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II. AYNARD ET LE LIBRE ECHANGE

Yaot M. Lockroy sur le terrain de Tironie, appella M. Paul Leroy Beaulieu « Tévêque du libre échange », compara la France à « la femme de Sganarelle, aspirant h être battue par ses légitimes époux, les protectionnistes» et se prononça pour un système protecteur modéré.

Le i Mai la discussion générale reprit par un grand discours de M. Aynard. Le député de Lyon montra que les tarifs proposés aboutiraient à compenser les 10 francs d'impôts, que paie en France un hectare planté en blé, par un droit de douane de 86 francs sur une quantité correspondante de blé étranger et les i5 francs payés par un hectare de vigne par un droit de douane de 480 francs. Proléger tout le monde, dit-il, c'est ne protéger personne ; aussi les tarifs douaniers ne protègent-ils que quelques privilégiés : 20 millions de citoyens en souffrent. La France marche h la protection, quand les autres en reviennent. Que la Chambre médite le mot si juste de M. Clemenceau : « Les fautes politiques passent, mais les fautes économiques restent. »

M. Paul Deschanel, dans un discoui's d'une forme oratoire parfaite, laissa échapper des aveux que les protectionnistes intransigeants jugèrent compromettants, comme ceux-ci : a La solution du problème agricole est dans l'augmentation des rendements parle perfectionnement des méthodes ; » ou encore : a Quand la France crie : Plus de traités de commerce ! cela veut dire plus de traités de commerce, dans la forme et suivant la méthode où ils ont été conclus jusqu'à présent. » Et mettant le doigt, avec une grande sûreté, sur le point faible du travail de la Commission, dont il partageait d'ailleurs les vues, le député d'Eure-et-Loir ajoutait : « C'est nous ici, en quelque sorte de cette tribune, qui négocions; nous faisons la convention en faisant le tarif; notre rôle devient donc délicat. » Si délicat que M. François Deloncle demanda que Ton mît d'accord l'article, l**^ du tarif

i3!2 LE QUATRIÈME MINISTÈRE DE FREYCLNET

général avec l'article 8 de la loi constitutionnelle du 16 Juillet 1875, qui donne au Président de la République le droit de négocier et de ratifîer les traités. Celte difficulté devait être résolue plus tard.

M. Léon Say combattit la doctrine de l'État tuteur, de rÊtat tyran bienfaisant, à laquelle il opposa la doctrine de la démocratie libérale ; entrant dans le détail, il protesta contre l'inégalité des Français devant la douane et tenta de prouver que sur 634 ménages les droits nouveaux ne profiteraient qu'à 80. Une charge supplémentaire de plus de 2 milliards pèserait sur tous les citoyens, par le fait du nouveau tarif général.

M. Méline, sans rechercher l'esprit ni les pointes, s'adressa directement aux intérêts, rappela les souffrances des agriculteurs, flétrit les intermédiaires, gens aux doigts crochus, fit valoir la modération des tarifs proposés, indiqua que l'écart de 40 ou 50 millions entre les propositions de la Commission et celles du Gouvernement n'était pas irréductible. Tout s'arrangera, si l'on ne demande pas à la Commission des concessions qu'elle ne saurait faire, car elle doit sauvegarder le travail et la fortune du pays.

M. Jules Roche enûn, au nom du Gouvernement, se prononça pour l'affranchissement des matières premières et Fétablissement de tarifs modérés. Il présenta un magnifique tableau du monde nouveau, du monde de la concurrence universelle et des marchés indéfiniment élargis, où nul, sous peine de décadence, n'a le droit de s'içoler. Il sollicita la Chambre, au lieu de rester hypnotisée par les intérêts particuliers, de s'élever à la conception des intérêts généraux et permanents du pays.

Le 22 Mai, M. Deloncle reprit sa question et demanda au Gouvernement si le vote du tarif général restreindrait son pouvoir de négocier. M. Méline répliqua quç le vote de l'ar-

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