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CONSÉQLENCES DE LA VISITE A CRONSTADT

appréciée par M. de Freycinet dans le discours qu'il prononça à Vaadeuvre, à la fin des manœuvres où avaient figuré quatre Corps d'armée, 120 000 hommes, sous le commandement des généraux Saussier, de Miribel, de Gallifi*et et Davoust. (( Personne ne doute aujourd'hui que nous soyons forts, nous prouverons que nous sommes sages. Nous saurons garder, dans une situation nouvelle, le calme, la dignité, la mesure qui, aux mauvais jours, ont préparé notre relèvement. »

Le 28 Septembre, à Bapaume, M. Ribot n'était pas moins bien inspiré, à l'inauguration du monument de Faidherbe : « Nous apportons une garantie nécessaire à l'équilibre général... Notre seul mérite est d'avoir continué ce que nos devanciers avaient commencé et, peut-être, d'avoir compris que le moment était venu de donner à leurs efforts la consécration qui était dans les vœux du pays. » Le même jour, à Osnabruck, le Chancelier de Caprivi parlait de la « restauration de l'équilibre européen », efl^açant ainsi l'effet fâcheux produit par un toast maladroit de Guillaume II à Erfurt. Sentant lui-même la faute commise, le jeune Empereur avait corrigé les épreuves de son toast et fait mieux encore, en apportant les adoucissements nécessaires au régime des passeports en Alsace-Lorraine, malgré les manifestations anti-allemandes, sans grande portée, qui avaient accompagné la représentation de Lohengrin à Paris.

Trois morts attirèrent Tattention de la France ou du monde pendant les mois d'Août et de Septembre. Au mois d'Août; une dépêche de M. de Brazza faisait savoir au Gouvernement que son ancien secrétaire, M. Crampel, avait succombé à vingt-sept ans, assassiné sans doute, entre TOubanhui et le Baghirmi, au cours d'un voyage destiné à relier le Congo français à la région du lac Tchad et cette région au Sahara algérien.

M. Grévy mourut le 10 Septembre, au milieu de l'allégresse causée par le rapprochement avec la Russie, rapprochement auquel la politique extérieure si sage de Tancien Président et la confiance qu'il inspirait personnellement n'avaient pas été étrangères.

Le 30 Septembre le général Boulanger se suicida au cimetière d'ixelles, sur la tombe de M"*® de Bonnemains. Cette fin romanesque ne surprit que ceux qui ignoraient sa vie privée Depuis le jour où il était entré dans la politique, ses défaillances morales avaient été de pair avec ses défaillances intellectuelles.

La dernière quinzaine de vacances fut moins calme et moins favorable au Ministère que n*en avait été le début. Le Gouvernement français s'était fait représenter le 5 Octobre à l'inauguration du monument de Garibaldi à Nice et M. Bouvier, en rappelant que l'Italie unifiée et Rome capitale marquaient les principales étapes de la carrière du héros de Caprera, avait su éviter tout ce qui aurait pu blesser les susceptibilités ombrageuses du peuple italien. Un ordre du jour, unanimement adopté, avait envoyé aux Parlements des deux pays un salut fraternel et affirmé l'indissoluble union des deux Nations, sœurs dans la paix et dans la liberté.

Quelques jours auparavant, le 20 Septembre, Rome avait célébré le double anniversaire de sa proclamation comme capitale et de l'entrée des troupes italiennes dans ses murs en 1870. C'est au milieu de l'enthousiasme populaire provoqué par ces fêtes, qu'un pèlerinage d'ouvriers français, dirigé par le cardinal Langénieux et inspiré par M. de Mun, s'était rendu auprès de l'auteur de l'Encyclique Rerum novai^um^ du Pontife que le député de la Droite appelait, avec une pompe courtisanesque, le Pape des ouvriers. Un autre pèlerinage de la Jeunesse catholique, française en majorité, avait été organisé par les Jésuites. Le 29 septembre, à Saint-Pierre,

