‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 40 sur 172 · TROUBLES DANS LES ÉGLISES · texte numérisé non relu

TROUBLES DANS LES ÉGLISES

avait une hyperbole choquante dans ces attaques dirigées contre la République, contradiction et hyperbole qu'une première apparition à la tribune ne suffisaient pas à expliquer. « Le Gouvernement, répondit avec calme M. Loubet, n'éprouve aucun besoin de procurer à qui que ce soit les palmes du martyre. Si les églises deviennent un lieu de discussion, le Gouvernement fera cesser un état de choses compromettant pour la tranquillité publique et ira jusqu'au bout, jusqu'à la fermeture de Tédifice. »

Après que M. Pichon eût signalé à la Chambre le langage tenu h Sainte-Clolilde par le père Forbes, un autre jésuite, qui avait accusé l'armée de rendre aux familles « des hommes pourris jusqu^aux moelles, atteints de maladies honteuses et de vices dégradants », le président du Conseil remonte à la tribune, pour répéter et accentuer ses premières déclarations, et la Chambre vote, par 336 voix contre 110, un ordre du jour de confiance déposé par M. Philippon.

Dès le lendemain, 27 Mars, de nouveaux désordres se produisaient à Saint-Joseph, rue Saint-Maur. Le chant de la Marseillaise ou de la Carmagnole alternait avec celui du cantique « Je suis chrétien » et quelques danses de caractère précédaient une bataille de chaises. L'extinction du gaz mit fin à ces scènes scandaleuses. De Paris, la contagion gagna la Province et des scènes analogues eurent lieu à Beauvais, à Marseille et à Nancy. Celles de Nancy provoquèrent, le 9 Avril, à la Chambre, une question de M^*" d'IIulst à M. Loubet. Un député de la Lozère, M. Jourdan, demanda à transformer la question en interpellation. Il en fut ainsi ordonné et l'interpellateur fit connaître à la Chambre une circulaire de Tévèque de Mende, Mk»" Baptifolier, à ses diocésains, où se trouvaient des passages comme celui-ci : « Il est important que vous ne fassiez entrer dans les municipalités que de bons chrétiens. » Le garde des sceaux.

no LE HIMSTKnE I.OCBET

M. Ricard, succède à I& tribune à M. Jourdan : après avoir

■■""oncé qne le traitement du prélat était suspendu et que

lonseil d l-Uat était saisi d'un appel comme d'abus, il cila

extraits d'une brochure émanant de l'évèque, autrement ns que le passage de sa circulaire relevé par H. Jourdan. es confesseurs, y élait-il dit, ont le devoir de refuser solution aux parents qui conTieraient leurs enfants à

Écoles de perdition, réprouvées ))ar l'Église. » Quand 'ïicard regagna son banc, salué par les applaudissements la majorité, la Chambre vota, par 303 voix eonlre 136, dre du jour de confianra déposé par M. Jourdan. 11 était jî conçu : H La Chambre, approuvant les déclarations du ouvernemenl et conTiante dans son énergie, ordonne affichage du discours de H. le ministre de la Justice et es Cultes, dans toutes les communes de France, et passe

l'ordre du jour '. n

a journée du 9 Avril, qui fut le point culminant de la -ière ministérielle de M. Ricard, ne larda pas à produire fruits. Ils semblèrent d'abord très dilTêrents de ceux que

attendait, puisque, dès le 13 Avril, l'archevêque d'Avin engageait ses diocésains à ne pas prendre au pied de cltre les instructions pontîlîcales et que celte traduc-

très libre des intentions de Léon XIH était adoptée avec lousiasme par H*' Gouthe-Soulard, archevêque d'Aix. Le le des sceaux répondit par une circulaire aux procureurs Ëraux ; puis, la circulaire étant resiée sans effet, par des lensions de traitement ou par des appels comme d'abus frappèrent les archevêques ou évéques d'Avignon, d'Aix, lontpellier, Mmes, Valence, Viviers et Nancy. C'est alors

Léon XIII intervint, le 6 Mai, par une lettre aux cardî- X français, où il leur disait textuellement. « Acceptez la

Apiiendicc Ml. Jtiscnurs de M. Ricard à la Chainbre desdéputta.

