brillent plus comme jadis sur ces jeunes fronts, hélas î trop tôt flétris par le souffle empoisonné de l'école « sans Dieu ». {Exclam fUioiis à gauche, — Très bien! très bien ! à droite.)

« On dirait que l'instinct du crime est entré dans ces cœurs d'où la pureté est bannie. Il n'est plus rare aujourd'hui que des enfants de dix, de quinze ans se rendent coupables d'assassinat ou mettent lin à leur vie par le suicide. » [Exclamations à gauche. C'est vrai! à droite.)

Je pose à la Chambre celte question : Est-il tolérable que dans notre pays on puisse qualifier ainsi les lois qui émanent de ses représentants ?

M. LE comte de Maillé. — Nous vivons sous l'oppression des sectaires! [Exclamations à gauche.)

M. le Gvrde des Sceaux. — Laissez-moi achever : j'ai fini.

Je répèle, et c'est ma conviction profonde, que la loi doit être respectée par tous.

M. le baron de Mackau. — Obéie, oui, mais pas respectée.

M. LE Garde des Sceaux. — Elle doit être respectée surtout par ceux qui, à un titre quelconque, représentent là puissance publique. (Très bien! très bien! à gauche.) Et, dans cet ordre d'idées, je vous demande la permission de vous lire un document qui sera de nature à édilier la Chambre. [Très bien I et applaudissements au centre et à gauche.)

Il faut que l'on sache enlin si véritablement le système dans le<[uel on parait entrer est celui qui devait et doit être suivi. Je Y0U3 ai déjà parlé du Concordat, dont nous désirons l'application loyale. Dans quel esprit a-t-il été fait? Je ne veux pas instituer une discussion sur la valeur du Concordat et des Aiticles organiques. Mais il y a quelque chose du moins que vous respecterez, je l'espère, c'est l'opinion du Pape. [Exclamations en s ns divers.)

M. JuMEL. — Ils obéissent, mais ils ne respectent pas! Ils viennent de le dire. [Bruit.)

M. LK Garde des sceaux. — Vous n'êtes donc pas plus disposés à respecter l'autorité du Saint-Siège que la loi civile 'i

M . LE BARON DE Mackau. — Je VOUS demande bien pardon î

M. LE Garde des Sceaux. — Je suis heureux d'entendre cette protestation, mais peut-être ne serez-vous plus de mon avis, lorsque je rapprocherai de vos actes et de vos prétentions les paroles du Souverain Pontife, inscrites dans la bulle portant ratification du Concordat, qui régit encore aujourd'hui les rapports de rÉglise avec les pouvoirs civils.

Voulez-vous me permettre de vous lire quelques lignes de celte b ulle . . . (Lisez ! lisez !)

M. JuMEL. — Nous avons bien reculé depuis cette époque.

M. LE G.\RDE DES ScE.vux. — ... insérée au Bulletin des Lois?

M. LE BARON DE Mackau. — Nous la Connaissons bien !

M. LE Garde des Sceaux. — Vous la connaissez, mais vous ne la pratiquez pas.

M. LE BARON DE Mackau. — Cela dépend I je ne suis pas de votre avis.

M. TiiELLiER DE PoNCUEViLLE. — Liscz la dernière encyclique, Monsieur le Ministre.

M. LE Garde des Sceaux. — Laissez-moi donc continuer, je ne puis pas tout lire à la fois :

« ... Quoiqu'on ne puisse douter des sentiments et des intentions des évéques, puisque sans l'obligation d'aucun serment l'Evangile suffit pour les astreindre à l'obéissance due aux Gouver- j

nements, néanmoins pour que les chefs du Gouvernement soient \

plus assurés de leur fidélité et de leur soumission, notre intention est que tous les évéques, avant d'entrer dans l'exercice de leurs fonctions, prêtent, entre les mains du Premier Consul, le serment de fidélité qui était en usage par rapport à eux, avant le changement de Gouvernement... »

A droite. — Rendez-nous le Premier Consul I

M. Maurice Faure. — Il faisait enlever le Pape et le séquestrait à Fontainebleau, le Premier Consul devenu Empereur! (Très bien! à gauche. — Bruit à droite.)

M. LE Garde des Sceaux. — Je comprends que ces souvenirs ne vous soient pas très agréables, parce qu'ils montrent dans quel état d'insurrection vous êtes contre les principes qui ont été posés par rÉglise elle-même.

M. LE BARON de Mackau. — En aucune façon.

M. LE Garde des Sceaux. — Voici maintenant la formule du serment. Vous allez voir si l'Evêque de Mende a pris soin d'y conformer et ses actes et son langage : « Je jure et promets à Dieu, sur les saints Evangiles, de garder obéissance et fidélité au Gouvernement établi par la Constitution de la République française...

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