REJET DE LA PROPOSITION P. DE BOISSERIX
déferait rajournemeiit comme une marque de défiance. L'intervention de M. Ribot eut le môme caractère que ses iateryentions précédentes. Il recommanda Tunion entre républicains et prononça cette phrase significative : a Ne voyez-vous pas que derrière toutes ces vertus qui s'indignent, il y a tout un plan et tout un dessein qui se révèlent à vos yeux ? » Le plan de tous les adversaires de la République était, en effet, bien visible et leur dessein parfaitement clair. Ils voulaient, à rapproche des élections générales, englober tous les républicains dans les mêmes soupçons injurieux; ils cherchaient une plate-forme qui leur permit de se faire entendre du suffrage universel. Leur calcul fut déjoué une fois encore et la discussion immédiate, appuyée par le Gouvernement, réunit 429 voix contre 122. L'un des membres de la Droite, M. Le Provost de Launay, revenant sur quelques scandales anciens, évoqua le souvenir de M. Wilson et, exploitant des scandales plus récents, fit une allusion transparente à la croix de grand officier de la Légion d'honneur accordée à M. Cornélius Herz. M. Le Provost de Launay avait déclaré, dans ses observations, que la non-divulgation du rapport de M. Rousseau, envoyé sur les lieux en 1886, pour vérifier Tétat des travaux de Panama, avait trompé Topinion et par suite imposé de grosses pertes à l'épargne française. Trois ministres répondirent à l'orateur de l'opposition : celui des Travaux Publics, pour affirmer que le rapport de M. Rousseau était favorable à la continuation de l'entreprise; celui de la Guerre, pour rappeler que Cornélius Herz avait été décoré comme électricien et comme étranger, à titre de délégué des États-Unis à l'Exposition de 1881; celui de la Justice, pour combattre la proposition de M. Pourquery de Boisserin qui méconnaissait le principe de la séparation des pouvoirs. M. Bourgeois fit pourtant une concession à M. Brisson: le Gouvernement consentirait à ouvrir une information sur les
faits qui ressortiraient des procès-verbaux de la Commission. Cette concession ne sembla pas suffisante à M. Brisson, qui se plaignit des entraves apportées à Tœuvre des Commissaires et demanda énergiquement le passage à la discussion des articles. Après une courte et vive réplique du président du Conseil ce passage fut repoussé à la majorité de 8 voix : il avait fallut, pour réunir 271 voix contre les 265 voix de la Commission, que 7 ministres et le sous-secrétairc d'État aux Colonies prissent part au vole.
Dès le lendemain 16 Décembre, le Gouvernement, pour frapper l'opinion par une apparence d'énergie, faisait arrêter trois des administrateurs qui ne devaient comparaître que le 10 Janvier devant la Cour d'appel de Paris : MM. Charles de Lesseps, Marins Fontane et Gotlu. Une information criminelle pour corruption de fonctionnaires avait été jointe à la poursuite correctionnelle ; c'est cette information qui avait amené les mesures rigoureuses prises contre MM. Charles de Lesseps, Marius Fontane, Cottu et aussi contre M. Sans-Leroy, ancien député, membre de la Commission des obligations à lots de 1888, accusé d'avoir changé d'opinion entre les deux délibérations et contribué à former dans la Commission une majorité favorable à l'émission. Pour prix de ce changement d'opinion, M. Sans-Leroy aurait touché de la Compagnie de Panama une somme de 200 000 francs.
La Commission d'enquête avait donc pu faire une découverte de quelque importance, même sans les pouvoirs extraordinaires qu'elle avait sollicités le 15 Décembre : elle en fît d'autres qui eurent plus de retentissement encore. Dans les papiers d'une maison de banque, opérant pour le compte du baron Jacques de Reinach, on trouva 26 chèques représentant plus de trois millions qui auraient servi à rémunérer des concours politiques. Deux sénateurs et un député avaient acquitté des chèques; les autres l'avaient été par des intermé-