SÉANCE DU 20 DÉCEMBRE A LA CHAMBRE
dîaires. Les journalistes qui menaient la campagne contre ceux qu'ils appelaient les vendus et qui s'étaient transformés en autant déjuges d'instruction, prétendirent qu'une perquisilion faite à la banque en question amènerait la découverte des talons des chèques et que ces talons fourniraient toutes les indications nécessaires.
M. Tanon, avec l'assentiment du garde des sceaux, ordonna la perquisition conseillée par la presse. Les résultats en furent tels que le procureur général put demander à la Chambre une autorisation de poursuites contre cinq de ses membres : un ancien président du Conseil qui faisait partie du Cabinet Ribot et dont la parfaite honorabilité avait été proclamée à la tribune, M. Bouvier ; deux anciens ministres, MM. Jules Roche et Antonin Proust et deux députés, MM. Emmanuel Arène et Dugué de la Fauconnerie. Après une séance qui est restée dans toutes les mémoires et qu'un député boulangiste a racontée, avec un violent parti pris, sous ce titre : Leurs figures; après que MM. Emmanuel Arène et Rouvier eurent présenté leur défense, celui-ci avec plus d'audace que d'habileté, celui-là avec une gravité émue qui sembla lui concilier son auditoire, la suspension de l'immunité parlementaire fut accordée, à l'unanimité et sans scrutin, sur un rapport de M. Millerand.
Dans la même séance, les boulangistes interpellèrent le garde des sceaux sur les mesures qu'il comptait prendre contre Cornélius Herz, grand ofBcier de la Légion d'honneur. Cette interpellation, que devait clore l'ordre du jour pur et simple, ne fut qu'un prétexte à attaques violentes dirigées par MM. Déroulède et Millevoye contre le rédacteur en chef de la Justice^ que M. Déroulède appelait l'ambassadeur de Cornélius Herz. « Pas un de vous ne le nommerait, s'écria M. Déroulède, car il est trois choses en lui que vous redoutez : son épée, son pistolet, sa langue. Eh bien, moi, je brave les trois
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et je le nomme : c'est M. Clemenceau ! » Ua instant après, M. Déroulède se demandait si ce qu'attendait Cornélius Herz de M. Clemenceau ce n'était pas justement le renversement des Ministères, les agressions contre les hommes au pouvoir et le trouble apporté dans toutes les affaires du pays et du Parlement. Votre carrière est faite de ruines, disait éloqu«mment M. Déroulède à M. Clemenceau . Toutes réserves faites sur la correcttoii parlementaire d'une attaque aussi personnelle, comme sur le bien fondé des critiques de M. Déroulède, il faut reconnaître q»e l'oraleur boulangiste a trouvé \e 20 Décembre son plus beau succès de tribxine et a ajouté une nouvelle ruine à toutes celles qu'il reprochait à son adversaire : celle de M. Clemenceau lui-même. A la véhémente philippique de M. Déroulède, il ne répondit que par de froides dénégations et démontra qu'il était, lui aussi, plus fait pour Tattaque qtie pour la défense. La séance du 20 Décembre eut un double épilogue : le 21, M. Jules Roche protesta avec indignation contre l'absurde accusation dirigée contre lui ; le 24, un duel au pistolet eut lieu entre MM. Déroulède et Clemenceau. Six balles furent échangées sans résultat.
C'est le 23 Décembre seulement que le Sénat voulut se prononcer sur la suspension de l'immunité parlementaire de ses membres. Il s'honora en ne montrant pas le même fiévreux empressement que la Chambre à voter les poursuites. Son vote porta, comme celui de la Chambre, sur cinq personnes : un ancien président du Conseil par intérim, M. Devès; un ancien ministre, M. Thévenet; le frère d'un ancien Président de la République, M. Albert Grévy ; un ancien préfet de police, M. Léon Renault et un sénateur, M. Béral.
Ce n'est pas seulement la Chambre qui avait cédé à une sorte de fièvre, en votant les poursuites avec cette hâte inaccoutumée, c'est surteut le Gouvernement, représentant <lu