LES CONGRÈS SOCIALISTES
Parmi les manifestations parlementaires hors session nous signalerons^ au mois d'Août^ la démissioa donnée par M. de Breteuil, l'un des chefs du Boulangisme, de son siège de député des Hautes^Pyrénées ; Tappel à la concorde sur le terrain de la Constitution, que M'. Jules Ferry adressa aux partis hostiles et les déclarations de moindk*e portée de M. d'UauesoBTille, du comte de Paris et du prince Vickor Napoléon.
De nombreux Congrès furent tenus au mois de Septembre. Le 3, au Congrès socialiste de Tours, on prêcha la grève universelle et la suppression du patronat. Le il, au Congrès des municipalités socialistes convoquées à Saint-Oueo, et qui fut ua avortement, Ton se contenta de demander lai suppression du budget des Cultes et celle des sinécures. Le 25, le Congrès guesdiste de Marseille, auquel assistaient deux chefs du socialisme internationale, Liebknecht et Anseele, afïirma la solidarité des travailleurs de tous les pays, juste au moment où la concurrence des ouvriers belges et des ouvriers français amenait des rixes sangllantes à Liévin et à Lens.
Rappelons enfin que ces longues vacances furent attristées, le 2 Octobre, par la mort d'un grand écrivain et d'un bon» citoyeuv qui n'eut pas une influence directe sur la politique, k laquelle il ne fut point mêlé, mais qui sut façonner les cer- ^aox et enchanter les âmes d'un grand nombre de nos contemporains. Quiconque pense librement peut se réclamer du^ penseur que fut Ernest Renan. Son empreinte, sur notre* esprit et sur notre race, ne s'eflPacera pas de si tôt.
La séance de rentrée, à la Chambre, fut consacrée à une question qui n'avait pas été sans troubler la sérénité dm Gouvernement durant les vacances. Une grève avait éclaté le- 4S Août à Carmaux, à la suite du renvoi par la Compagnie des honillèresde M. Calvignac. Le Conseil d'administ'rat.ion reprochait à M. Calvignac quelques manquements^ profes^
sionnels, mais il est certain que son élection, comme maire et comme conseiller d'arrondissement, n'avait pas été étrangère au renvoi. La grève s'était prolongée, avec les incidents habituels, jusqu'au 30 Septembre, l'armée assurant l'ordre et empêchant les atteintes à la liberté du travail. Après de longues âouffrances, à peine atténuées par les subsides qu'ils recevaient du parti socialiste, les ouvriers avaient fait au Conseil d'administration des propositions conciliantes qu'il avait repoussées, ne consentant à reprendre ni M. Calvignac, ni ceux des ouvriers qu'il considérait comme les meneurs. Mais le marquis de Solages,qui cumulait les fonctions de membre du Conseil d'administration et de député^ dut se démettre de son siège législatif et la situation resta très tendue jusqu'au 18 Octobre.
A peine la Chambre avait-elle repris ses séances que M. Dupuy-Dutemps, député radical du Tarn, interpellait le Gouvernement sur la grève, dont il attribuait la durée inusitée aux résistances maladroites de la Compagnie. Le président du Conseil répondit à M. Dupuy-Dutemps, en invitajat la Chambre à mettre à son ordre du jour le projet de loi sur l'arbitrage, dont l'adoption offrirait le moyen légal de sortir d'embarras. Un député de la Droite, M«^ d'Hulst, proposa l'ordre du jour pur et simple. Il fut repoussé par 429 voix contre 35. Mais toute la Chambre fut d'accord pour accepter la proposition faite par le baron Reille, député du Tarn, beau-père du marquis de Solages et qui avait la haute main dans le Conseil d'administration de Carmaux. Le baron Reille offrait à M. Loubet de rendre la sentence arbitrale et l'incident était clos. La loi sur l'arbitrage fut votée le 22 Octobre et le 26 M. Loubet rendait sa sentence. Elle était parfaitement équitable et comportait la réintégration de M. Calvignac, celle de tous les ouvriers qui n'avaient pas été condamnés correctionnellement par le tribunal d'Albi et le