LA LIQUIDATION BOULANGISTE
M. Denys Cochin, publia dans la presse d'abord et ensuite sous forme de livre les Coulisses du Boulangisme. Il révéla, sur le coup de folie, de 1889, des détails connus déjà ou seulement soupçonnés, comme la visite d'un commandant de Corps d'armée en activité de service, faite à Prangins, au prince Napoléon; comme les excitations de M. Naquet à un coup d'État; comme l'allocation de subsides considérables par la famille d'Orléans. Un peu surpris d'abord, les députés boulangistes se ressaisirent vite et publièrent une sorte de Manifeste, où ils déclarèrent avoir mené une loyale campagne en faveur de la revision républicaine et de la réconciliation nationale. Ils blâmaient sévèrement M. Terrail-Mermeix pour avoir essayé de jeter le discrédit sur « leur ami proscrit ». Quatorze députés seulement avaient signé ce Manifeste : MM. Aimel, Castelin, Chiche, Dumonteil, Gabriel, Goussot, Jourde, Laguerre, Laur, Le Veillé, Millevoye, Paulin Méry, Revert et Pierre Richard. Quant à l'ami proscrit, il laissa déclarer par la Voix du Peuple, le seul journal qui lui fût resté fidèle, qu'il avait été entouré par « l'écume des décavés ». M. de Cassagnac et M. Cornély, dans leurs journaux, le Comte de Paris, dans une lettre du 23 Septembre 1890, avouèrent le passé et s'en vantèrent. Il y eut pourtant quelques monarchistes qui sentirent la rougeur leur monter au front; l'un d'eux, M. Saint-Genest, écrivit dans le Figaro : « Les années et les années passeront, sans que rien enlève du front des royalistes cette tache ineffaçable... Il n'y a plus aucun espoir de royauté possible. »
La publication des Coulisses du Boulangisme eut sa répercussion à la Chambre, dès la rentrée. MM. Déroulède et Goussot interpellèrent M. Constans le 20 Octobre, prétendant que les révélations de M. Terrail-Mermeix obligeaient le Gouvernement à poursuivre tous les boulangistes devant la Haute-Cour. Il suffit à M. Constans de dire, avec sa froide
ironie, que la justice n'avait pas l'habitude, avant d'agir, de prendre l'avis des accusés, pour enlever Tordre du jour pur et simple à une grosse majorité. Mais il était piquant de montrer la faction, sollicitant elle-même la convocation de cette Haute-Cour, contre laquelle elle devait, en d'autres temps, soulever tant de clameurs, susciter tant d'indignations factices.
La session extraordinaire de 1890 fut presqne entièrement consacrée à la discussion du budget de 1891. Les interpellations furent, en effet, peu nombreuses et peu importantes, pendant ces deux mois d'actif labeur.
M. Hubbard proposa, le 20 Octobre, Téleclion des sénateurs au suffrage universel; dans la pensée du député radical, cette réforme pouvait s'accomplir par une simple modification de la loi électorale et devait se faire dès le mois de Janvier 1891. Après une réponse de M. de Freycinet, la proposition fut repoussée par 230 voix républicaines contre 190 voix de radicaux, de conservateurs et de boulangistes coalisés. Quelques jours après, un décret convoquait les électeurs sénatoriaux pour le 4 Janvier 1891. Une proposition de M. Maujan, sur la révocabilité du mandat de député, se vit refuser le bénéfice de l'urgence. Enfin, l'ordre du jour pur et simple clôtura les interpellations sur le monopole de la maison Hachette dans les bibliothèques de chemins de fer, sur la fraude des vins, sur les bouilleurs de cru, sur la laïcisation des hôpitaux de Paris et sur la Guyane. Les interpellations sur la fraude des vins et sur les bouilleurs de cru avaient été discutées au Sénat. C'est également la Haute Assemblée qui ajourna, au commencement de Décembre, la loi sur les Syndicats professionnels.
L'excellence du crédit de la France venait d'être démontrée par le prêt de 75 millions, que la Banque de France avait fait à la Banque d'Angleterre, sous la garantie du Tré-