CUÉDITS POUR LE SOUDAN ET LE DAHOMEY
taires s'élevait à 12450000 francs. Aux critiques très vives élevées par l'Extrème-Gauche contre cette augmentation, M. de Freycinet répondit que Tarmée française coûtait, au total, 18 millions de moins que Tarmée allemande, que son administration avait réalisé, dans les quatre ou cinq dernières années, 40 à 50 millions d'économies et que relTectif s'était pourtant augmenté de 40 escadrons, 25 bataillons et 25 batteries. Il ne répondit pas aux critiques que M. Camille Pelletan dirigeait spécialement contre l'administration de la Guerre et, sentant bien que la majorité ne lui accorderait pas un blanc-seing absolu, il consentit à une réduction de 1000 francs, à titre d'avertissement. Les crédits, ainsi réduits, furent votés par 420 voix contre 6.
Le 7 Avril avait été déposée sur le bureau de la Chambre une demande de crédits supplémentaires de 360 000 francs pour le Soudan et de 3 millions pour le Dahomey. La discussion de la demande de crédits fut jointe à une interpellation de M. Hervieu. Après avoir rappelé que TefTectif de nos troupes, au Soudan, était réduit à moins de 1 500 hommes, que Behanzin*, au Dahomey, violait le traité accepté par lui en 1890, nous empêchait de protéger nos clients et alliés de Porto-Novo et réduisait nos soldats à la seule possession de Kotonou, l'interpellateur indiquait comme solution une expédition contre Abomey, la capitale du Dahomey. Mais cette expédition nécessiterait forcément un certain déploiement de forces, Behanzin ayant employé à l'achat d'armes à tir rapide la subvention que nous lui versions depuis le traité de 1890. C'est le sous-secrétaire d'État de la Marine, M. Jamais, qui répondit à M. Hervieu avec un optimisme de commande. Ni expansion, ni évacuation, ni reculade, disait-il, mais défense et organisation de ce que nous pos-
(I) Bédoazin, que nous avons affublé du nom de Behanzin, était le fils de Gelé-lé, que nous appelons Gléglé.
sédons. Pour assurer la défense et Torganisation de nos possessions, M. de Mun proposait des moyens tout à fait inattendus. Nos soldais, proclamait-il avec éloquence, mourraient le cœur plus content et Tâme plus tranquille, s'ils avaient le sentiment profond qu'ils concourent à une glorieuse mission, qu'ils sont les soldats d'une grande cause. Ce poème, ce rêve de politique coloniale, excita la verve railleuse de Camille Pelletan qui prodigua ses épigrammes les plus acérées à M. de Mun et mit son discours en pièces. L'expansion coloniale fut encore attaquée avec violence par MM. Paul de Cassagnac et Déroulède, ce dernier prenant principalement à partie le sous-secrétaire d'État M. Jamais. Entre toutes ces exagérations, M. Loubet sut prendre une place moyenne, affinnant que Ton n'irait pas plus avant, qu'il fallait avant tout consolider les conquêtes acquises.
Les attaques contre les anciens errements reprirent plus vives et plus précises, avec le rapporteur de la Commission des crédits, M. Chautemps. Il insista surtout sur le manque de cohe'sion entre les divers services qui auraient dû coopérer ensemble h la défense du drapeau sur la Côte des Esclaves. L'ancien sous-secrétaire d'État, M. Etienne, justifia lui aussi, son administration, en rejetant toute responsabilité sur la Marine, laquelle avait eu la haute direction de toutes les opérations, depuis le 6 Avril 1890. L'ordre donné par lui d'occuper Wydah et Abomey n'avait manqué son effet que par Tintervention du Conseil des ministres d'alors, qui modifia les instructions très précises du sous-secrétaire d'État. M. Camille Pelletan signala ensuite le refus de notre stationnaire dans ces parages, le Sanéy de coopérer avec nos troupes de terre au maintien de l'ordre ou à la protection de notre drapeau.
