‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 22 sur 172 · MANIFESTATION OUVRIÈRE DU 1" MAI · texte numérisé non relu

MANIFESTATION OUVRIÈRE DU 1" MAI

quelle en fut, à seize mois de là, la conclusion senlimenlale.

Entre les deux tours de scrutin des élections municipales parisiennes, avait eu lieu la première de ces grandes manifestations ouvrières, que le parti socialiste avait fixées au l"Mai, une fois pour toutes, et qui, faites sous le prétexte d'obtenir la journée de huit heures, devaient, dans la pensée des organisateurs, aboutir à la grève générale. L'arrestation de quelques anarchistes et la consignation des troupes dans les casernes rendit la manifestation inoiïensive à Paris. Le ministre de l'Intérieur, M. Constans, était si certain du maintien de la tranquillité, qu'il avait fixé au i*'* Mai Tinstallation à THôlel de Ville du préfet de la Seine, M. Poubelle. L'ordre, en effet, ne fut pas troublé dans la capitale. On n'eût à réprimer quelques désordres que dans les milieux très inflammables de Roubaix et de Vienne.

Dès la reprise de la session ordinaire, le Palais Bourbon entendit un écho des élections : le 6 Mai une interpellation de MM. Armand Després, Chautemps et Antide Boyer se termina par le vote de deux ordres du jour de confiance, adoptés l'un par 403 voix contre 51, l'autre par 374 voix contre 56. Le Conseil municipal, qui avait fait les frais de l'interpellation, tira de sa majorité un groupe nouveau, dit des droits de Paris, constitué « pour lutter contre les abus, défendre les deniers des contribuables, et opposer aux empiétements de l'administration les revendications démocratiques et sociales de la population parisienne ».

Le mois de Mai 1890 fut fécond en interpellations et en votes de confiance, à la Chambre comme au Sénat. Nous les énumérerons dans leur ordre chronologique, sans y insister autrement. Le 8 Mai, à la Chambre, le ministre des Finances était interpellé, à propos de la démission de M. Le Guay, sous-gouverneur du Crédit Foncier, sur l'administration du gouverneur, auquel on reprochait d'abuser des subventions

m LE QUATRIÈME MINISTÈnE DE FRETCINET

à la presse. Le 10 Mai, M. CoDstans répondait victorieusemeDt aux interpellations relatives au l^Mai. Le 16, M. Ribot obtenait la conGance du Sénat pour sa réponse à une interpellation sur les pêcheries de Terre-Neuve. Le 17, M. Rouvier, dans une interpellation sur les Caisses d'épargne, avait les honneurs de rafGchage. Le 19 enûn, au Sénat, Tordre du jour pur et simple clôturait une interpellation sur la Martinique.

La situation du Dahomey, grave sinon inquiétante, avait été l'objet d'une assez vive discussion devant la Chambre, le 9 Mai. M. Deloncle avait interrogé le sous-secrétaire d'État aux Colonies sur les menaces dirigées contre notre occupation par le roi Gléglé. M. Etienne répondit en faisant l'historique de nos rapports commerciaux avec le Dahomey. Bien que ces rapports remontassent à 1364, le premier traité entre la France et le Dahomey n'avait été signé qu'en 1851. Un second traité, signé en 1868, nous donnait Kotonou. Un troisième, dix ans plus tard, nous dispensait de l'obligation d'assister aux sacrifices humains. En 1890 le roi Gléglé contesta la validité de ces traités, jeta ses bandes sur le territoire de notre protégé, le roi de Porto-Novo, fit prisonnier M. Bayol et, pendant un mois, le contraignit d'assister à d'abominables égorgements. Trois compagnies de tirailleurs algériens, envoyées à Kotonou, écartèrent les Dahoméens, mais ne purent mettre Ouida à l'abri de leurs attaques. De nouveaux prisonniers européens furent emmenés de cette ville et réservés aux odieux sacrifices de Gléglé. La discussion devant la Chambre se termina par le vote de l'ordre du jour pur et simple, sans que le Gouvernement ou les députés semblassent se douter des dépenses en hommes et en argent que le Dahomey allait prochainement nous imposer.