LÉON Xin ET l'ÊPISCOPAT FRANÇAIS 171

République, c'est-à-dire le pouvoir constitué et existant parmi vous, respectez-le, soyez-lui soumis comme représcn* tant le pouvoir venu de Dieu. » Il était piquant de voir la République bénéficier à son tour du droit divin et l'on comprend les résistances des évêques. Elles cessèrent pourtant, grâce à l'énergique attitude du Saint-Siège. Léon XIII provoqua la dissolution de V Union de la France chrétienne qui réunissait, sous la présidence du cardinal Richard, les monarchistes les plus militants : MM. Chesnelong, Keller et d'Herbelot ; il laissa mourir le journal fondé par M*' Dupanloup en 1876, la Défense ; enfin, il obtint qu'à la réunion de la jeunesse catholique française à Grenoble, tenue sous la présidence de M^^ Fava, M. Descolles et M. de Mun fissent une nouvelle et complète adhésion à ses instructions. Pourquoi faut-il que cette adhésion, purement doctrinale, n'ait pas empêché, dans la pratique, une opposition obstinée aux lois, aux principes, aux progrès qui sont la seule raison d'être de la République?

Léon XIII ne s'était pas laissé détourner de sa politique de rapprochement avec la République par les accidents qui entravaient la marche de notre Gouvernement et que les partis hostiles présentaient comme une conséquence naturelle, fatale, du développement des institutions républicaines. L'anarchisme, après avoir été longtemps la conception de quelques songe-creux, plus ou moins surveillés par des agents secrets, était passé de la théorie dans les faits et le 29 Février avait commencé cette série d'explosions à la dynamite contre lesquelles la police fut longtemps impuissante.

La première tentative suivit le vol de dynamite commis à Soisy-sous-Etiolles : elle fut dirigée contre l'hôtel du prince de Sagan, rue Saint-Dominique, et fît peu de dégâts. La seconde, en date du 11 Mars, eut lieu au 139 du boulevard Saint-Germain, dans la maison qu'occupait M. Benoît, con-

m LE MINI-^TÈBE LOCHET

seillep à la Cour el fut moins iaolTensive. La Iroisième fui dirigée, le 14 Mars, contre la cantine de la caserne Lobau. I.fi li>nHf>mBin, à la Chambre, M. Camille Dreyfus queation- Loubet à propos de cette explosion ; le ministre de ir rassurait le questionneur et la Chambre, en affire toutes les mesures préservatrices étaient prises, aient, en effet, quant à la surveillance des anarchis- :[ue Kœnigsteîn dit Ravachol fui arrêté le 30 Mars, restaurant du boulevard Magenta; elles l'élaient quant & la surveillance des immeubles, puisque 'occupait le substitut Bulot, ^9, rue de Clichy, avait imité le 27 Mars, la veille du jour où la Chambre té la loi réprimant les attentats par les explosifs. t ratifia la loi quatre jours après, le 31 Mars. lis plus tard, le 26 Avril, la veille du jour où Itavaait comparaître aux Assises de la Seine, une épouexplosion se produisait au 22 du boulevard Maans le restaurant Véry, où availeu lieu l'arrestation, énoncialion de Lhérol, beau-frère de Véry, Celui-ci onsommateur, Ilamonod, étaient tués; plusieurs insommateurs étaient blessés. Les jurés de la Seine s accordèrent des circonstances atténuantes & Ravairchiste : il ne fut condamné qu'aux travaux forcés luité. Les jurés de la Loire furent sans pitié pour )l assassin et voleur : condamné à mort, il fut au mois de Juillet, à Montbrtson. « Vive l'anarcria-t-il sous le couteaumiracle que les attentats à la propriété et à la vie, couvert d'une doctrine politique, et la coïncidence tions municipales du 1" Mai avec les manifestations ;s, n'aient pas eu plus d'influence sur ces élections. lifestations ouvrières se réduisirent à la publication rnal socialiste révolutionnaire .i numéro unique el à

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