Après que M. Cavaignac eut plaidé les circonstances atténuantes en faveur de son prédécesseur, M. Barbey, les crédits pour le Dahomey furent adoptés par2oo voix contre 2i3. Au
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Sénat M. Tirard, sans les contester, rappela judicieusement que si la responsabilité de la Marine était en cause à partir du 6 Avril, celle de la Guerre, c'est-à-dire de M. de Freycinet, Tétait avant cettedate. Moins contestés, les crédits pour le Soudan avaient été adoptés à la Chambre par 378 voix contre 106.
Quelques jours avant cette instructive discussion, deux questions posées à la Chambre, le â et le 4 Avril, avaient jeté quelque jour sur notre situation à Madagascar et au Tookin. M. de Mahy avait interrogé M. Ribot sur les constantes violations du traité de 1885 par les Hovas et le ministre des Affaires Étrangères, qui ne pouvait guère contester ces violations, avait demandé à ajourner sa réponse. La question de M. Bouge, sur Tétat troublé du Tookin, avait amené M. Jamais à reconnaître qu'en dépit de l'optimisme oiYiciel du résident général, M. de Lanessan, le Delta seul était entièrement paciGé.
EnBn un acte important doit être ici relaté : l'approbation, à la date du iâ Avril, des arrangements internationaux conclus en 1891 à Madrid, pour la protection de la propriété industrielle. Entre la France et les États contractants, Brésil, Guatemala, Espagne, Portugal, Grande-Bretagne et Colonies anglaises, on se garantissait mutuellement contre l'abus des étiquettes mensongères et l'usurpation des marques de fabrique.
La Déclaration ministérielle avait fait allusion aux rapports de l'Église et de l'État et, le jour même où elle avait été lue, le 3 Mars, le Cabinet avait eu à répondre à une interpellation qui impliquait cette question. L'habitude prise, par un certain nombre de membres du clergé, de porter la politique dans la chaire et d'affirmer le caractère démocratique et même socialiste de l'Évangile, ne tarda pas à la faire renaître.
Le père Lemoigne, un jésuite, donnait à l'église Sainl- Merri des conférences destinées aux hommes, où il traitait
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des causes du paupérisme. Quelques désordres avaient inioii ). la conférence du io Mars et les socialistes non s'étaient promis de revenir en nombre èk la conu 22, où il devait dire parlé des dîlTérentes solutions ;me de la misère. £n montant en chaire, le Père e vit bien qu'il n'avait pas en face de lui son audibituel. Renonçant à traiter le sujet qu'il avait et préparé, il improvisa une homélie banale sur les e charité. Ce changement au programme ne faisait lire des agitateurs : ils interrompirent le prédicailigèrent à quitter précipitamment la chaire et ia e se termina par une bagarre générale, au milieu iriés et des éclats d'une formidable Marseillaise. ur ces incidents que M. Delahaye interpella le Jn socialiste, M. Chassaing, lui répondit, au nom des ints de Saint-Merri et l'abbé d'HuIst, qui avait rem- Freppel h. la Chambre, lit sa première apparition à le. Non content de revendiquer pour les prêtres, ou séculiers, le droit d'exposer les règles de la ociale, l'abbé d'HuIst fît non pas une déclaration ni un acte de foi à la République, mais une adhéde à une certaine République, qu'il distinguait soient de la Révolution. 11 terminait, par ces paroles toires autant qu'excessives, sa harangue de début : rtient aux posteurs de l'Église d'enseigner dans tes le Dieu la morale divine. Le Gouvernement, de par -dat, leur doit protection. Si elle leur est refusée, ils s à toutes les persécutions. Mais alors, si le Gouvertuccombe, ce ne sera pas nous, ce sera vous qui lé. » Il y avait, dans ce discours soigneusement une singulière contradiction h traiter M. Loubet l'Apostat ou en Dîoelétien, au moment même où ait au Gouvernement dont il était le chef; il y