LE PARI MUTUEL
semenis de bienfaisance, et supprimait Tindustrie des bookmakers. M. Constans, après le vote de la Chambre, s*était engagé à appliquer très sévèrement les lois qui interdisent les jeux et paris sous toutes les formes. Il prévoyait fort sagement que Tinterdiction rigoureuse des jeux et paris, condition indispensable de prospérité pour les Sociétés hippiques, ruinerait ces Sociétés et provoquerait une vive émotion dans ce que Ton appelle le monde de l'élevage. En effet, dès le 9 Mars, il était interpellé sur la situation faite à ce monde spécial par M. Paulmier, député du Calvados, et, le jour même, son collègue de TAgricuIture, M. Develle, annonçait le dépôt d'un nouveau projet de loi sur les Sociétés de courses. Le projet Develle soumettait l'ouverture des champs de course et leur budget annuel à l'approbation préalable du ministre de l'Agriculture et chargeait les grandes Sociétés hippiques de la police de leurs hippodromes et du contrôle des transactions et contrats.
Une interpellation de M. Laur, déposée le 14 Février et ajournée au 14 Mars, portait sur les «escroqueries par prospectus^ promettant un revenu invraisemblable et garantissant le capital ». L'ajournement de l'interpellation permit à M. Laur de viser la Société des Dépôts et Comptes courants dont le krach n'avait été empêché que par l'intervention de M. Rouvier. M. Fallières, dont le rôle fut un peu effacé sous ce Ministère, obtint l'ordre du jour pur et simple, en réclamant pour les capitalistes, gros ou petits, la liberté de faire des placements même aventurés. Quelques-unes des critiques du député boulangiste étaient fondées, puisque le Gouvernement annonça la présentation d'un projet concernant les Sociétés de dépôts. C'est dans cette discussion que le parfait honnête homme qu'est M. Fallières prononça, avec une émotion qui se communiqua à toute la Chambre, des paroles qu'il faut citer : « Je ne suis l'homme de personne et s'il est Edg. Zevort. — Troisième République. iv. — 9
certains moments où Ton peut se féliciter de sa pauvreté, c'est lorsqu'on parle de certaines questions et qu'on fait partie du Gouvernement. On peut m*enlever mon portefeuille, je resterai l'homme du devoir et de la justice. » Ce cri de conscience fut en partie la cause de l'élévation ultérieure de M. Fallières à la seconde charge de l'État, comme un autre cri de conscience avait porté M. Carnot à la première.
Avant les vacances parlementaires la Chambre, sous l'inspiration de M. Méline, « le Mac-Kinley français, » entra hardiment dans la voie du protectionnisme, en accordant aux agriculteurs, victimes des rigueurs de l'hiver, une subvention de 6 millions, sous forme de dégrèvement des plus petites cotes. Celles-ci étant au nombre de 7 millions, c'était une somme de 85 centimes et demi, allouée à chaque agriculteur, et qu'il pourrait tçucher, après tous les contrôles officiels, au mois de Janvier 1892.
En dehors du Parlement, il faut signaler les perquisitions opérées à la Société du Drapeau^ succursale boulangiste de Vex-Ligue des patriotes ; le Congrès international des mineurs, tenu à Paris le 31 Mars, et les préparatifs pacifiques de la manifestation ouvrière du 1*' Mai.
Les travaux parlementaires reprirent le 27 Avril et, dès la rentrée, la Chambre commença la discussion du tarif général des douanes, qui devait remplir la session jusqu'au 18 Juillet, date de la clôture. M. Lockroy ouvrit le feu, au nom des libres échangistes, contre le projet de la Commission. De son discours, péniblement spirituel, il faut retenir la comparaison de M. Méline avec Jeanne Darc, l'appellation de « Torquemada de la betterave », donnée au chef du protectionnisme et la qualification de « Deux Décembre économique », infligée à l'œuvre de la Commission. Plus sérieusement, il fit ressortir la gravité des révoltes sociales que l'égoïsme des producteurs risquait d'amener. M. Viger, sui-