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CHAPITRE III

22 Février 1839-17 Mars 1890.) Un Ministère de défense

républicaine.

Les démarches de M. MtMiiie. — Opinion de M. de Freycinet sur la crise. — Le Cabinet Tirard. — La Déclaration ministérielle. — Chambres syndicales et groupes corporatifs de la Seine. — M. Ferroul et l'enquête sur les revendications ouvrières — Rentrée du duc d'Aumale.

— L'incident .Vtchinof. —Dissidences à la Ligue des patriotes. — Interpellation Laguerre. — Toursuites contre MM. Turquel, Laisant. Laïuerre. — Le Banquet de Tours. — L'option pour Paris. — La fuite en Beljîique. — Poursuites contre Uochefert. Dillon, Boulanger.

— L'autorisation de poursuites à la Chambre. — Le Sénat convoqué en Ilaute-Cour. — La Commission d'instruction. — La Compagnie du Canal inierocéanique suspend ses paiements. — M. Bouvier et le Comptoir d'escompte de Paris. — LVeuvre législative, — Centenaire de la Kévolution et ouverture de l'Exposition. — Le budget de I89u à la Chambre. — La loi militaire au Sénat. — Les partisans du service de deux ans. — La loi sur le traitement des instituteurs. — [ji loi sur les candidatures multiples — Le roi Ilumbert à Berlin. — M.M. Félix Faure et Spuller. — Kfforts pour déconsidérer le Parlement. — L'incident d'.\ngoulême. — Les expulsions à la Chambre.

— Clôture de la session et de la Législature. — Réponse de Boulanger au réquisitoire du procureur général. — Les élections cantonales. — La diatribe du (» \o(ii. — Le jugement de la llaute-Cour. — L'appel aux honnêtes tjens. — Les voyages de .M. Crirnot. — Le Comitéde protestation nationale. — Attitude des monarchistes. — Les ralliés- — Les trois Manifestes de Boulanger. — Le Comité des Douze. — Le l*rince Victor. — Rôle du Clergé. — Prudence de V Autorité. — Les deux tours de scrutin. — Kchange de récriminations. — Les réunions plénières de groupes. — Di-^tribution des récompenses. — M.M. Floquet et Bris- 3»»n — Attitude effacée du Cabinet — Notre éducation politi(|ue. — Ouverture de la session extraordinaire. — Vote des fonds secrets. — Les invalidations. — L'aiimistie. — M . Meline et le groupe agricole. — Les traitements ecclésiastiques supprimés. — Le général Février. — M. Laisant. — Session ordinaire de 1800. — Réunion plénière des (iauches. — Les grandes Commissions parlementaires. — Rôle du clergé dans les élections. — L'administration de la Guerre. — Proposition ('azenove de l*radine. — Proposition Marcel Barthe au Sénat.

ÉCHE£ DE iS. MÉLUffi 67

— DiBsitiencesdansle Cabinet. —Le Coaffrés de Berlin . —Letraité de l commerce avec la Turquie. — Chute du Cabinet. — Appréciation

générale sht le deuxième Ministère Tirard.

Le vote du 14 Février mit le Préaident de la Républi<|iie et le Parlement dans un assez cruel embarras. M. Ploqettt et le parti radical avaient échoué à tous les points de vue : ils u avaient réussi à faire adopter aucun article de leur programme et ils avaient laissé faire à la coalition boulangiale les plus iaquiétanis progrès. Aussi quelques hommes éminents du parti modéré, M. WaLdeck-Reusseau en tête, se prottonçaieat-ilâ pour la constitution d'un Ministère de cour* bat qai lutterait à la fois contre le Boulaagisme et contre le Radicalisme. Une solution aussi nette n'était pas pour plaire à la majorité et. d'un commun accord, Ton s'arrêta à une eorabioaisen mixte, à un Cabinet dit de conciliation, où une place serait faite à quelques éléments radicaux. Le président de la Cbambre, M. Méline, accepta la mission déformer ce Cabinet et il se mit à l'œuvre, avec sa décision habituelle. Leconcottrs de M* Bouvier pour les Finances, de M.Casimir* Périer pour Tlnstructioa Publique, de MM. Loubet et Dau- Iresme pour deux autres portefeuilles, lui fut acquis dès le début. Mais les premiers radicaux auxquels il s'adressa, MM. Ménard-Deriau et Yves Guyot, repoussèrent formellement ses avances et il dut se rejeter sur MM. Ribot et Thévenel. Dans la pensée de M. Méline, M. de Freycinet aurait fait partie de la combinaison, en échangeant la Guerre contre le»-Affain»ÉtraBçères. On lui reprochait,^ en effet, non sans raise&r de mûwfuer d'éi>ergie dans sont opposition au Boulaa^iDe et Ton jugeait préférable de mettre un soldat à.la Guerre. M. de Freycinet ne l'entendit pas ainsi. La situation, seiom lui,, ne comportait qu'un Ministère d' Exposition:. Une Note- officieuse du Temps le déclara de sa part, deux chefs des-répuUieains indépendants, MM. Siegfried et Delmas^ por-

