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LES BOULANGISTES A SAINT-HÉLIER

saals étaient frappés d*uQe impopularité telle, à la suite de leurs honteuses alliances, qu^ils allaient être réduits à Timpuissance, pour de longues années. Du reste ils mirent autant, d'empressement à rompre Tunion, qu'ils avaient mis de cynisme à la conclure. La Gazette de France reprocha à ses alliés d'avoir fait perdre 43 sièges à la Droite. Le Soleil annonça que la trace de Boulanger s'efTacerait, comme le sillage d'un navire qui a disparu en mer. Le Figaro déclara que la comédie boulangiste était finie. Le Gaulois dit drôlement a ses complices de la veille : « Bonsoir, Messieurs. »

Dans la première réunion plénière que tinrent les Droites, le 24 Octobre, avant l'ouverture de la session, on ne prit aucune résolution : on manifesta seulement l'intention de se soustraire à l'influence de M. de Mackau, membre^ du Comité 'les Douze et l'un des directeurs des opérations électorales

• [ui avaient ramené au Palais Bourbon une Droite mulilée, «livisée et impuissante.

Les boulangistes eurent aussi leur réunion exlraparlemen-

• aire, à Saint-Hclier, où le général s'était réfugié et où il

• onvoqua tous les députés qui avaient été élus sous ses aus- ;)ices. Son appel fut enlendu par !25 d'entre eux ; mais ils se montrèrent aussi divisés que la Droite, quelques-uns seuletuent opinant pour raction, avec MM. Laguerre et Naquet. On ne prit pas plus de résolution que ne l'avaient fait les •léputés de la Droite et la terne missive que le général I Iressa à la nation française, le jour de l'ouverture des <'.!iambres, passa presque inaperçue. Politiquement, le général Boulanger était mort.

La session extraordinaire de 1889 avait été reculée au 12 Novembre: elle fut précédée, le 29 Septembre, de la dislrili:ition des récompenses aux exposants; le 6 Novembre de la «lùture de 4'Exposition, qui avait eu deux fois plus de visil^-urs que celle de 1878, et qui s'était soldée par un bénéfice

de 8 millions ; et aufisi de l'inauguration du beau plâtre de Dalou, le Triomphe de la République^ qui fut à la fois un symbole et une réalité. Dans toutes ces cérémonies, M. Carnot graudât singultèremeot, en popalacité aux yeux de la France, en preslige et en autorité aux yeux de TEarope.

Les Gauches avaient eu, comme les Droites, ane réunion plénière avant la session. On s'était entendu sur le choix d'un candidat unique pour la présidence de La Chambre et M. Fk»quet avait été désigné, par 174 voix contre 74 à M. Erissou. M. Floquet avait béuéûcié de la correction de son attitude depuis la chute du Cabinet radical. Quant à M. Brisson, malgré son grand succès oratoire du 13 Juillet précédent et la haute dignité de son caractère, on lui gardait toujours un peu rancune, sans même s'en rendre compte, de la part qu'il avait eucàTélection de la Chambre de i88S, de triste mémoire. On lui en voulait peut-être aussi de sa réputation d'intégrité, comme les Athéniens en voulaient k Aristide. Le choix de Floquet ne fournissait aucuiïe indication sur les tendances de la majorilé, M. Floquet appartenant, non pas à la même Ecole, mais à la même nuance politique que M. Brisson.

Quelle était, en face de ces manifestations extraparlemenlaires, l'attitude du Cabinet, victorieux au It Septembre et au 6 Octobre? Il avait d'abord songé à se retirer ; puis il s'était décidé, sur les instances de M. Carnot, à conserver le pouvoir jusqu'après la validation des élections et il ne s'était moditic que par la substitution de M. Barbey à M. Krantz, lequel sciait volontairement démis de ses fonctions. Tant que la République avait été en danger, le Ministère Tirard s'était trouvé à la hauteur de la situation. Le président du Conseil avait toujours été d'accord avec tous ses collègues, pour faire Cace aux assaillants, non sans vaillance devant la Chambre^ et pour prendre à temps toutes les mesures nécessaires de salut public, non sans résolution. Le péril conjuré, le très

