POURSUITES CONTRE LES PARLEMENTAIRES
parti républicain au pouvoir et qui avait pris bien à ia légère, ce semble, la résolution de décimer le parti en frappant ses principaux chefs, ceux dans lesquels la démocratie avait mis toute sa confiance. Cette précipitation, cette hâte, cette demande d'une première « charretée, » comme on Ta dit, adressée si brusquement, si brutalement à la Chambre et au Sénat, qu'est-ce qui la justifiait ? Quel péril y avait-il à surseoir? Quels indices de culpabilité possédait-on, en dehors de quelques initiales, de quelques signes diversen^nt int^prêtés figurant sur des souches de carnets à chèques? Il faut être bien sûr de son fait pour organiser de pareils coups de théâtre ; il faut surtout que la justice vienne ensuite confirmer les mesures conseillées par la politique. Or, pas un des dix parlementaires qui lui furent renvoyés ne fut retenu par elle : tous furent mis hors de cause par le juge d'instruction, par la Chambre des mises en accusation ou par le Jury. Le Cabinet dirigé par M. Ribot, au risque de mécontenter « les vertus qui s'indignent », eût été mieux inspiré, puisque les preuves sérieuses faisaient défaut, en renonçant aux poursuites ; il aurait ainsi épargné aux parlementaires mis en cause de terribles angoisses et, ce qui vaut mieux, il eût évité aux juges les soupçons, les attaques qu'aucun parti ne leur épargna et la défaveur qui en rejaillit sur l'institution elle-même.
Jusqu'au dernier jour de la session extraordinaire, l'affaire de Panama devait peser sur la politique générale. Le 22 Décembre, devant la Commission d'enquête, M. Andrieux avait fait une déposition sensationnelle, en produisant la photographie d'une Note qui confirmait les renseignements fournis par les talons des carnets de la banque Thierrée. Ces renseignements auraient paru tout à fait probants à H. Andrieux, s'ils n'avaient pas émané de M. Jacques de Reinach, dans lequel l'ancien préfet de police n'avait qu'une médiocre confiance.
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M. Andrieux avoua ensuite qu'il iaspirait la campagne de la Libre Parole. M. Floquet déposa le même jour et déclara aurait fait preuve d'une candeur par trop grande, si, ministre, il se Tût enrermé dans une ÎDdifFérence qui té une véritable abdication et n'eût pas suivi d'aussi que possible, au point de vue politique, la répartition nds spécial destiné & la publicité des journaux, sont ces déclarations de H. Floquet, bien plus nettes lelles qu'il avait faites à la Chambre le 19 Novembre, la défense de M. Rouvier, présentée par lui dans la e du âO Décembre, qui fournirent la matière de Tinllation de H. Millevoye sur la situation faite au Uinis- 3l h la Chambre par les aveux de deux ex-présidents )nseil et sur la responsabilité qui en découlait pour le ernement. M. Floquet réitéra ses aveux. H. Rouvier se dit d'avoir jamais conseillé la distribution d'un centime it de la Comp^nie de Panama et regretta presque de .s avoir suivi le système de répartition et de surveildu fonds spécial imaginé par H. Floquet. M. Aibot a sagement qu'il ne lui convenait pas de présenter à la De des théories de gouvernement ; il se contenta d'afr qu'il continuerait de défendre la République et le le parlementaire contre des « rigorismes d'occasion ». lambre, par 352 voix contre 83, vota un ordre du jour Hubbardqui approuvait les déclarations du Gouverne- , confiante qu'elle était dans sa fermeté, pour assurer Te de justice et de lumière qui s'imposait, rmi les événements qui ne se rattachent pas au Panama, ul, le vote de la loi sur l'arbitrage, discutée par le Sénat > au 21 Décembre, ratiHée par la Chambre le 24, et prônée à VOfflciel du 28, offre une réelle importance. Elle ititulée loi sur la conciliation et l'arbitrage facultatif, en tre de différends collectifs entre patrons et ouvriers ou
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employés. L'article l®"" donne la faculté de soumettre le différend à un Comité de conciliation et, à défaut d'entente, à un Conseil d'arbitrage. Les articles suivants assignent, dans les deux cas, un rôle important au juge de paix. £n matière de grève, il invite d'office les intéressés à lui faire connaître l'objet du différend. Les communes doivent fournir, chauffer et éclairer les locaux ou siègent Comités ou Conseils. Les femmes peuvent être désignées comme déléguées dans les industries ou ateliers où elles sont employées.
