‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 32 sur 172 · LE BUDGET DE · texte numérisé non relu

LE BUDGET DE

au régime concordataire, ni, ce qui est plus grave, les personnalités ecclésiastiques, visées parles deux ordres du jour, n'avaient été converties au respect des autorités civiles et des droits de rÉtat. Quant au Gouvernement, il continua à se montrer tolérant et conciliant, il donna par sa conduite un démenti au député radical qui, dans la dernière discussion, avait salué avec joie la Gn de la politique d'apaisement. De son côté, le Pape, indifférent en apparence aux menus incidents de la polémique religieuse, restait immuable dans sa politique d'adhésion aux Gouvernements établis, ces Gouvernements fussent-ils républicains.

La Chambre put mener à bien, dans la session extraordinaire, la discussion et le vote du budget ; mais elle ne l'envoya que le 29 Décembre au Sénat ; il fallut voter un douzième provisoire, applicable à Janvier 1892, et les deux Chambres s'ajournèrent au 5 Janvier, la session extraordinaire restant ouverte, d'accord avec le Gouvernement. Le budget de 1892 avait pour caractéristiques l'incorporation des garanties des chemins de fer algériens, le dégrèvement de l'impôt sur la grande vitesse et la réforme de la taxe des frais de justice ; M. Rouvier prévoyait un excédent de recettes, en fln d'exercice, de 29 millions et, avec les plus-values, d'au moins 70 millions.

LadiscussiondubudgetdesAffairesÉtrangèresavait permis à M. Ribot d'indiquer, à larges traits, Tétat de nos relations extérieures avec l'Angleterre pour l'Egypte, avec le Maroc pour le Touat, avec le Siam pour le Mékong. En Egypte, où la situation était difficile, ni notre langue, ni notre influence, ni nos intérêts n'étaient en péril. Au Maroc, le Gouvernement français ne tolérera, de la part du Gouvernement chérifGn, aucun acte de souveraineté sur les oasis écartées que le traité de 1845 n'a attribuées à aucune des deux puissances. Au Siam, toute la rive gauche du Mékong doit

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êlre réservée à Tinfluence française. M. Ribot concluait que la paix était mieux assurée que jamais, par la sympathie mutuelle existant entre la France et la Russie, autant que par la communauté d'intérêts solidaires et reconnus comme tels.

Tout devint facile à notre ministre des Affaires Étrangères après Gronstadt. La Chambre lui accorda le 24 Décembre le vole qu'elle lui avait refusé quelques mois auparavant, approuvant TActe général de la conférence de Bruxelles, que Ton avait modîGé, en tenant compte des susceptibilités françaises.

ATintérieur Tévénement le plus saillant fut la prolongation de la grève du Nord et du Pas-de-Calais, qui laissa 30000 ouvriers sans travail et sans ressources sufQsantes durant deux longues semaines. L'affaire ne pouvait manquer de venir devant la Chambre par voie d'interpellation : c'est le 19 Décembre que M. Basly la porta à la tribune. Le ministre des Travaux Publics, M. Yves Guyot, qui passait pour le membre le plus radical du Cabinet, qui l'était par son passé de journaliste, se fit plutôt l'avocat des Compagnies minières. M. Haynaut, député de Béthunc, leur reprocha de n'avoir pas fait toutes les concessions possibles et en particulier d'avoir refusé de reprendre les ouvriers renvoyés pour faits de grève ou organisation syndicale et il cita ce mot typique d'un mineur : Les salaires ne peuvent monter indéfiniment, nous le savons, mais est-il admissible que les actions montent indéfiniment? M. de Freycinet, dont le talent semblait décidément grandir de jour en jour, et qui se rendait compte de TefTet plutôt fâcheux produit par le discours de son collègue des Travaux Publics, monte à la tribune et avec une hauteur de vues singulière, avec une autorité qui s'impose, il trace, dans une magistrale improvisation, tout un programme sociaP.

(1) Voir à l'Appendice X. Discours de M. de Freycinet à la Chambre, sur la grève du Nord et du Pas-de-Calais.

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