‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 58 sur 172 · LA PRÉSIDENCE DU SÉNAT · texte numérisé non relu

LA PRÉSIDENCE DU SÉNAT

les réformes introduites par elle dans la loi de Finances (patente des grands magasins, impôts sur les vélocipèdes, les pianos, les livrées) n*ayant pas toutes obtenu l'assentiment du Sénat, M. Tirard dut, à la fin de Mars, proposer un quatrième douzième provisoire, applicable au mois d'Avril.

L'attention de la Gbambre pendant cette discussion fut appelée, comme d'habitude, sur le budget des AfTaires Étrangères, à propos de l'amendement qui demandait la suppression de notre ambassadeur à Rome et sur celui des Cultes, à propos d'une question relative aux évèchés non concordataires. M. Develle par sa spirituelle ironie, M. Ch. Dupuy par sa crânerie bon enfant eurent facilement raison des opposants.

La discussion du budget de la Marine amena MM. Lockroy et Clemenceau à la tribune : ils firent entendre sur Tinsuffisance de notre matériel, sur le désordre de notre administration de très vives critiques, imparfaitement réfutées par le vice-amiral Rieunier. Au contraire, la discussion du budget des Protectorats permit à M. Ribot de faire admirablement valoir Tœuvre accomplie par la France en Tunisie.

Entravé dans la discussion du budget par les retards de la Chambre, le Sénat, pendant la première partie de la session ordinaire, put consacrer tout son temps au travail législatif proprement dit, car ses incursions sur le domaine politique furent rares et courtes. Il vota le 19 Janvier la loi sur la capacité civile de la femme séparée de corps, le 20 et le 21 du même mois les projets modifiant les articles 24, 25 et 49 de la loi de 1881. Le 20 Février, à la surprise générale, M. Le Royer, sans motif apparent, descendait du fauteuil présidentiel et, pour employer son expression, rentrait dans le rang. Plusieurs candidatures étaient en présence pour sa succession celle de M. Challemel-Lacour, celle de M. Magnin, celle de M. Jules Ferry ; cette dernière semblant avoir beaucoup moins de chances que les autres. Elle l'emporta cependant.

ii^ LE PREIOER MIMSTÈBE RIBOT

Le Sénat, avec un sens politique consommé, avec un sentiment élevé des services rendus à la démocratie, mit à sa tète le premier homme d'État de la République, celui qui comprenait mieux que personne les nécessités, les conditions essentielles de tout Gouvernement; il alla le trouver dans la demi-retraite où Tavait isolé l'ingratitude populaire, il l'arracha à la dignité de sa vie silencieuse, pour lui confier la seconde charge de l'État et le désigner éventuellement pour la première.

En prenant possession du fauteuil le il Février, M. Jules Ferry, sans récriminer sur le passé, fît entendre un discours excellent, parfait de fond, parfait de forme et qui est devenu hélas! comme son testament politique ^ Moins de trois semaines après un mal soudain le ravissait à la France qui lui fit de solennelles funérailles et le plus digne, après lui, M. Ghallemel-Lacour, montait au fauteuil le il Mars, pour faire entendre au Sénat d'aussi nobles, d'aussi patriotiques paroles.

Quelques jours avant l'élection de M.Challemel-Lacour, le Sénat avait commencé la discussion du budget de 1893. M. Boulanger, au nom de la Commission des Finances, avait l'ait précéder cette discussion d'observations préliminaires fort sages. Rappelant qu'en Angleterre un membre du Parlement n'a pas le droit de faire une proposition entraînant une dépense, il insista sur le devoir du Sénat d'arrêter au passage les augmentations de dépenses, non justifiées par des ressources correspondantes. C'est en vertu de ces principes que le Sénat avait prononcé la disjonction de la réforme des boissons. Le budget fut retourné à la Commission de la Chambre qui remplaça le rapporteur général, M. Poincaré, favorable à la disjonction, par M. Lockroy qui lui était hostile.

(1) Appendice XVII. Discours de M. Jules Ferry, président du Sénat.

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