L'attention des pouvoirs publics avait pourtant été appelée récemment sur l'Afrique Occidentale, par la ratification de l'arrangement qui avait été conclu, le 10 Août 1889, entre le

LA FRANCE DANS l'aFRIQUE OCGIDEXTALE 1I3

France et l'Angleterre, pour la délimitation de leurs possessions respectives dans cette partie du monde.

Toujours avide, l'Angleterre réclamait la totalité du bassin de la Gambie : l'article premier de l'arrangement ne lui laissa que le cours du fleuve, avec une bande de quelques kilomètres, sur les deux rives, jusqu'à Yabartenda. L'article !2 nous donna le Bennah, le Tamisso, le pays des Iloubbous et le Fouta-Djalon, avec une route partant du Fouta-Djalon au Sud et reliant nos établissements du Niger aux Rivières du Sud. L'article 3 nous laissa les lagunes de la Côte d'Or, la rive droite de la rivière Tanoué et les régions comme le Kong et le Djimini, où Binger et Treich-Lapène avaient planté notre drapeau. L'article 4 rendit réel notre protectorat sur Porto-Novo, nous restitua les passes qui reliaient le lac Denham à la lagune de Porto-Novo, le royaume de Kotenou et la majeure partie du royaume d'Appah. Enfin, la limite qui nous séparait de Lagos fut prolongée jusqu'au 9*^ degré. Ne quittons pas l'Afrique Occidentale sans signaler, au mois de Mai, le rappel assez malencontreux de M. Bayol, lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud, et le bruit répandu que la marine bloquait la côte, pour empêcher le débarquement des armes et des munitions au Dahomey. Les questions posées à ce sujet, le 9 Mai par M. Boissy d'Anglas à M. Barbey et le 29 Mai par M. de Montfort à M. de Freycinet, n'éclairèrent pas la situation. Le ministre de la Marine déclara qu'il n'avait pas besoin de crédits spéciaux ; celui de la Guerre qu'une Commission s'occupait de la constitution d'une armée coloniale.

Entre temps, la Chambre repoussait la proposition Marcel Barthe, adoptée par le Sénat, sous le Ministère Tiranl. M. Marcel Barthe rendait aux Tribunaux de première instance les délits d'injure et de diffamation. En défendant la proposition devant la Chambre, le Ministère, par l'organe de Edg. Zevort. — Troisième République. iv. — 8

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M. Fallières, ne réclama pour les Tribunaux que la connaissance du délit d'injure, celui de diffamation restant à la Cour d'assises. Cette concession ne sauva pas la proposition. Elle fut rejetée par une majorité de 3^ voix contre 183. La Droite, unie aux radicaux, avait formé la majorité. Faut-il regretter ce vote ? La proposition Marcel Barthe, en cas de changement politique, eut mis la presse indépendante à la merci d'une magistrature nettement hostile. Mieux vaut le jury. Quant à la repression des délits de presse, c*esl affaire de mœurs judiciaires, ou mieux encore de mœurs publiques.

Le mois de Mai avait vu se terminer la vérification des pouvoirs par Tinvalidation du boulangiste Picot, que Tarrondissement de Saint-Dié avait élu contre Jules Ferry. M. Picot fut remplacé par un républicain, le général Tricoche, auquel Jules Ferry avait laissé la place libre. Des 23 boulangistes ou réactionnaires invalidés par la Chambre, 1 1 seulement furent réélus ; les autres furent remplacés par des républicains.

Des interpellations remplirent le mois de Juin. Une seule retint l'attention publique, celle que le socialiste Dumay adressa au Gouvernement, sur la grâce dont avait bénéficié le jeune duc d'Orléans qui, à peine sorti de prison, avait lancé une proclamation sans portée <( aux conscrits de sa classe ». L*interpellateur reprochait au Ministère de n'avoir pas attendu le 14 Juillet pour gracier le duc d'Orléans. M. de Freyeiiiet lui répondit que le 14 Juillet serait l'occasion de beaucoup d'autres grâces et Tordre du jour pur et simple réunit 309 voix contre i7o.