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lèrent la même déclaration à M. Méline et celui-ci, docile, essaya d*une combinaison où la Guerre était laissée à M. de Freycinet. L'opposition de MM. Ribot et Casimir Périer amena Téchec de cette suprême tentative et M. Méline déclina ses pouvoirs.

On était au 21 Février. M. Carnot recourut encore une fois au dévouement de M. Tirard, qui prit la présidence du Conseil et le Commerce, avec M. Rouvieraux Finances, M. Constans à l'Intérieur, M. de Freycinel à la Guerre, M. Thévenet à la Justice, M. Fallières à l'Instruction Publique, aux Beaux-Arts et aux Cultes, M. Yves Guyot aux Travaux Publics, M. Faye à l'Agriculture, M. Jaurès à la Marine et aux Colonies, M. Spuller aux AlTaires Étrangères.

Moins d'un mois après sa constitution, le Cabinet Tirard fut modifié par la mort du vice-amiral Jaurès. Il eut pour successeur le vice-amiral Krantz, et les Colonies, confiées à un sous-secrétaire d'Etat, M. Etienne, furent rattachées au ministère du Commerce. Celte modification ne changea pas le caractère de l'administration nouvelle, qui ne fui ni purement radicale, ni exclusivement modérée. C*était bien un Ministère d'Exposition, comme l'avaient voulu MM. de Fre\cinet, Siegfried et Deimas, mais personne, sauf peut-être M. Constans, ne savait encore si ce serait un Ministère de lutté sans merci contre la faction boulangiste.

La Déclaration ministérielle, lue le 23 Février, fut assez nette. Les membres du Cabinet Tirard se donnaient comme des hommes de bonne volonté, bien décidés à remplir tous les devoirs que la situation commandait. Ils s'engageaient à pratiquer une politique large, tolérante et sage, à mener à bonne fin la loi militaire, à juger sévèrement les fautes el les défaillances des fonctionnaires et surtout à déjouer et à réprimer les tentatives des factieux. Étaient-ce là de ces engagements vagues, que prennent tous les pouvoirs nou-

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veaux, ou des promesses fermes que Ton était bien décidé à tenir? Le public, le parlement et Topposition ne tardèrent pas à être renseignés.

Les chambres syndicales et les groupes corporatifs indépendants de la Seine étaient préoccupés de la suite à donner aux demandes des Congrès, que les ouvriers socialistes révolutionnaires avaient tenus à Bordeaux et à Troyes, en Octobre et en Décembre 1888. Ils comptaient sur le Gouvernement, pour faire prendre en considération ces demandes, qui comportaient la journée de huit heures, rétablissement d'un minimum de salaire, correspondant aux dépenses minima nécessaires dans chaque localité, Tinterdiclion de Texploitation de la main-d'œuvre par le marchandage et la mise à la charge de la Société des enfants, des vieillards des invalides du travail. C'était toute la question sociale, que les groupes socialistes révolutionnaires prétendaient traiter, en Province dans des conversations avec les préfets, à Paris dans un entretien avec le ministre de Tlntérieur. M. Floquet, avant de tomber du pouvoir, avait accepté le rendez-vous et prescrit aux préfets de l'accepter, dans une circulaire où il se prononçait assez arbitrairement contre le marchandage. M. Conslans en prenant possession de son ministère, le i3 Février, adressait la lettre suivante au préfet de police, M. Lozé :

a Monsieur le préfet, Je vous prie de vouloir bien informer MM, les délégués des chambres syndicales et groupes corporatifs indépendants de la Seine, qui ont annoncé leur intention de se présenter demain Dimanche 24 Février au ministère de l'Intérieur, que je ne pourrai les recevoir.

Vous voudrez bien aussi leur faire savoir que tout rassemblement, tout attroupement sur la voie publique seront sévèrement interdits et que la préfecture de police ne tolérera aucune manifestation. »

TO LE SECOND M1>'I!(TÈBE TtRÀlW

M. Boulé, le chef des blanquistes, qui avait choisi la dale du 24 Férrier pour porter les reveodications ouvrières place Beauvau, se le tint pour dit et il n*y eut aucune manifestation sur la voie publique à Paris.

