‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 4 sur 172 · ECHEC DE MM. GOBLET ET FA LU ÈRES · texte numérisé non relu

ECHEC DE MM. GOBLET ET FA LU ÈRES

effet^ on ne comptait guère plus de 160 républicains de gouvernement dans la Chambre élue en 1885.

L'élection du 3 Décembre n'avait donc pas fait Tenlente, elle n'avait pas constitué, comme par enchantement, une majorité durable. On le vit bien pendant la crise ministérielle; on devait le voir mieux encore au lendemain de la crise el pendant toute la durée de la Présidence Carnot.

Se croyant tenu à faire un pas au-devant des radicaux, auxquels il devait les deux tiers de ses suCTrages du premier tour, le Président de la République s'adressa en premier lieu à M. Goblet qui devait être, qui était, en effet, guéri du général Boulanger et qui, comme président du Conseil, avait fait à la Droite républicaine et même au Saint-Siège des avances significatives. M. Goblet songea à un Cabinet de vaste conciliation, allant du Centre gauche à la Gauche radicale la plus avancée et comprenant à la fois M. Ribot et M. Sigismond Lacroix. Celui-ci, qui avait mis comme conditions à son concours la présentation d'une loi sur les associations, d'un impôt sur le revenu et d'une modification constitutionnelle tendant à faire élire le Sénat au suffrage universel, ne pouvait évidemment se rencontrer dans la même combinaison que M. Ribot : M. Goblet dut remettre ses pouvoirs à M. Carnot et M. Fallières, membre du Cabinet Rouvier, fut chargé des négociations. M. Fallières se mit à l'œuvre et se heurta tout d'abord à l'opposition des radicaux. M. Lockroy, pressenti, se refusa à entrer dans la combinaison, où ses amis voulaient tout ou rien, et affirma, non sans désinvolture, que M. Fallières ne serait que le prête-nom de M. Jules Ferry.

Ayant échoué avec les radicaux et avec les opportunistes, 31. Carnot se tourna vers un sénateur inamovible qui n'avait pas encore tenu de portefeuille, M. Tirard,républicainéprouvé. M. Tirard constitua, sans difficultés sérieuses, un Cabinet d'affaires où il prit l'administration des Finances.

Du cabinet Rouvier, M. Tirardne conserva que M. Flourens aux Affaires Étrangères, M. Dautresme au Commerce, où il devait continuer les préparatifs de l'Exposition universelle de 1889 et M. Fallières qui échangea Tlntérieur contre la Justice. Ses autres collègues furent M. Sarrien à l'Intérieur, le général Logerot à la Guerre, M. de Mahy à la Marine et aux Colonies, M. Paye à l'Instruction Publique et aux Beaux- Arts, M. Loubet aux Travaux Publics et M. Viette à TAgrîculture.

M. Sarrien était un peu effacé. Le général Logerot appartenait à une famille militaire, où l'on a là religion du drapeau et le respect inné de la discipline. M. de Mahy, député colonial, était en politique un indépendant. M. Paye remplaçait à l'Instruction Publique son ami SpuUer, dont il avait les idées, la modération et la fermeté républicaine. M. Loubet s'était fait remarquer par sa compétence dans les questions financières. Enfin, M. Viette, un jeune, était plein de verve dans le privé, plein de bonne humeur en public et il devait se faire vite à des fonctions où la grosse jovialité ne messied pas. En somme les nouveaux ministres étaient protégés parleur obscurité relative contre les violentes attaques qui étaient devenues, dans une presse sans frein, comme la rançon de l'avènement au pouvoir. Avec l'honnête homme qui était à leur tête, avec M. Tirard qui avait échangé pour la direction politique du pays la haute fonction de président de la Gom- ^mission supérieure de l'Exposition de 1889, ils constituaient une administration un peu terne mais parfaitement honorable, qui manquait seulement de fermeté et qui allait rencontrer les plus grands obstacles du côté des radicaux, auxquels M. Tirard avait pourtant offert des portefeuilles. Mais ses offres avaient été successivement repoussées par M. Goblet et par M. Lockroy qui se réservaient pour une combinaison purement radicale. Le Cabinet duli Décembre, à dé-

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