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MANIFESTATIONS ÉLECTORALES

moire. Il ne s'agit plus comme en 1789, 1830 et 1848 de démanteler la forteresse de la dictature, mais de faire vivre le régime et de le protéger contre ses propres excès. Après trente ans de République, existe-t-il un autre problème que celui que M. Gasimir-Périer indiquait avec tant de netteté? Aujourd'hui comme alors, ne s'agit-il pas de faire sa part à Tautorité, quand personne ne marchande la part faite à la liberté ?

Beaucoup moins retentissantes furent, pendant les vacances de Pâques, les manifestations de Tépiscopat, des politiciens catholiques et de TExtrème-Gauche. Un évèque, par circulaire confidentielle à son clergé savoisien, l'engageait à réunir la somme de 100 000 francs, qu'il jugeait nécessaire à l'action électorale, et à répandre dans tout le département le journal la Croix. Ce prélat si militant, si ardent à se jeter dans la mêlée électorale, était un de ceux qui avaient adhéré aux institutions républicaines, par lettre personnelle adressée à M. Jules Ferry.

A la séance de clôture du Congrès catholique de Toulouse M. de Mun, revenu de ses velléités boulangistes, engageait ses auditeurs à suivre les instructions du Saint-Siège et à accepter le Gouvernement établi. Enfin, à Albi, le programme socialiste était exposée par les trois grands orateurs de l'Extréme-Gauche, MM. Millerand, Jaurès et Pelletan, qui mettaient dans leurs discours, l'un son sens politique si avisé, l'autre son prestigieux talent, le troisième sa puissance intellectuelle et sa vigoureuse logique ».

Non seulement les manifestations et professions de foi continuèrent, elles s'accentuèrent et se multiplièrent après la rentrée des Chambres. MM. Depeyre et Calla, à Tassemsemblée des royalistes de Toulouse, désavouèrent les cons-

* Toutes les manifestations électorales de 1893 sont étudiées en détail dans V Année politique d'André Daniel, tome XX, Paris, Bibliothèque Charpentier, 1894.

litutionnels comme M. de Mun et les ralliés comme M. Piou, ce qui n'empêcha pas Léon XIII de renouveler ses déclarations sur le respect dû au Gouvernement de fait.

C'est encore à Toulouse que se firent entendre M. Dupuy, à la dix-neuvième fête des Sociétés de gymnastique, le 21 Mai et M. Constans, dans une grande réunion au Capitole, le 3 Juin. Au fond, le programme de M. Dupuy et celui de M. Constans était le même. On put reprocher à M. Dupuy d'avoir fait des allusions trop directes à M. Constans luimême, dans son propre pays, de l'avoir égraligné d'une main un peu lourde. La harangue de M. Constans fut au contraire un petit chef-d'œuvre d'habileté. M. Léon Say exposa, dans un des banquets mensuels du Journal des Débals, les revendications des plus modérés d'entre les républicains et M. Goblet, à Bordeaux, celles des plus modérés d'entre les socialistes. Son programme n'était autre que celui des radicaux avancés, de ceux qui repoussent l'appellation de radicaux de gouvernement.

A l'approche des élections, les manifestations oratoires redoublèrent et chacun prit position avec plus ou moins de netteté. Dans son discours d'Albi, M. Dupuy, constatant que les ralliés considéraient la République comme un Gouvernement digne d'estime et de respect, consentait à leur en entrebâiller la porte. La Gauche, dite libérale, semblait devoir recruter parmi eux et parmi les républicains les moins avancés ses principaux adhérents. Ce groupe nouveau, que présidait M. Félix Roussel, ne voulait, disail-il, « ni ressusciter le Centre Gauche qui est mort, ni soigner l'opportunisme qui agonise, » mais seulement résister au radicalisme socialiste et au socialisme chrétien. Son programme, exposé par M. Félix Roussel, était exclusivement un programme d'affaires et il aurait passé un peu inaperçu, si M. Jonnart, député du Pas-de-Calais, ne lui avait donné un

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