Cette tentative avortée d'agitation eut son écho au Palais Bourbon et au Luxembourg. A la Chambre, un député socialiste, M. Ferroul, obtint l'urgence pour une proposition tendant à nommer une Commission d'enquête sur les revendications ouvrières. L'urgence fut votée par 1S9 voix contre 175, par suite de l'abstention d'un grand nombre de monarchistes, mais La Commission ae fut jamais nommée, et il faut reconnaître que le moment eût été mal choisi, eu Un de Législature, au plus fort du mouvement boulangiste, pour nommer une Commission de cette importance.

Le Sénat, plus politique que la Chambre, ne se livrait pas à ces inutiles manilestations. M. Trarieux avait rappelé que la majorité des Tribunaux n admetiait pas le décret de 1848 qui avait supprimé le marchandage. Le ministre de llnlériaurrépimdit qu'il ne Lui appartenait pas de •donner de consultation juridique À cet égard, désavouant indirectement l'interprétation de son prédécesseur, M. Floquet, et le marchandage resta parfaitement licite.

En dehors des Chambres, ie ministre de Tlntérieur prit une mesure de politique tolérante, en ordonnant de surseetr à la Laïcisation du personnel de deux hospices de l'État. Du même esprit procédait l'acte gouvernemental qui rouvrit les portes de la France à un adversaire acharné du général Boulanger, au duc d'Aumale. C'est le duc d'Auraale qui devait répondre, quelques mois plus tard, aux amis du Comte de Paris, contractant avec les complices du nouveau Catilina : (c Je ne sais pas si c'est l'intérêt, mais je suis sûr que ce n'est pas l 'honneur. » Ces mesures étaient habiles parce que, dans la lulle pour la vie que le Gouvernement venait

l'affaire de sagallo 71

d'engager contre les factieux, il ne fallait négliger aucun concours.

Une inlerpellalion de MM. Pelletan et René LaiTon à la Chambre, sur la rentrée du duc d'Aumale, se termina par l'adoption de l'ordre du jour pur et simple, que votèrent 304 députés contre 137. Ni l'attaque ne fut très vive, ni la victoire très difficile. Cette interpellation se produisait d'ailleurs assez malencontreusement, le 9 Mars, quelques jours après d'autres interpellations, beaucoup plus violentes, que les chefs de la faction avaient adressées au Gouvernement, à propos de l'alTaire de Sagallo et des poursuites intentées à la Ligue des patriotes.

Sous le Ministère Floquet, un Russe illuminé, le cosaque Atchinof, qui se proposait d'introduire la religion grecque en Abyssinie, avec l'aide de compatriotes, illuminés comme lui, et de quelques popes, avait projeté de s'introduire en Afrique par le territoire français d'Obock. Le 18 Janvier il réussit à tromper la surveillance de nos croiseurs, à débarquer sur une plage qui ne lui fut pas disputée et à s'installer à Sagallo. Un ministre des Affaires Étrangères, moins nerveux que H. Goblet ou mieux servi par ses agents, eût sans doute réussi à éconduire les Russes, que désavouait leur Gouvernement, sans coup férir. On les invita à se retirer ; ils s'y refusèrent ; un navire français bombarda leur petite troupe,

leur tua 6 hommes et les obligea à se laisser rapatrier. Ce

conQit, vite apaisé, s'était produit le 17 Février. Quand la nouvelle en parvint en France, elle y produisit mauvais effet et la Ligue des patriotes exploita, suivant sa coutume, le sentiment patriotique au profit de ses ambitions politiques.

A l'origine la Ligue des patriotes avait compris presque tous les chefs de parti républicain et en particulier des hommes comme Jules Ferry, comme M. Joseph Reinach et bien

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d'autres, contre lesquels elle devait s'élever plus lard avec le plus d'injuste violence. Ses incursions sur tous les terrains que lui interdisaient ses statuts, les inquiétantes imprudences de son chef, M. Déroulède, avaient d'abord éloigné d'elle tous les hommes de gouvernement. Au milieu de l'année 1887 elle avait pris parti pour le général Boulanger, travaillé à son maintien au ministère de la Guerre et, après Téchec de cette tentative, essayé de maintenir M. Grévy à la Présidence, en haine de M. Jules Ferry. Son rôle dans cette circonstance détermina une scission entre les patriotes sans épithèle et les patriotes politiciens : ces derniers, les seuls qui lui restèrent fidèles, étaient tous d'ardents partisans du général Boulanger. Désormais il n'y a plus de distinction entre ceux-ci et ceux-là et, vienne la dissolution de la Ligue, tous ses membres iront grossir les rangs du Boulangisme.