Le 24 Décembre, la Chambre avait rejeté, par 334 voix contre 184, l'accord commercial franco-suisse préparé par M. Jules Roche, sous le Ministère précédent. Trois jours avant la discussion, M. Jules Roche rappelait à la Chambre que le président du Conseil et M. Siegfried, son successeur au Commerce, avaient sollicité son concours pour la défense du projet franco-suisse. L'honorable député ajoutait que cette demande de concours était loin de lui faire prévoir la demande de poursuites déposée contre lui. La rupture commerciale entre la France et la Suisse, outre qu'elle ouvrit ce marché si rapproché de nous aux produits de nos concurrents, amena un certain refroidissement, qui rendit possibles des incidents comme le « scandale de Bàle ».
Chambre et Sénat avaient dû, en Tabsence du budget, voter deux douzièmes provisoires. La Chambre avait bien adopté une réforme qui dégrevait les boissons hygiéniques, qui élevait la surtaxe de l'alcool de 156 fr. 25 à 245 francs l'hectolitre, mais cette réforme, en creusant un déficit de plus de 10 millions, compliquait encore le vote du budget de
Au milieu des tristesses de cette fin d'année, sonna, le 27 Décembre, une heure pure et glorieuse : celle du 70* anniversaire de la naissance de Pasteur. Sous la présidence de M. Carnot qu'entouraient avec tous ses ministres, les mem-
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bres du Sénal, de la Chambre des députés et du Corps diplomatique, dans le grand amphithé&tre de la Sorbonne, rillustre savant reçut avec les hommages du Gouvernement de la République, ceux a de la France et de Thumanité reconnaissantes, » comme le disait si heureusement la belle médaille du maître-graveur Roty. Quand Pasteur entra dans Tamphithéâlre au bras de Carnot, quand, à la lin de la séance, le Président de la République se leva pour le féliciter et Tembrasser, la salle entière éclata en applaudissements, tous les cœurs s*emplirent des sentiments les plus nobles et les plus désintéressés qui se puissent éprouver ici bas. M. Sauton, en présentant Tadresse du Conseil ihunicipal à Pasteur, dit très justement : « Le récit de cette solennité formera une des pages les plus belles de l'histoire de Paris. »
Le 10 Janvier 1893 fut marqué par des événements considérables et connexes : la rentrée du Parlement, l'élection d'un nouveau président à la Chambre des députés, l'ouverture du procès des administrateurs du Panama à la Cour d'appel de Paris et une crise ministérielle.
A la Chambre des députés la majorité, en reportant M. Fioquet au fauteuil, eûtsemblé sanctionner les pratiques gouvernementales qu'il avait exposées à trois reprises, deux fois devant la Chambre et une fois devant la Commission d'enquête. Elle le mit en ballottage au premier tour, il se désista avant le second et M. Casimir-Périer, désigné au choix de ses collègues par son nom^ par son passé, par les offres qui lui avaient été faites au mois de Décembre de la présidence du Conseil d'abord, du ministère des Finances ensuite, fut élu sans opposition. La vice-présidence qu'il laissait vacante fut donnée à M. Félix Faure. Dans son discours d'inauguration, M. CasimirPérierprononça ces signiûcatives paroles : «Non, ce ne sont pas des défaillances individuelles qui pourront