‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 102 sur 172 · DISCOURS DE M. RICARD · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. RICARD

M. Paul de Cassagnag. — Ce n'était pas la vôtre !

M. LE Garde des Sceaux. — « Je promets aussi de n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucun conseil, de n'entretenir aucune ligue, soit au dedans, soit au dehors, qui soit contraire à la tranquillité publique ; et si, dans mon diocèse ou ailleurs, j'apprends qu*il se trame quelque chose au préjudice de l'État, je le ferai savoir au Gouvernement. » {ExcUimalions et rires à gauche et au centre. — Bruit à droite.)

Messieurs, nous sommes loin de cette époque. Mais, j'ai cru nécessaire de faire ces citations et de vous rappeler cette formule de serment pour bien caractériser l'esprit qui a présidé à la rédaction du Concordat. (Très bien! à gauche.)

En ce qui nous concerne, — et ce sera mon dernier mot, — nous poursuivrons avec une grande prudence, mais en même temps avec la plus grande fermeté l'exécution des lois, de toutes les lois. {Applaudissements vifs et répétés à gauche et au centre.) — (L'orateur en retournant à son banc, reçoit de nombreuses félicitations.)

XIH

Extraits du discours de M. Challemel-Lacour au Panthéon le 22 Septembre 1892.

Oui, nous voudrions que cette fête ouvrit une ère de rapprochement patriotique. Mais comment ne pas relever dans les agitations d'un (les siècles les plus tourmentés de l'histoire, et pour rinslrucliou de tous, le fait qui en ressort avec le plus d'éclat? C'est que lous les Gouverncmenls qui se sont succédé, qu'ils fussent fondés sur le*:énie d'un grand homme, ou entourés des prestiges du passé, ou distingués par le nombre et la variété des talents, ont été convaincus l'un après l'autre d'être des utopies éphémères. Viciés dans leur origine et rongés, dès le premier jour, par quelque contradiction intime qui était un germe de mort, quelques-uns se sont ahîniés bientôt dans le gouflVe qu'ils avaient eux-mêmes ouvert ; les au 1res ont été emportés, en peu d'instants, après une existence in- (jiiièle, par quelque incident en apparence futile, à Tétonnement de ceux qui les avaient fondés et qui, la veille encore, les soutenaient avec orgueil. Ils sont tombés et la République a reparu, non pas comme une crise intermitlenle, comme un expédient d'un jour, comme un abri fragile et précieux pendant la durée d'un orage, mais comme le destin de la France

Nous voyons, Messieurs, depuis quelque temps, se produire, dans les rangs des adversaires de la République, une sorte de mystérieux ébranlement ; plusieurs parmi les plus sincères semblent tentés de renoncer enfin à une hostilité stérile, à une opposition sans prétexte sérieux, sans espérance et désormais sans honneur. Est-ce la Uépulilique seule qui les subjugue enfin par son ascendant? Est-ce l'o'uvre qu'elle peut se vanter déjà d'avoir accomplie : la fortune du pays reconstruite, la France redevenue puissante et prospère, replacée à son rang, calme dans sa force et entourée de la considération universelle: est-ce cette œuvre qui, après avoir forcé le respect du monde, les désarme à leur tour? Peu importe! Il n'est pas un esprit sérieux qui ne suive ce mouvement avec intérêt. Nous le saluons pour notre part avec satisfaction et avec confiance. Qu'estce qui pourrait empêcher des hommes, à qui ne manque pas plus la pénétration que le patriotisme, de rompre avec la mort pour

rentrer dans la vie? Ils n'ont pas à humilier leur raison devant une doctrine récente et particulière, dont on pourrait donner la date et nommer les parrains; ils n'ont pas à rendre les armes à un parti qu'ils ont longtemps dédaigné et qu'ils se souviennent d'avoir traité sans ménagement; ce n'est même pas devant la volonté du pays qu'ils capitulent, quoique pareille capitulation n'ait rien pu coûter à leur fierlc! Us s'inclinent devant Tautorité d'une longue suite de faits, où nul ne peut méconnaître la marque souveraine de ce qui s'appelle, dans le langage habituel au plus grand nombre d'entre eux, un décret providentiel.