C'est TafTaire de Sagallo qui détermina cette dissolution. MM. Déroulède, Laguerre et Richard avaient signé une protestation parfaitement antipatriotique, où les faits qui s'étaient passés en Afrique était odieusement travestis, où le Gouvernement était calomnié, où la cause de la France était séparée de celle de ses chefs, où l'on dénaturait les faits pour provoquera la haine de la République. Les pouvoirs publics relevèrent le défi que leur adressait une Association factieuse. Le 28 Février un commissaire de police se présenta au siège de la Ligue :• il lui intima Tordre d'avoir à cesser ses réunions et l'informa que des poursuites étaient intentées contre elle pour violation des articles 84, 291 et 292 du Code pénal. Le même jour une question, posécau Cabinet par M. Hubbard, avait permis à la Chambre, après des réponses très dignes de MM. Goblet et Spuller, de « s'associer aux sentiments de sympathie pour la nation russe exprimés par le Gouvernement ».

POIRSUITES CONTRE LA LIGCK DES PATRIOTES 73

Le 2 Mars suivant vint devant elle une interpellation de M. Laguerre,à propos des poursuites. L'ordre du jour de confiance, déposé pv M. Floquet, réunit une belle majorité, lia Chambre comptait sur Ténergie du Gouvernement pour faire appliquer la loi et pour réprimer les entreprises des factieux. Signalons ici la généreuse attitude de M. Floquet. L'ancien chef du Cabinet radical ne marchanda jamais son concours aux modérés pour la défense des lois, pour la sauvegarde des institutions républicaines.

Les premières poursuites contre la Ligue, pour association non autorisée, n'avaient pas compris les parlementaires. Quand l'information judiciaire eût démontré l'existence d'une Société secrète parfaitement organisée, le ministère public dût demander à la Chambre l'autorisation d'impliquer dans les poursuites trois de ses membres : MM. Turquet, Laisant et Laguerre. Même autorisation dût être demandée au Sénat pour M. NaqueL

Les rapporteurs des Commissions de poursuites furent M. Demôle au Sénat et M. Emmanuel Arène à la Chambre. Au Sénat la discussion fut calme, comme toujours, et l'autorisation fut accordée, le 14 Mars, par 205 voix contre 57, parmi lesquelles on eut le regret de compter celle de M. Buffet. Au Palais Bourbon la discussion fut d'une violence inouïe. Après des discours de MM. Laguerre et Cassagnac, qui dépassèrent toutes les limites de l'injure ou de l'outrage, après que le général Boulanger fût demeuré immobile et muet sous les flèches acérées que lui décochait M. Emmanuel Arène, l'autorisation de poursuite fut accordée, par 317 voix contre 214. MM. Andrieux, Goblet, de Lanessan et Millerand votèrent contre, avec toute la Droite et les Boulangistes. M. Lockroy s'abstint.

Deux jours après cette séance, M. Laguerre remontait à la tribune, le 16 Mars, pour interpeller M. Constans sur l'affaire

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Baralte : avec une violence froide, il accusait le ministre de l Intérieur d'avoir regu des pots-de-vin d'un escroc que la cour de Nancy venait de condamner. M. Constans n'opposa à ces calomnies que l'expression tranquille de son dédain et la Chambre passa outre.

C'est contre les principaux complices du général Boulanger qu'étaient dirigées les poursuites entamées contre la Ligue des patriotes, poursuites à l'abri desquelles le principal coupable restait encore, bénéficiant d'une scandaleuse impunité. A la chute du Ministère Floquet, le général Boulanger et son Comité avaient voté contre la revision qu'avait proposée le Ministère « aux abois ». La revision, disaientils, n'était qu'une « comédie » et « un piège tendu au pays ». Cette manifestation faite^ les conspirateurs avaient continué de conspirer et de voter, dans tous les scrutins, contre le Ministère Tirard, sans que leur chef, qui assistait rarement aux séances, se départît de son silence. Le général préférait les occasions où il ne rencontrait pas de contradicteurs et où il pouvait prononcer quelque discours retentissant, soigneusement préparé à l'avance, par les fournisseurs habituels de cette littérature prétorienne.

