‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 50 sur 172 · DÉMISSION' DE M. ROUVIER · texte numérisé non relu

DÉMISSION' DE M. ROUVIER

du resle n'était pas en danger, parce qu'elle ne saurait être compromise par des défaillances individuelles. S'il rencontrait un peu de boue sur son chemin, il Técarterait du pied. M. Ribot fit une sérieuse impression sur le Sénat et Tordre du jour de confiance, déposé par M. Hamel et M.Challemel- Lacour, réunit 228 voix contre 14. C'était une superbe majorité, mais l'impression de ceux qui avaient entendu le Gouvernement, le 8 à la Chambre et le 12 au Sénat, resta un peu confuse : manifestement le langage n'avait pas été le même au Palais Bourbon et au Luxembourg.

A ce moment même d'ailleurs le Ministère rencontrait une première pierre d'achoppement : six jours après sa constitution Tun de ses membres et non le moindre, M. Rouvier, était démissionnaire.

Le 12 au matin le Figaro^ dans un article reproduit le soir même par toute la presse française et européenne, signalait les relations de M. Rouvier, alors qu'ii était ministre des Finances, avec MM. Cornélius Herz et Jacques de Reinach. Ce dernier, victime du chantage en grand exercé par l'aventurier cosmopolite, avait eu recours à M. Clemenceau, puis au ministre des Finances et ayant trouvé le maître chanteur impitoyable il s'était donné la mort : le lendemain de ce suicide, Cornélius Herz partait pour Londres. Les allégations du Figaro furent confirmées le 13 Décembre par la Justice : M. Clemenceau reconnu} avoir accompagné MM. Rouvier et Jacques de Reinach chez Cornélius Herz et chez M. Constans. Le jour même, à la Chambre, M. Trouillot, député du Jura, demandait au Gouvernement si la démission du ministre des Finances était un fait accompli. Le président du Conseil répondit affirmativement; faisant allusion à l'article de la Justice^ il dit que M. Rouvier s'était retiré, à la suite de révélations ce qui n'entachaient en rien son honneur». M. Rouvier, prenant la parole après le président du Conseil, avoua

la démarche faite par lui, sur la demande de M. Jacques de Reinach, auprès de Cornélius Herz, reconnut que cette démarche était imprudente, mais essaya de la présenter comme un acte humain et généreux. L'incident fut clos, sans ordre du jour, à la suite d'un discours violent de M. Déroulëde.

Le lendemain le Journal officiel annonçait la nomination de M. Tirard au ministère des Finances. M. Tirard avait été choisi sur le refus de M. Casimir-Périer. A cette nouvelle le 3 p. 100 tomba de 100,05 à 99,20; il devait, dans les derniers jours de Tannée, descendre à 98,70. Ce n'est pas que le nom de M. Tirard inspirât la moindre défiance au monde de la Bourse et des affaires; mais Tancien président du Conseil remplaçait un ministre qui inspirait pleine confiance, qui avait rendu des services signalés au crédit public dans des circonstances graves. Une autre cause peut expliquer la baisse qui se produisit à la fin de 1892: on avait l'impression que dans ces tristes affaires, mal engagées, livrées à tous les hasards, la direction supérieure faisait défaut. Les événements de cette tragique quinzaine de Décembre, qu'il nous reste à exposer, vont confirmer cette impression.

Le 18 Décembre vint en discussion devant la Chambre une proposition de M. Pourquery de Boisserin, relative à la Commission d'enquête parlementaire. Le député de Vaucluse voulait que l'on mit à la disposition de cette Commission les juges d'instruction, armés de tous les pouvoirs que leur accorde le Code pénal. C'eût été la substitution aux magistrats réguliers d'enquêteurs temporaires et de la politique à la justice.

Un désaccord s'était naturellement produit à ce sujet entre le Gouvernement et la Commission. M. Brisson, sentant la partie perdue, se bornait à demander l'ajournement de la discussion. M. Bourgeois riposta que le Gouvernement consi-

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