SÉANCE DU 30 MARS A LA CHAMBRE
Devant la Chambre, le nouveau rapporteur général, le ministre des Finances, le président du Conseil et M. de Mahy se firent entendre à la séance du 30 Mars. M. Lockroy demanda à la Chambre de sauvegarder ses prérogatives et de maintenir son premier vole. M. Tirard prêcha la conciliation et Tacceptation du vote sénatorial. M. Ribot signala le danger imminent d'un nouveau douzième provisoire et posa la question de confiance. M. de Mahy, très politiquement, fit redouter les conséquences d'un conflit budgétaire, à cette époque de l'année.
Malgré ces sages conseils, ces avertissements, ces adjurations, la Chambre se rangea à Tavis de M. Lockroy : par 242 voix contre 237 elle repoussa la disjonction, renvoya tout le budget au Sénat et, du même coup, renversa le Cabinet du 6 Décembre 1892. Comme toujours le Ministère tombait quand il défendait les vrais principes de gouvernement, et la Chambre^ en le mettant en minorité, obtenait un résultat tout contraire à celui qu'elle avait voulu atteindre, puisqu'elle reculait d'autant la réforme de la législation des boissons, qui lui tenait tant à cœur. 11 avait suffi que sa prérogative financière semblât menacée, pour qu'elle se montrât intraitable. Le soir même de ce vote, le quatrième douzième provisoire était voté et la crise ministérielle était ouverte.
Nos relations extérieures eurent une certaine activité sous le Ministère Ribot. Elles furent particulièrement cordiales avec le Saint-Siège. Léon XIII, avec son sens politique si affiné et son génie d'observateur, avait vite compris que la République survivrait à la campagne menée contre elle et, dès le début de l'année 1893, dans une lettre adressée à M. de Mun, il confirmait ses précédentes instructions. Le Pape était lui aussi un rallié, un rallié de marque qui avait, comme on l'a dit spirituellement d'autred ralliés, « l'audace d'accepter la République » dans une République, comme il acceptait la
Monarchie dans une Monarchie. Quand Léon XIII célébra au Vatican le cinquantième anniversaire de son épiscopat et le quinzième anniversaire de son pontiflcat, la France eut le bon esprit de se faire représenter aux fêtes du Jubilé par son ambassadeur, M. de Behaine.
Le 2 Février M. Delafosse avait adressé à M. Develle une question sur le maintien des forces anglaises en Egypte. M. Delafosse était d'avis que l'on s'entendit avec la Porte, pour hâter la solution de cette question. M. Develle, avec un optimisme commandé par sa situation, répondit que l'augmentation des garnisons anglaises en Egypte n'était pas la négation des assurances données, à tant de reprises, par le Gouvernement anglais. Lord Salisbury avait désavoué lord Cromer, qui s'était prononcé pour l'occupation déûnilive. M. Gladstone, le nouveau Premier, dont les sentiments étaient bien connus, mettrait peut-être fin à l'occupation.
Citons encore un fait qui, bien qu'étant d'ordre intérieur, nous renseignera sur l'opinion que certains étrangers se faisaient de la France, comme nous a renseignés le scandale de Bàle, dont nous avons indiqué la solution diplomatique. M. Otto Brandès, correspondant à Paris du Berliner Tageblatt, avait prétendu que l'X de la liste Andrieux était M. Ernest Carnot, le fil^ du Président de la République. M. Ernest Carnot n'avait pas besoin de protester contre cette sotte calomnie, à laquelle personne ue crut, même en Allemagne. Le Gouvernement français prit contre le correspondant du Berliner Tageblalt un arrêté d'expulsion.
A l'intérieur, les grèves furent fréquentes pendant le Ministère Ribot. Il s'en produisit à Marseille parmi les boulangers, au Bousquet-d'Orbe, à Rive-de-Gier, dans les manufactures nationales d'allumettes d'Aubervilliers et de Pantin. Les allumettiers de Trélazé, Bègles et Marseille se solidarisèrent avec leurs camarades de Pantin et d'Aubervilliers et ce con-