C'est dans ces conditions que fut prononcé, le 17 Mars, le discours du banquet deTours,que M. Boulanger présida, entouré de ses acolytes ordinaires, républicains intransigeants, monarchistes ou bonapartistes : MM. Laguen*c, Duchesne, Robert Mitchell, Turquet, Loqueyssie, Gaston Laporte, Laisant, Dugué de la Fauconnerie. Il y avait, dans ce discoursmanifeste, trois parties dislincles : un essai de programme, des injures et un appel non déguisé aux conservateurs catholiques. Le programme se résumait en ces mots : république consolidée, autorité restaurée, liberté grandie. Les injures à l'adresse des parlementaires, faméliques, usurpateurs, tyrans au petit pied, calomniateurs éhonlés, étaient devenues

BOULANGER KN BELGIQUE 75

banales, à force de répétition. L*appel aux conservateurs ealfaoliques, faisait miroiter à leurs yeux un respect allcmiri pour la liberté de conscience, proclamée a la première et la plus respectable de toutes les libertés ».

Deux jours après, le 19 Mars 1889, le général Boulanger &e ût entendre pour la dernière fois avant de quiller la Fran«:e. Dans une lettre, adressée à ses électeurs du Nord, il leur annonça son option pour Paris et lança tine nouvelle attaque contre la meule dévorante des parlementaires. Sentait-il déjà le terrain lui manquer sous les pieds ? En tout cas, on ne retrouve pas dans ce document la certitude du triomphe prochain, que les partisans et les alliés du général escomptaient à ce moment, et que tous les républicains sincères redoutaient. G est que le Sénat organisait alors, sur la proposition de M. Morellet, la procédure de la Haute-Cour, en se contentant, réserve significative, de statuer mxv la procédure relative aux attentats contre la sûreté de l'État. La loi, qui erganîsait une Gommission de 9 membres et de o suppléants, chargée de Tinstixtction, fut votée au Luxembourg le i9 Mars. Le lendemain, par un scrupule aussi honorable qutoi poli tique, le procureur général près la Cour d'appel de Paris, <ll. Camille Bouchez, donna sa démission, pour ne pas demander à ia Cliajnbre des poursuites contre le général BoviaAger.

Cette démission aurait dû réassurer le général : elle acheva de raffoler. Le 1*'" Avril, en recourant à des moyens de vaudeville pour dépisier la police, il quittait Paris et la France, où il ne devait plus remettre les pieds. On prétend que M. GoBSiaBS, le soir du 1*' Avril, lorsqu'il apprit que le général avait passé la frontière, prononça ces mots. « Maintenant il^st fini, la partie est gagnée; il ne reste plus qu'à accomplir les formalités. » Prononcés ou non, ces mots résumaient .admirablement la situaiiou.

La <( fuite en Egypte » était une telie faute, elle iadiquait une telle méconnaissance de Topinion, que Ton ne peut admettre qu'aucun des conseillers politiques de Boulanger Ty ait poussé. Quelques-uns pourtant se sacrifièrent : MM. Naquel, Laguerre et Laisant dirent qu'ils avaient conseillé cette démarche insensée ; d'autres MM. Susini, Michelin, Georges Thiébaud se séparèrent avec éclat et ce dernier accompagna sa démission de membre du Comité de ces sévères et trop justes paroles : « Quand on embrasse la cause du peuple contre les oligarchies qui l'exploitent, ce n'est pas pour faire la fêle. » Quant aux journaux du parti, comme la Cocarde^ ils muUipliaientles éditions, pour démentir le départ de Boulanger, au moment même où celui-ci écrivait de Bruxelles qu'il se présenterait devant des jurés ou des magistrats, mais non pas devant des adversaires politiques.

Saisie d'une demande d'autorisation de poursuites par M. Quesnay de Bcaurepaire, qui avait remplacé M. Camille Bouchez, la Chambre l'accorda par 333 voix contre 199, le 4 Avril ; la Droite seule prolesta violemment contre la requête de M. de Beaurepaire, que M. de Cassagnac qualifia « un tissu d'infamies et de mensonges ». Le nouveau procureur général s'était trop souvenu de M. de Glouvet ou de Lucie Herpin et avait rédigé sa requête comme un roman, mais cette requête péchait surtout par omission. Elle ne demandait à déférer au Sénat que M. Boulanger, laissant de côté les parlementaires qui se proclamaient solidaires de ses actes, qui étaient aussi coupables que lui et qui auraient été condamnés comme lui, s'ils avaient été déférés à la Haute-Cour. On ne voit guère pourquoi ceux qui affirmaient audacieusement cette solidarité étaient exceptés d'une poursuite qui atteignait MM. Dillon et Rochefort. Le général Boulanger, dans une lettre du 5 Avril, répondit k la requête incomplète du procureur général, en lui reprochant de s'être mis au service

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