‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 25 sur 172 · RENOUVELLEMENT SÉNATORIAL DE · texte numérisé non relu

RENOUVELLEMENT SÉNATORIAL DE

l'Impératrice Victoria, veuve de Frédéric, à Paris et les incidents qui en furent la suite, la rentrée en scène de M. Jules Ferry, la mort du plus intelligent des Bonaparte et celle d*un bon serviteur de Tarmée et de la République tels sont, avec les interpellations et questions parlementaires, les événements notables du 1" trimestre de Tannée 1891.

Seize sénateurs de Droite étaient soumis au renouvellement : six seulement rentrèrent au Luxembourg. Les dix sièges perdus par la Droite, en particulier celui de M. Pouyer- Quertier dans TEure, furent gagnés par les républicains. MM. de Freycinet et Barbey furent réélus dans la Seine et le Tarn, le premier avec 579 voix sur 654 vptants. Peut-être doit-on regretter que cette victoire, si rassurante pour son avenir politique, n*ait pas rendu plus nette et plus ferme l'attitude du président du Conseil. L'élection de M. Jules Ferry par le déparlement des Vosges fut, avec celle de M. de Freycinet, le fait caractéristique du scrutin du 4 Janvier 1 891 , entièrement favorable aux républicains de gouvernement.

L'emprunt Bouvier, comme nous l'avons appelé, devait faire entrer au Trésor 869 500 000 francs : les souscripteurs lui offrirent 14 milliards 500 millions et, pour le premier versement, 2 milliards 340 millions au lieu de 141 millions. Les nouvelles rentes perpétuelles coûtaient 92 fr. 55 centimes pour 3 francs de rente, la rente 3 p. 100 étant cotée à la Bourse 95 francs. Le paiement devait se faire successivement du 10 Janvier 1891 au 1**^ Juillet 1892. Les conditions de l'emprunt, la date des versements échelonnés, favorables à la petite épargne et l'affluence des souscripteurs, constituèrent un succès personnel pour le très habile ministre des Finances du Cabinet Freycinet, succès qui permit, peu de temps après, le dépôt du projet de loi sur le renouvellement du privilège de la Banque de France.

Le Conseil supérieur du travail devait être un « instru-

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ment d'études. » Il devait fournir, d'une manière rapide et sure, tous les renseignements concernant les questions ouvrières. M. Jules Roche voulait qu'il fût, pour les pouvoirs publies, non pas l'organe exclusif des revendications ou des intérêts d'une classe particulière, mais un appui indépendant éclairé et impartial. Il devait être composé, pour un tiers, de membres du Parlement et, pour les deux autres tiers, en nombre égal, de patrons et d'ouvriers, ces derniers membres des Conseils de prud'hommes, secrétaires généraux de Syndicats ou anciens délégués.

La mort, pendant les premiers mois de 1891 , frappa sur les républicains à coups redoublés : aucune perte ne fut plus sensible que celle du général Campenon, succédant à celle de MM. Foucher de Careil, Lisbonne et Corbon. Ministre de la Guerre pour la première fois dans le Cabinet Gambetta, puis dans d'autres Cabinets modérés ou radicaux, le général Campenon avait donné à l'armée toute sa compétence, à la République tout son loyalisme. Le lendemain de la mort de ce bon serviteur de la démocratie républicaine, expirait à Rome, le n Mars, le plus célèbre partisan de la démocratie césarienae, le prince Napoléon dont le nom, si longtemps et si souvent mêlé à notre histoire, avait été prononcé pour la dernière fois, quand fut révélée la visite du général Boulanger k Prangins. Avec son intelligence aiguisée, le Prince avait dû vile percer à jour son interlocuteur et reconnaître quel peu de fonds on pouvait faire sur lui.

La rentrée de M. Jules Ferry se produisit à la fois au Parlement et à V Association natioyiale républicaine. Là, il prit part à la discussion des affaires algériennes, avec une telle autorité, qu'il se désigna pour la présidence de la grande Commission d'enquête. Ici, il sut donner une définition nouvelle de l'esprit opportuniste, qu'il opposa à l'esprit brouillon, à l'esprit de désordre et d'intransigeance, cr péché

l'impératrice \1CT0RIA en FRANCE 1 i^

mignon des révolutionnaires, dit-il, lorsque le pouvoir leur tombe dans les mains ».

