INTERPELLATION DELAHAYE
estima, celte fois^ que la calomnie dépassait les limites permises et il infligea 3 mois de prison, 1000 francs d'amende et 80000 francs d^insertions à son auteur. C'est sur cette sentence que M. Delahaye interpellait le garde des sceaux, M. Ricard. Il reprochait au président des assises, M. Mariage, d*ètre entré dans la salle des délibérations du jury et de l'avoir trompé sur les conséquences de la réponse qu'il devait émettre. Le président Mariage, répondit le ministre, a fait son devoir. La Chambre lui donna raison par 307 voix contre 188 : ce vote désignait M. Burdeau pour le portefeuille qu'il devait recevoir à dix jours de là.
La clôture de la session parlementaire approchait et, comme toujours, les Chambres hâtaient leur travail. Bien des lois ftirent discutées en première et même en seconde délibération, et en particulier la loi sur l'armée coloniale, qui ne purent être votées définitivement sous le Ministère Loubet, ou qui même devinrent caduques à la fin de la Législature. Le projet modifiant la durée du service militaire n'eut pas cette mésaventure. Adopté par la chambre le 25 Juin, par le Sénat le 1**^ Juillet, il fixait à 3 ans la durée du service dans l'armée active, à 10 ans dans la réserve de l'active, à 6 ans dans la territoriale et à 6 ans-dans la réserve de la territoriale.
Le 2 Juillet la Chambre abordait et poursuivait, pendant trois jours, la discussion d'une demande de crédits supplé mentaires pour la Mïirine. M.Cavaignac réclamait un supplément immédiat de près de 40 millions et, pour 1893, une majoration de 22 millions et demi au budget de la Marine. Dans la discussion M. Lockroy, M. Henri Brisson, tout le monde fut d'accord pour critiquer les déplorables errements de l'administration de la Marine. M. Cavaignac ne put que plaider les circonstances atténuantes, que rappeler qu'il n'était ministre que depuis quatre mois, que s'engager à corriger les abus et surtout qu'invoquer des considérations qui ne laissent
jamais une Chambre française indifférente : celles de la sécurité nationale. Réduits de deux millions, les crédits furent accordés par 422 voix contre 21.
L'assentiment du Sénat ne faisait pas de doute, mais le jour même où M. Cavaignac avait remporté une victoire facile au Luxembourg, il échouait au Palais Bourbon. M. Pourquery de Boisserin l'interpellait sur nos forces au Dahomey. Le ministre répondit que le général Dodds commandait l'armée et la marine fluviale. Quant à la marine non fluviale, c'est-à-dire la flottille détachée sur la Côte d'Ivoire, elle restait sous les ordres de l'amiral commandant l'escadre. M. Pourquery insistant sans aigreur, pour que cette dualité du commandement prît fin, M. Cavaignac lui opposa un non possumus absolu. L'intervention de M. Clemenceau, plus vigoureuse et plus décisive que jamais, précède le vote sur un ordre du jour invitant le Gouvernement à confier à un seul chef les opérations de terre et de mer au Dahomey. L'ordre du jour fut adopté par 287 voix contre 150 : le lendemain, M. Burdeau était ministre de la Marine. M. Jamais fut maintenu au sous-secrétariat d'État des Colonies et le général Dodds reçut le commandement de toutes les forces de terre et de mer au Dahomey^
La question du Tonkin vint également devant la Chambre, avant la séparation, sur une interpellation de M. Bouge. Le député de Marseille avait rappelé que 2 officiers et 10 soldats étaient tombés dans une embuscade, sur un point dangereux et déjà signalé par un accident semblable, à Bac-Lé. M. Jamais, décidémentoplimiste, répondit qu'avec 8 000 Français et 13000 soldats indigènes notre sécurité n'était pas menacée. La querelle, peu ardente, se termina sans scrutin, par le vote, à mains levées, d'un ordre du jour de confiance et d'espoir en la constitution d'une armée coloniale.
A défaut du budget, les quatre contributions directes furent