Nous ne sommes pas de ceux que ce mouvement inquiète et nous ne craignons pas qu'il soit une simple manœuvre ; une telle stratégie ne tromperait que ceux qui l'auraient conçue. Qu'ils se rallient, encore une fois, sans arrière-pensée, sans chercher à distinguer subtilement entre la République et les principes qui la constituent ou, pour mieux dire, qui résument le génie de la Révolution française et celui de la France nouvelle : liberté de la conscience et de la pensée, liberté individuelle, liberté du travail, égalité pour tous des charges et des garanties. Au lieu d'en contester inutilement quelque application spéciale, qu'ils s'y attachent au contraire avec énergie ; dans les secousses qui ont ébranlé tant de choses, ces principes sont restés intacts, ils ont conseiTé leur vérité, ils n'ont rien perdu de leur vertu : ils sont l'ancre de la civilisation.

Voici qu'une Révolution nouvelle s'annonce par bien des signes; plusieurs lacroient déjà commencée et en train de s'accomplir insensiblement autour de nous. Cette Révolution, dans laquelle la volonté de l'homme a moins de part encore que dans les autres, quoiqu'elle ait été amenée parles découvertes du génie et qu'elle soit fille de la science, peut et doit s'achever pacifiquement. Mais elle impose aux pouvoirs publics un redoublement de vigilance et des obligations sérieuses; elle exige de tous, et surtout des plus éclairés, un concours de bonne foi ; elle risquerait de réveiller par de rudes surprises ceux qui, effrayés par les premières difficultés ou déjà las avant d'avoir mis la main à la tâche, se feraient de l'indifférence un asile et s'endormiraient dans une nonchalante inertie. Pour résoudre ces difficultés, pour maintenir contre des prétentions peu réfléchies et contre des rêveries menaçantes la raison et le droit, nous n'avons qu'une force, mais invincible, ce sont les principes de la Révolution. Ceux qui les ont proclamés et donnés pour fondement à la République ont bâti sur un roc.

Qu'ils soient glorifiés, non seulement pour avoir fait faire un grand pas à la justice sociale, mais pour avoir préparé, au prix de tant d'efforts, cette forteresse et cette lumière!

DiKOurê de M. Loubel à la Chambre le 17 Novembre lâ92.

M. Émilb Loubet, prétident du Coiueil, minùlrede CInlirieur. — A M. Ernesl Roche, je réponds : Vous caiomniez votre pays, ea soulevant à cette tribune le débat que vous y avez apporté.

Voyez doQC ce qu'on dit de la France en Europe, dans le monde entier ! Interrogez, consultez et produisez ici de sérieux éléments de comparaison, qui établissent notre inrériorité, au point de vue du bien-être générai et de l'état social, à l'égard des autres pays de l'Europe et du monde.

Dites-nous dans quelle contrée d'Europe les salaires se sont aussi rapidement élevés au niveau qu'ils ont atteint en France!

Il y a quelques années, des statistiques comparatives ont élé faites sur les chifTres respecurs des salaires, en Angleterre, en Belgique, en Suisse et en France.

Vous avez reçu, par les soins du précédent Gouverne ment, des rapports émanés de nos agents consulaires ou diplomatiques à l'étranger; c'était au moment de la discussion de celte loi économique qui, j'en demande pardon à M. Aynard, fera l'honneur de celte Assemblée et qui assurera à la classe ouvrière les salaires auxquels elle a légitimement droit.

Vous avez pu constater dans ces rapports, dont les afiirmalions n'ont jamaisété contestées et ne pouvaient pas l'être, que les salaires en France étaient plus élevés que dans aucun autre pays d'Europe.