Une interpellation sur l'Enseignement secondaire, développée au Sénat par M. Combes, offrit plus d'intérêt. Partisan de l'Enseignement secondaire moderne, M. Combes demandait, pour tous les élèves, des études communes, sans grec ni latin, jusqu'à quatorze ou quinze ans. A cet âge, les élèves

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opteraient entre le classique et le moderne. M. Combes étendait son projet de réforme au baccalauréat, qui subsisterait comme premier examen d'Enseignement supérieur et serait remplacé, en tant quexamen d'Enseignement secondaire, par un certificat de maturité. Après que MM. Jules Simon et Ghalamet eurent réclamé pour les études gréco-latines, M. Berlhelot pour les sciences, le ministre eut l'art de ne mécontenter personne, ni classiques ni modernes, et le Sénat vota Tordre du jour pur et simple.

Le discours de M. Combes valut à son auteur, à quelques années de là, le portefeuille de Tlnstruction Publique, dans un Cabinet Bourgeois. Son plan de réforme ne reçut pas même un commencement d exécution : au mois d'Août suivant, des modifications très contestables étaient apportées au baccalauréat et TEnseignement moderne était calqué servilement sur TEnseignement classique, au mécontentement égal des classiques et des modernes.

Quelques questions sur la politique extérieure furent posées au ministre des Araires Étrangères, au mois de Juin. Le 10 M, Pichon interrogea M. Ribot sur la conversion de la dette égyptienne. Le ministre répondit prudemment que le principe d'une occupation anglaise indéfinie dans la vallée du Nil n'était pas admis par le Gouvernement français. Le 21 Juin M. Deloncle interrogeait sur l'arrangement, angloallemand relatif à Zanzibar. L'Angleterre avait établi son protectorat sur Zanzibar, contrairement à la convention qu'elle avait conclue avec la France en 18Gi, arrangement auquel l'Allemagne avait souscrit en 1866. M. Ribot répondit à M. Deloncle que rien ne lui avait été notifié. Questions peu précises, réponses brèves, c'est ainsi que se traitait le plus souvent la politique extérieure dans les Chambres françaises. L'afi'aire de Zanzibar reçut une solution, à moins de deux mois de là, par un accord particulier entre la

France et TAnglelerre (5 Août). La France reconnaissant le protectorat anglais sur Zanzibar, l'Angleterre reconnut le protectorat français sur Madagascar et, de plus, elle nous concéda le Soudan, comme dépendance de nos possessions de l'Afrique du Nord. C*est ce que les pédants germaniques appelèrent Vhinterlandy c'est-à-dire le droit sur le pays situé en arrière de la Cùte occupée.

La législation du travail s'enrichit en Juillet de deux lois utiles : Tune du 2 Juillet sur la suppression des livrets ouvriers ; l'autre du 6 du même mois sur les délégués à la sécurité des ouvriers mineurs.

La session ordinaire fut close le 6 Août, après le vote par les Chambres des contributions directes. C'est le 19 juillet que le projet avait été voté par la Chambre. La Commission du budget de 1891 avait pour président M. Casimir-Périer, pour rapporteur général M. Burdeau; le ministre des Finances était M. Maurice Rouvier. De la collaboration de ces compétences éprouvées sortit une taxe de 23 franc* par télé d'employé dans les magasins qui employaient moins décent employés, de 50 francs au-dessus de cent employés ; l'exonération aux père et mère de sept enfants, limitée aux cotes inférieures à 10 francs et la taxe des sucres indemnes portée de 20 à 30 francs. Taxes et détaxes, tout compensé, creusaient dans le budget des recettes un déficit de treize millions. M. Rouvier dût chercher, pendant les vacances, les ressources nécessaires pour y faire face.

Les vacances parlementaires de 1890 furent signalées par la liquidation scandaleuse du parti boulangiste qui s'appelait déjà le « grand parti national » : on n'avait pas encore inventé le vocable nationaliste. Un député de ce parti, M. Terrail-Mermeix, élu dans le plus aristocratique arrondissement de Paris, grâce au concours des républicains révolutionnaires ou naïfs et du clergé, qui l'avait soutenu contre

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