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les pèlerins avaient pu impunément acclamer le Pape-roi. Le i octobre, en visitant, au Panthéon d'Agrippa, le tombeau de Victor-Emmanuel, l'un d'eux s'avisa peut-être, car le coupable ne fut jamais découvert, d'inscrire sur le registre destiné à recevoir les noms des touristes : « Vive le Pape-roi ! » Arrêtés, trois des délinquants supposés sont conduits à la police, après que leurs compagnons ont vainement tenté de les arracher aux carabiniers. Une émotion considérable envahit la ville. On prétend que les pèlerins ont insulté la mémoire de Victor-Emmanuel et, durant tout le jour, les voitures qui transportent leurs bandes à travers Rome sont poursuivies et huées par la Toule qui acclame la famille royale et crie : « A bas les prêtres, à bas le Vatican! » Dans tout le reste de l'Italie, la nouvelle amplifiée de ces désordres provoqua une explosion violente d'hostilité contre la France.

Le surlendemain de ces regrettables incidents, le 4 Octobre, M. Fallières, ministre des Cultes, écrivait aux archevêques et évèques, en les invitant à s'abstenir de manifestations qui pouvaient facilement perdre leur caractère religieux. L'archevêque d'Aix répondit à la circulaire de M. Fallières par une lettre d'une incroyable violence, l'accusant d'avoir commis « un triste et odieux contresens » et reprochant aux maîtres du jour, en Italie comme en France, de ne manquer aucune occasion d'attaquer et d'insulter la religion catholique qui a fait l'Italie et la France. « La paix est quelquefois sur vos lèvres, la haine et la persécution sont toujours dans les actes... » Au lieu de déférer M^^ Gouthe- Soulard au Conseil d'État, qui aurait rendu une inoiïensive déclaration d'abus, le Gouvernement décida de le poursuivre devant la Cour d'appel.

Cette poursuite que les attaques au Gouvernement et au peuple italien, que la nature et l'étendue de l'outrage au

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miniâlre français rendaient peut-être nécessaire, allait faire perdre au Ministère le bénéfice de son très sincère désir d'apaisement ; elle allait réyéler, dans la grande majorité de rÉpiscopat, un état^d'esprit inquiétant ; elle allait réjouir tous ceux qui, considérant arec défiance l'évolution républicaine du clergé et des catholiques, auraient préféré un franc ennemi.

Dans la discussion du budget des Affaires Étrangères, le 26 Octobre, M. Ribot eut l'occasion de montrer que l'agitation du 3 Octobre, à Rome et dans la Péninsule, avait été hors de proportion avec les faits insignifiants qui l'avaient provoquée. Une seule partie était sensée, dans la fameuse lettre de M^' Gouthe-Soulard, c'est celle où il disait que si un Italien avait écrit sur un registre officiel français « Vive le comte de Paris! » personne ne s'en serait offusqué. A M. de Mun qui lui criait : « Si vous nous traitez en ennemis, ne vous étonnez pas que nous vous répondions en combattants, » M. Ribot riposta que M. Billot, notre ambassadeur au Quirinal, avait saisi de la question M. di Rudini et que celui-ci lui avait exprimé, avec ses regrets, sa volonté énergique de maintenir l'ordre. Il n'y avait pas lieu d'aller plus loin et d'adresser des reproches directs et publics au Gouvernement italien. Après les explications du ministre, la suppression de notre ambassade au Vatican, proposée par l'Extrême-Gauche, fut repoussée par 280 voix contre 198 et le budget des Cultes fut voté par 341 voix contre 138.

Le lendemain M. Camille Dreyfus, fidèle à la tactique des radicaux, avait saisi inopinément la Chambre d'une proposition de séparation des Églises et de l'État ; il l'avait retirée, sur les protestations presque unanimes de ses collègues. Cette proposition ne devait pas tarder à reparaître.