Est-ce là la preuve que la société française s'est désintéressée des besoins de la classe ouvrière, de celle classe qui veut si ardemment travailler?

La situation de la classe ouvrière est une honte pour nous, ditesvous. On nelui ariendonné, après lui avoirloulpromis. Le parti républicain, pendant vingt-deu.x ans, a laissé protester les promesses qu'il avait faites. Ceux, du moins, que vous qualifiez de bourgeois, ont prodigué, pour fonder, pour fortifier la Bépublique, des promesses fallacieuses qu'ils ne tiendront pas, puisqu'ils en ajournent toujours la réalisation.

DISCOURS DE M. LOCBET 365

Les paroles que vous venez de prononcer ici et que vous semez à tous les coins de la France, M. Ernest Roche, sont-elles des paroles françaises ? Contiennent-elles au moins une parcelle de vérité ?

Oui, vous calomniez votre pays — et je ne parle pas seulement du parti républicain — vous calomniez la France, qui toujours et tout entière, est restée attachée à la solution de tous les problèmes intéressant le bien-être et la postérité des masses laborieuses ?

Et quoi ! nous n'avons rien fait? N'est-ce donc rien d'avoir développé les institutions de bienfaisance à tous les degrés ? Dans quel autre pays ont-elles atteint un égal degré de puissance et d'efficacité ?

N'est-ce rien que d'avoir réglementé le travail dans les manufactures? N'est-ce rien — je cite les lois qui me viennent en ce moment à l'esprit — n'est-ce rien que la loi Roussel, votée en 1874, sur la protection de Tenfance abandonnée ? Ne savez-vous pas qu'à l'heure actuelle, alors même que les départements n'y étaient pas obligatoirement tenus, deux seulement ont refusé d'inscrire les crédits nécessaires pour mettre en œuvre cette loi ?

N'est-ce rien que tous ces projets, dont vous êtes saisis, qui organisent l'assistance médicale et l'hospitalisation dans tous les départements et dans toutes les communes de France ?

M. Granet. — Et la loi sur les Syndicats professionnels?

M. LE Président du Conseil. — J'estime que notre parti, qui est responsable devant la nation et devant l'histoire de la gestion des affaires publiques depuis quinze ans, a le droit de se montrer fier du chemin parcouru. Je n'ajoute pas que ce pays, grâce à lui, jouit de la liberté la plus complète qui ait jamais existé, à aucune autre époque et chez aucun peuple.

Et qu'on ne vienne plus nous parler de ces prétendues divisions de la société en classes, en catégories, dont les unes n'auraient d'autre rôle que d'exploiter odieusement le plus grand nombre !

Avouez donc plutôt qu'il existe chez ce peuple, plus que chez aucun autre, un sentiment profond de solidarité, qui lie les plus pauvres aux plus riches, qui fait battre les cœurs à l'unisson qui, malheureusement parfois, et comme par accident, peut s'éclipser une heure, mais qu'on verra apparaître demain, si quelque danger ou la nécessité de l'union viennent à éclater aux yeux des Français.

M.Maujan.— Leparti républicain a refait la patrie. Vous pouvez le dire hautement.

APPBJimGE

IHT DU Conseil. — J'allais terminer par là, U. Uauèvement, la rccoaBlrucUon de la pairie, c'est l'opuTre uvernemeot républicaia, uae œuvre qui demeurera [uoi qu-i! arrive.

Discours de M. Godefroy Cavaignac à la Chambre.

M. Godefroy Cavaignac. — Messieurs, nous aurions voulu faire, cette fois encore, ce que nous avons fait souvent : apporter purement el simplement, silencieusement notre vote, à la clôture de cette interpellation ; mais nous pensons que tout ce qu'il y avait à dire n'a pas été dit et je suis amené à demander à la Chambre quelques minutes de son attention. {Parlez ! parlez!)