A la fin du mois de Février, M. de Munster, ambassadeur d'Allemagne en France, avait fait savoir à notre Gouvernement que la veuve de Frédéric IIl, mère de Guillaume II, rimpératrice Victoria se rendait à Paris, sous prétexte de convier nos artistes à TEIxposiLion de Berlin. Le caractère de ce voyage n'était pas nettement défini, rimpératrice gardant un demi-incognito. Tout aurait pu cependant se passer tranquillement, si l'impériale visiteuse n'avait cru devoir se rendre à Versailles avec l'ambassadeur, pour voir la galerie des glaces, où Guillame I" avait été proclamé Empereur, et de Versailles à Saint-Gloud, devant les ruines de ce qui fut le château de Napoléon III. M. Déroulède ne pouvait manquer de saisir cette occasion d'intervenir. Avec des membres de Tex-Ligue des patriotes, il alla déposer une couronne sur la tombe d'Henri Regnault, devant laquelle rimpératrice s'était arrêtée quelques jours auparavant, à l'École des Beaux-Arts. Les commentaires de certains journaux français, ceux de la Gazette de Cologne et de la Gazette de la CroiXj encore plus inexcusables, auraient tout compromis, si la presse anglaise n'avait remis un peu de ealme dans les esprits, en appréciant sainement « la réception vraiment exeellente » faite par les Français à la sœur du Prince de Galles, en ne confondant pas l'opinion de l'immense majorité du pays avec celle de quelques patriotes échaufifés ou de quelques journalistes avides de scandales. Quand rimp>ératrice quitta Paris, le 27 Février, les peintres, qui avaient déjà promis d'assister à l'Exposition de Berlin, crurent devoir retirer leur parole : ils le firent par l'organe de M. Edouard Détaille. Le Gouvernement allemand répondit à cette démarche en ordonnant au gouverneur impérial d'Alsaee-Lorraine de ne plus apporter aucun adoucissement

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au régime des passeports. Toutes ces délicates questions n*auraient pas été soulevées, tous ces froissements auraient été évités si le jeune souverain, au lieu de procéder par coup de tète, avait pressenti notre ambassadeur à Berlin sur Inopportunité de la visite de sa mère

Il y a dix ans les questions et interpellations ne sévissaient pas comme de nos jours, rendant à peu près impossible tout travail parlementaire suivi. On n'en compte que onze, à peu près sérieuses, à la Cbambre ou au Sénat, du 18 Janvier au 21 Mars, date de Tajournement des Chambres au 27 Avril.

Le 18 Janvier M, Laur interpella M. Rouvier sur le drainage de For et M. Dumay interpella M. Gonstans sur Texpultion d^ouvriers belges. L'interpellation de M. Laur visait le prêt de 73 millions, consenti par la Banque de France à la Banque d'Angleterre. Le député boulangiste, devançant et devinant le programme des futurs nationalistes, voyait dans ce prêt « l'action des Sémites, qui ont des intérêts cosmopolites en Allemagne, en Angleterre, qui n'ont pour ainsi dire pas de pairie ». Il ajoutait que « des mains mystérieuses ont trié pièce à pièce la fortune de la France ». M. Rouvier lui répondit que la Banque de France avait défendu à la fois son encaisse métallique et les intérêts du marché français, car un krach à Londres eût eu sa répercussion à Paris. Quant au drainage, il se fût justement produit par suite de la différence entre le taux de l'escompte à Londres et à Paris. A la fin de son remarquable discours M. Rouvier annonça le dépôt du projet de loi sur le renouvellement du privilège de la Banque de France. D'après ce projet, la Banque abandonnerait à l'État 4 millions 300 000 francs pendant les cinq premières années et o millions 100 000 francs pendant les vingt-trois années suivantes. L'ordre du jour de blâme, proposé par M. Laur, fut repoussé par 419 voix

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