CHANGEMENTS MINISTÉRIELS 2H
atteindre la République. Le suffrage universel a moins de passion, plus de bon sens et d*équilé que les meneurs politiques. » Au Sénat, M. Le Royer, réélu pour la douzième fois, disait presque dans les mêmes termes : c( L'honneur de la France n*est pas atteint par les fautes de quelques-uns. » Et les deux présidents ajoutaient qu'il fallait attendre avec confiance et en silence les arrêts de la justice.
Cette dernière prescription ne fut malheureusement pas observée et nous allons assister à la répercussion au Palais de Justice des discussions de la Chambre, au Palais Rourbon des dépositions entendues par la Cour d'appel de Paris d'abord, par la Cour d'assises ensuite.
C'est le jour même de la rentrée que l'on apprenait la démission de trois des principaux membres du Cabinet Ribot : MM. Loubet, de Freycinet et Burdeau abandonnaient rintérieur, la Guerre et la Marine. Les motifs de leur départ étaient connus de .tous et leur remplacement indiquait d'autant moins une nouvelle orientation politique que M. Ribot conservait la présidence du Conseil, en échangeant les Affaires Étrangères pour Tlntérieur. M. Develle prit les Affaires Étrangères et l'Agriculture fut donnée à un député du. Loiret, M. Viger. Deux spécialistes, le général Loizillon et le vice-amiral Rieunier reçurent l'un la Guerre, l'autre la Marine et, le 18 Janvier, M. Delcassé fut appelé au sous-secrétariat d'État des Colonies, rattachées au Commerce.
A peine reconstitué, le Cabinet eut à subir une première interpellation. Le ii Janvier M. Ilubbard lui demandait l'arrestation d'Arton, l'extradition de Cornélius Herz, l'indication de la juridiction devant laquelle comparaîtrait M. Baîhaut qui avait été arrêté le 9 Janvier et en dernier lieu la dissolution de la Chambre. Arton, dont le nom retentit pour la première fois à la tribune, était ce financier véreux, qui avait préludé aux fonctions de corrupteur
m LE PREMIER MINISTÈRE RIUOT
parlementaire par celles de marchand de café au Brésil, de lanceur de journaux boulangistes et de fondateur d'une banque catholique. Après M. Hubbard, M. Ghiché, député boulangiste de Bordeaux, demandait la revision par une Constituante. M. Ribot, sans répondre à la question de M. Ghiché, déclara qu'il représentait, dans son Ministère remanié comme dans le précédent, la défense républicaine. Il réclama pour la justice Tindépendance qui est la garantie des droits individuels et afGrma qu'elle ne s'arrêterait devant aucune considération de personnes. Sur les points précis indiqués par M. Hubbard, M. Ribot dit qu'à Tégard d'Arton et de Cornélius Herz le Gouvernement ferait son devoir, qu*à Tégard de M. Baïhaut, TafTaire, si la Chambre ne la prenait pas en mains, suivrait son cours régulier devant la justice du pays. Il terminait en engageant la Chambre à faire exclusivement l'œuvre législative qui lui incombait, à se mettre à l'étude du budget, à en finir avec des incidents qui troublaient les séancee et entretenaient l'agitation et l'émotion dans le pays. L'ordre du jour pur et simple, dont se contentait le Gouvernement, fut voté par 329 voix contre 187.
Le calme revint pour quelques jours à la Chambre ; il ne fut pas troublé par une question de M. Ghiché demandant au garde des sceaux quand Cornélius Herz et Arton seraient <;ompris dans les poursuites. Mais le il Janvier, la discussion des fonds secrets amena de nouvelles incursions sur le terrain brûlant du Panama. On avait appris ce jour même que M. de Franqueville, juge d'instruction^ mettait hors de cause MM. Emmanuel Arène, Jules Roche et Thévenet et renvoyait devant la Chambre des mises en accusation MM. Léon Renault, Devès, A. Grévy, Béral, Bouvier, Proust, Dugué de la Fauconnerie et Gobron, ancien député. M. Ghiché demanda la suppression des fonds secrets, qu'il appelait le budget de