‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 24 sur 172 · LE CONTRAT DE LOUAGE DE SERVICES · texte numérisé non relu

LE CONTRAT DE LOUAGE DE SERVICES

sor anglais. Aussi la discussion générale du budget, qui s'élevait à 3 163 millions, fut-elle un échange de vues optimistes à la Chambre comme au Sénat. Les points saillants de la loi de Finances de 1891 étaient une taxe sur les affiches murales peintes, Télévation de Timpôt sur les valeurs mobilières, l'ajournement de la conversion facultative du 4 1/2 p. 100, l'incorporation à l'ordinaire de toutes les dépenses de la Guerre, réalisée au moyen d'un emprunt et une invitation faite au Gouvernement, par 324 voix contre 3o, d'avoir à préparer la réforme de l'impôt dans un sens démocratique. Les frais de construction des voies ferrées et le service des garanties d'intérêt aux Compagnies de chemins de fer restaient encore en dehors du budget. La loi de 1884, sur le droit d'accroissement exigé des congrégations, fut maintenue, à la suite d'une assez vive discussion dans les deux Chambres.

Trois jours après, la séparation était promulguée, le 27 Décembre, la loi sur le contrat de louage de services et les rapports des Compagnies avec leurs agents commissionnés. Celte loi apportait de telles modifications à l'article 1780 du Code civil, qu'elle constituait une véritable révolution juridique. Avec la loi du 22 Mars précédent sur les Syndicats de communes, celle du 1" Juillet sur les livrets ouvriers, celle du 6 Juillet sur les délégués mineurs, elle constitue une remarquable législation sociale et fait honneur aux Chambres qui montrèrent, en cette année 1890, une extraordinaire activité législative.

L'agriculture et l'industrie, en attendant le vote du tarif général des douanes, avaient été protégées par des mesures provisoires, comme l'élévation des droits d'importation sur le maïs et le riz, la taxation des vins de raisins secs. On poussait trop la Chambre et le Sénat du côté où ils penchaient ; on avait une tendance marquée à attendre le relè-

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vement agricole et industriel « de la douane plutôt que de la science » et, à l'imitation des socialistes, de TÉtat plutôt que des initiatives privées et de Teffort individuel.

Les bonnes fortunes ne manquaient pas, du reste, au Ministère de Freycinet, en cette première année de son existence. C'en fut une que la paix signée le 4 Octobre avec le Dahomey, aux conditions que nous avions imposées. C'en fut une autre que la reconnaissance par TAllemagne, le 17 Novembre, de notre protectorat sur Madagascar. Enfin, il est impossible de ne pas considérer comme une victoire républicaine, l'éclatante adhésion que le cardinal Lavigerie apporta à nos institutions. Dans une lettre à son clergé, dans une lettre « à un ami », destinée à la publicité, il répéta les termes de son fameux toast, dit que « le mal n'est jamais permis, même pour amener le bien », et mérita, en même temps que les encouragements et les félicitations de Léon XIII, les injures de la presse monarchique et religieuse.

Cette adhésion à la République d'une partie du clergé et de la Droite ne devait constituer un danger pour la République que si ses partisans se maintenaient trop étroitement dans les limites de leur ancien programme, sans chercher à l'étendre par de sages emprunts au programme des républicains plus avancés, voire au programme socialiste.

A la fin de l'année 1890, l'avenir s'annonçait donc exceptionnellement favorable pour notre pays. Cet avenir n'était pas inquiétant pour le Cabinet, si le Cabinet, qui s'était laissé mettre deux ou trois fois en minorité dans la discussion du budget, savait guider une Chambre foncièrement ministérielle, mais ayant parfois besoin d'être poussée ou d'être retenue, de sentir l'action d'une main à la fois ferme et prudente.

Le succès éclatant des républicains aux élections sénatoriales de 1891, le succès non moindre de l'emprunt Rouvier, l'institution du Conseil supérieur du travail, le voyage de

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