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hoanète et très courageux chef du Cabinet fut inférieur à sa tâche. 11 ne sut pas, dès le premier jour, exercer une influence sérieuse snr la majorité républicaine, qui comptait tant d'hommes nauveaiix; il ne sot pas discipliner toutes ces botmes volontés et les faire servir à Faction gouvernementale. On eat Timpression, dès le début de la Bession, que la majorité flotterait au hasard, hésitante entre les nombreux hommes de taient qu'elle comptait dans son sein, hésitanlc aussi entre diverses directions, parce qu'elle ne trouverait pas, dans le Cabinet, un guide sûr et autorisé, un tempérament et un caractère comme avait été Jules Ferry.

Si notre éducation parlementaire avaitété aussi avancée que celle des Anglais, Thomme politiquequi avait fait les élections de Septembre-Octobre 1889 et qui avait obtenu une incontestable majorité, c'était dans Tespèce M. Constans, eût été chargé de constituer une administration qui aurait duré, au minimum, autant que la Chambre elle-même^ parce que la majorité ne se fut pas avisée de renverser celui auquel elle devait Texistence. Par respect pour les services rendus et surt««t par ignorance des véritables règles du régime parle mentaire, le Cabinet Tirard fut maintenu tel quel. (i"titre autres Cabinets lui succéderont, pendant la durée de la Législature , qui représenteront exactement la même opinion, qui seront dosés dans une proportion toujours sensibleintiit égale d'éléments modérés et d'éléments radicaux, qui auront à leur tête des chefs plus ou moins éloquents, plus ou moins habiles, plus ou moins populaires, faisant tous la mêaie politique, tous choisis sans cause apparente, tous renversés sans motif appréciable, ou pour un motif futile.

Faut-il dire quel détriiLcnt cette instabilité, bien qu'elle soit passée en habitude et soit presque devenue une tradition nationale, apporte aux affaires publiques, quelle insécurité elle répand dans tous les services et, chose plus grave.

quel mauvais renom elle donne au régime parlementaire? L'institution est rendue responsable des fautes qui ne sont imputables qu'aux hommes. La popularité, heureusement éphémère mais prodigieuse et un moment inquiétante du général Boulanger, aurait dû pourtant avertir tous les amis sincères de la République. La démocratie n*aura jamais à sa tète de gouvernants dignes de ce nom, elle ne connaîtra jamais « les bons bergers», comme on dit aujourd'hui» si elle ne sait leur assurer la certitude du lendemain.

Ouverte le 12 Novembre et close le 23 Décembre, la session extraordinaire ne dura guère plus d'un mois, puisqu'il fallut huit jours pour valider les élections non contestées, former le bureau de la Chambre et entendre la lecture de la Déclaration ministérielle. M. Floquet fut élu président par 384 voix ; MM. de Mahy, Develle, Casimir- Périer et Peytral lui furent adjoints comme vice-présidents. La Déclaration ininislérielle invitait tous les Français c( à la réconciliation et à la concorde, sous le drapeau de la République, élevé audessus de tous les partis ». Elle indiquait à Tactivité de la Chambre la recherche de la solution des problèmes de justice sociale et, les traites de commerce expirant en 1892, l'élude du régime économique de la France. Une phrase très juste de la Déclaration rapptdail que la République devait avoir, à sa tête, un Gouvernement stable et assuré du lendemain. Cette phrase, si elle fut entendue, ne fut pas comprise et l'on ne tint aucun compte de la volonté de la France à cet égard, (jue le Cabinet Tirard avait très exactement interprétée.