Je ne reviendrai pas sur ce qu'a dit M. le Garde des Sceaux, ni sur ce que disait si éloquemment, l'autre jour, mon ami M. Dcschanel, des promoteurs de la campagne politique qui s'est greffée sur l'affaire de Panama : ils se sont présentés comme les défenseurs de l'honnêteté publique, et bientôt leurs réticences calculées ont indiqué qu'ils cachaient d'autres desseias. {Très bien ! 1res bien! à Gauche ) La ligue du bien public est devenue la conspiration du silence. (Très bien! très bien !)

Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui. Je demande à examiner devant la Chambre la question politique qui est au fond de ce débat ; je le ferai sans loucher en quoi que ce soit aux questions de personnes.

Quelle est donc la question politique que pose, devant la Chambre et devant le pays, la cristi qui se déroule depuis deux mois?

Deux ordres de faits ont été établis. Il y a les faits de corruption d'abord ; il y a ce fait d'un ministj'e qui a reçu de l'argent, au moment du dépôt d'un projet de loi.

Il y a des faits d'un autre ordre. Nous avons appris que les Sociétés financières^ que les agents financiers internationaux jouaient dans la politique française un rôle, y exerçaient une influence que nous ne soupçonnions pas. (AppluudissemenU.)

Eh bien, Messieurs, il est nécessaire que nous donnions au pays, que nous donnions au suffrage universel, non seulement la certitude mais la garantie que de pareils faits ne peuvent pas se renouveler. (Applaudissemenls sur tm grand nombre de bancs,)

M. Paul DÉROULÈDE. — Voilà le langage d'un honnête homme!

EFftOY CiVAiGNAC. — Messieurs, le pays n'a pas songé un inl à rendre le régime républicain respoDsable de ce qui lé. {Àpplaudisf^emenU à gauche.)

eut-élre la plus gronde preuve de vitalité que la Réput donnée depuis vingt ans dans ce pays, que personne jé à Taire peser sur le régime ce qui était la faute des indi- 'rès bien ! très bien !)

lANt) Després. — Aucune llonarchie n'y aurait rèsislé. DEFROY Cavaignac. — Mais cela nous impose le devoir plus élroil d'apporter h la démocratie française cette dont je parlais tout à l'heure, la garantie d'un changesystème, {.{pplnudissements.) )t donc le bilan de la situation actuelle^ ,voas vu, d'une part, des sommes considérables versées, es te de rétribuer des publicilés illusoires. {Vifs applaudisurun grand nombre de bancs.)

.vans vu cacher, sous l'aspect d'opérations commerciales, i quel trafic interlope,

idis qu'on nous représente ici la publicité, chaque fois ■opose d'y apporter quelques restrictions, comme la gas libertés publiques, on la porte ailleurs comme je ne sais archandise souillée, qui se prête à tous les trafics. (A'ouplaudiisemenls répétés et prolongés.) IL Dbsciianel. — Il était temps que cela Tùt dit ! )EFHOY Cavaignac. — Il y a là une question ouverte; je 1 ce qui a été fait pour la résoudre. Ailleurs, nous avons âsimuler, sous l'apparence de Syndicats de garantie, ces corruption mondaine, dont un des administrateurs de a dit qu'elle avait été la plus acharnée et la plus éhontéc i. {Très bien.' 1res bien/ à gauche).

ivons vu ces appels adressés à des hommes étrangers aux souvent besogneux, beaucoup plus disposés â se procurer rt des capitaux, qu'a les porter aux affaires qu'ils étaient arantir ! {/lires et applaudissements.) fadicats de garantie, qu'était-ce donc? On émettait des si le mot de garantie voulait dire quelque chose, il signin eût dû garantir la souscription totale des titres émis et i doute, si l'émission ne réussissait pas, les garants apporles capitaux manquants^ De trompez- vous. L'émission ne il pas, le public ne donnait point ce qu'on lui demandait loin d'apporter les capitaux manquants, on venait préle- ; sais quelle dimc, sur les fonds qu'un public trop naïf jortés. {Applaudissements.)

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