Avant de comparaître, le 24 Novembre, devant la Cour d'appel, M^ Gouthe-Soulard reçut les encouragements de

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plusieurs prélats et en parliculier ceux de Tévèque d*Autua, que Ton regardait comme Tun des plus modérés et qui, en tout cas, était Tun des plus maîtres de sa plume. En arrivant à Paris, t archevêque martyr descendit à Tarchevécbé, où il fut rhôte de M^ Richard. Il fut condamné à 3 000 francs d'cunende, après que le ministère public eût rappelé les sollicitations qu'il avait adressées aux autorités républicaines, les assurances libérales qu*il leur avait données pour arriver à Tépiscopat. Un télégramme qu'il adressait au cardinal Rampolia, le lendemain de sa condamnation, ne reçut pas de réponse.

Cette persistance du Saint-Père dans la voie qu'il s'était tracée, aurait dû désarmer les adversaires d'une politique d'apaisement, mais les adhésions des évèques à la cause de W^ Gouthe-Soulard, adhésions que celui-ci reproduisit dans un livre intitulé : Mon procès^ avaient été si nombreuses et si gratuitement injurieuses pour le Gouvernement^ que \e péril etén'ca/ sembla redevenu menaçant et que des interpellations se produisirent coup sur coup au Sénat et à la Chambre. C'est le 9 Décembre que la discussion vint devant le Sénat : elle fut ouverte par le pasteur Dide. Partisan en théorie de la séparation des £glises et de l'État, il se prononçait dans la pratique pour l'application pure et simple du Concordat, dans son esprit et dans sa lettre. M. Goblet succède au pasteur Dide et prononce, en faveur de la séparation, un remarquable discours, où il montre Tincompatibililé entre l'Église romaine et l'État laïque, où il prédit qu'on arrivera fatalement à la laïcisation de l'État. Cette laïcisation, il veut la voir précédée d'une loi sur les Associations. Il consentirait à maintenir, à titre viager, le budget des Cultes. Après des discours peu écoutés de M. de Marcère, de M. Chesnelong, du garde des sceaux lui-même, M. de Freycinet prit la parole. Avec son admirable pénétration d'esprit, avec son

sens de Tà-propos et de Topportunilé, le président du Conseil avait bien compris ce que Topinion attendait de lui : un peu plus de netteté, de fermeté, disons le mot, de franchise d'allures. Il eut toutes ces qualités, au degré le plus éminent, il parla avec un tact exquis, sans dire un mot de trop, mais sans oublier un seul des mots qui devaient être dits et le Sénat, peu prodigue de cet honneur, vota Taffichage de son discours*.

Après ce lucide et vigoureux exposé, Tordre du jour de conQance, déposé par MM. Demôle, Merlin et Ranc, voté par 2H voixcontre57, était conçu en ces termes : Le Sénat, considérant que les manifestations récentes d'une partie du clergé pourraient compromettre la paix sociale et constituent une violation flagrante des droits de l'État, conGant dans les déclarations du Gouvernement, compte qu'il usera des pouvoirs dont il dispose ou qu'il croira nécessaire de demander au Parlement, afin d'imposer à tous le respect de la République et la soumission à ses lois et passe à Tordre du jour.

La Chambre tint deux séances, le 11 et le 12 Décembre, pour discuter l'interpellation de MM. Hubbard, Ricard et Turrel, séances violentes (c'est dans Tune d'elles que le président Floquet allégua, sur l'autorité de Larousse, que Pie IX avait fait partie delà franc-maçonnerie), confuses et peu probantes. Après que MM. Fallières et de Freycinet eurent répété leurs déclarations de Tavant-veilie, ce dernier en accentuant son respect pour les autorités ecclésiastiques. Tordre du jour Hubbard, tendant à la séparation, fut repoussé par 321 voix contre 179 et un ordre du jour de MM. Rivet et Delpeuch, reproduisant à peu près celui du Sénat, fut adopté à 20 voix de majorité. Il y avait donc deux ordres du jour de plus, mais ni les partisans de la séparation n'avaient été convertis

(1) Appendice ÏX. Discours de M. de Freycinet au Sénat, sur les relations de l'Église et de l'État.

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