‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 42 sur 172 · NOTRE-DAME DE L USINE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE L USINE

pas la dénonciiition de l'Union latine. L'ordre du jour pur et simple fut adopté.

Le voyage de Nancy ne pouvait manquer d'être Tobjet d'une interpellation à la Chambre. Le 2 Juin M. Déroulède questionna M. Loubet, sur une prétendue modification apportée au programme des fêtes présidentielles. On avait fort sagement supprimé la revue, pour laisser au voyage son caractère strictement pacifique. Le ministre répondit, au patriote inquiet et tapageur qu'était M. Déroulède, que le Gouvernement avait arrêté le programme des fêtes dans la plénitude de sa liberté et l'incident n'eut pas d'autres suites.

Une interpellation de M. Ferroul, sur les élections municipales de l'Aude, n'eut pas beaucoup plus d'importance. Des irrégularités manifestes, disons des fraudes, avaient été commises par les fonctionnaires et par les maires, mais elles l'avaient été au détriment des socialistes, unis à quelques anarchistes et la Chambre, après un discours du ministre, les amnistia, à la majorité de 322 voix contre 184.

Deux jours après, le 13 Juin, l'interpellation d'un député du Nord, M. Moreau, soutenu par son collègue, M. Dron, eut plus de retentissement. Une vaste Association réactionnaire et cléricale s'était fondée sous le vocable de Notre-Dame de l'Usine, à l'instigation des Jésuites qui y avaient la haute main et qui usaient de leur influence sur les patrons pour faire renvoyer les ouvriers non affiliés. Le garde des sceaux abonda dans le sens des interpellateurs. Il annonça que l'Association professionnelle des patrons du Nord, constituée en violation de la loi -de 1884, serait poursuivie, que la chapelle de Notre-Dame de Haumont, ouverte en violation des lois, serait fermée et que les lois contre les Jésuites seraient appliquées. La majorité habituelle (304 voix contre 149) approuva ces fermes déclarations, en votant un ordre du jour de confiance déposé par M. Ilubbard.

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Le 21 JuÎQ commençait à la Chambre, pour se prolonger jusqu'au 28, la discussion sur le renouvellement du privilège de la Banque de France. £lle eut tin véritable éclat, grâce à MM. Rouvier et Burdeau, ministre et rapporteur, et aussi grâce à M. Pelletan, qui sut tirer grand parti des complaisances que la Banque avait eues pour Tauleur du coup d'État en 1851 et des résistances qu'elle avait opposées à Gambetta en 1870. Défendu par M. Léon Say, le privilège fut vivement attaqué par un jeune député socialiste de grand avenir, M. Millerand.

C'est deux jours après cette brillante discussion que venait devant la Chambre une interpellation de M. Delahaye. Elle mettait en cause l'un de ses vice-présidenta, M. Burdeau, qui venait de démontrer que ses capacités financières étaient à la hauteur de son talent oratoire. Avant d'être député M. Burdeau, qui collaborait à plusieurs journaux, avait dirigé dans l'un d'eux d'assez vives critiques contre la Banque de France. A peine entré dans la politique active^ il avait rectifié sur bien des points ses idées premières et, nommé comme radical, il s'était peu à peu rapproché des républicains modérée : ceux-ci, le considérant comme une des ressources de l'avenir, l'avaient successivement porté à la Commission du budget, à la Commission de la Banque de France et à la viceprésidence de la Chambre. Dans toutes ces situations, il s'était montré à la hauteur de sa mission : il avait plutôt dépassé la confiance que Ton avait eue en lui. Mais, ses variations sur un point particulier, fournissaient un thème facile à cette fraction de la presse opposante, toujours prête à attribuer du motifs vils aux changements les plus naturels et les plus justifiés. Un journal, qui semble avoir pris à tâche de faire renaître dans notre pays les guerres religieuses, insinua que la conversion de M. Burdeau n'était pas désintéressée. ^^ Jury, si indulgent d'habitude à ces sortes de méfaits,

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