Les discussions de politique pure furent rares à la Chambre, pendant la session extraordinaire. Le 19 Novembre M. Maujan, député radical socialiste, avait déposé une proposition de revision de la Constitution et demandé Turgence. Apres un court débat, l'urgence fut repoussée par 342 voix contre 1 14. M. Constans avait prédit, dans l'ancienne Chambre, que

LES INVALIDATIONS 97

les fonds secrets de rintérieur seraient accordés sans difficultés, si la Chambre nouvelle était républicaine : ils furent votés par 288 voix contre 181. C'est à ce moment que le ministre de rintérieur quitta la Chambre pour le Sénat, où le firent entrer les électeurs de la Haute-Garonne.

Les invalidations prononcées par la Chambre portèrent surtout sur des bonapartistes et des boulangistes. L'enquête fut ordonnée sur les élections de MM. Loreau et Vacher. MM. Thirion-Montauban, le comte Multedo, Neyrand, Léouzon Leduc, Revest, Goussot, Paulin Méry, Naquet, Laur, de Bellcval furent invalidés et presque tous réélus. M. Lemyre de Villers fut proclamé député de la Cochinchine, à la place de M. Ternisien, et M. JofTrin député de la Seine, à la place du général Boulanger. La discussion de cette dernière élection fut le prétexte d'un violent débat, auquel prirent part MM. Lagaerre, Laisant, Ernest Roche et Déroulède. MM. Joseph Reinach, Brisson et Maujan repoussèrent avec force les attaques des boulangistes et la majorité leur donna raison.

Deux autres votes de la Chambre fournirent une indication sur ses tendances. Le 25 Novembre elle rejeta une demande de secours pour les mineurs en grève et le 17 Décembre elle repoussa une proposition d'amnistie. Dans la seule loi d'affaires qu'elle ait discutée, elle montra quelques variations. Le 21 Novembre MM. Peytral et Leydet avaient fait adopter, malgré le ministre des Finances, par 269 voix contre 210, une résolution favorable à la liberté de fabrication des allumettes. Quarante-huit heures après, la Chambre se déjugeait et repoussait, par 244 voix contre 237, l'article l*"" du projet que M. Peytral avait rédigé, en conséquence du vote du 21 Novembre. Le monopole triompha et, le 20 Décembre, M. Rouvier obtint sans difficultés un crédit de 25 millions, pour l'exploitation de ce monopole et pour le rachat du stock existant de l'ancienne Compagnie.

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9o LE SECOND MINISTÈRE TIRARD

En dehors de la Chambre agissant ofûcieilemenl, signalons la formation, sous la présidence de M. Méline, d'un groupe agricole qui allait avoir, pendant les trois années suivantes, une influence décisive sur l'élaboration du nouveau tarif.

Le Sénat, pendant la session extraordinaire, n'eut qu'une seule discussion politique. M. de L'Angle-Beaumanoir avait interpellé le ministre des Cultes, sur la suppression de quelques traitements ecclésiastiques, motivée par une violation trop ouverte de la neutralité en temps d'élection. M. Thévenet n'eut pas de peine à se justifier : il démontra que le Gouvernement avait agi comme tous les Gouvernements précédents, dans la pleine limite de son droit et avec une évidente modération. L'ordre du jour de conûance fut voté par 196 voix contre 70. Le reste du temps de la Haute Assemblée fut consacré à la première délibération sur le Code rural (police administrative), à la deuxième délibération sur le travail des femmes et des enfants dans les manufactures et à la première délibération sur la vente, en Algérie, des terres domaniales pour la colonisation.

Au nombre des actes de gouvernement, nous n'avons à signaler, à l'intérieur, que la nomination du général Février à la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, et la radiation de M. Laisant des cadres de l'armée territoriale; à l'extérieur que la participation de la France à la Conférence internationale anti-esclavagiste de Bruxelles.

L'année 1889, si pleine de grands et tristes événements, se termine donc, au point de vue parlementaire, avec un Ministère sans grand prestige, une majorité sans grande cohésion et une opposition qui n'accepte pas encore les faits accomplis, qui n'a pas su former un sérieux groupe de Droite constitutionnelle.

La session ordinaire de 1890 s'ouvrit le 14 Janvier. Majorité et opposition, à la Chambre, sentaient le besoin de se cons-

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