‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 67 sur 172 · LE PROGRAMME DE M. JONNART · texte numérisé non relu

LE PROGRAMME DE M. JONNART

grand relenlissement, en prononçant le plus remarquable discours qui se soit produit pendant la période électorale. Tout en se défendant d'être socialiste, M. Jonnart approuve hautement la loi de 1884 sur les Syndicats professionnels, ce nouveau chapitre à Thistoire de la Révolution, écrit dans le même esprit que les précédents, qui ne dépare pas l'œuvre, qui la continue. Il reconnaît que la propriété est organisée, chez nous, en vue de satisfaire les besoins économiques plutôt que les besoins sociaux et il rappelle aux législateurs que le propriétaire du sol et des capitaux a une fonction sociale à remplir, que nos Codes ne répondent plus aux exigences de la vie sociale, qu'ils attendent leur complément indispensable: le Code protecteur du travail. Il veut que Touvrier, victime d'un accident, bénéficie d'une procédure exceptionnellement rapide. Il demande que Ton fasse pénétrer dans nos lois, avec plus de justice, plus de fraternité, et il rappelle que l'État a le devoir d'aller au-devant de toutes les initiatives, de les encourager et de les provoquer. C'est, avec plus d'ampleur et sous une forme plus oratoire, le programme que M. Casimir-Périer avait développé à Troyes, avec la réserve que lui imposaient ses fonctions de président de la Chambre ; c'est le programme des républicains qui ne renient aucune des conquêtes libérales et qui, sans aller jusqu'au collectivisme, s'avanceront aussi loin qu'il sera nécessaire, dans la voie du progrès démocratique et social. M. Godefroy Cavaignac, parlant dans sa circonscription électorale, demandait que rien de ce qui est acquis ne fût abandonné, se prononçait pour une politique gouvernementale et s'étonnait, qu'étant le peuple le plus uni en face de l'étranger, nous fussions le plus divisé à l'intérieur. M. Spul- 1er voulait aussi un gouvernement qui gouvernât, mais, en disant que la République ne pouvait être l'ennemie d'aucun républicain, il semblait admettre la concentration, alors que

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tout le monde la répudiait. Les radicaux devaient lui tenir bien peu de compte de ces avances.

Le comte d^IIaussonville, au banquet de la Pj^sse royaliUe et catholique des départements, qualifia la Chambre élue en 1889 de Chambre impressionniste et incohérente, lui reprocha sa prodigalité et l'organisation du déficit et se prononça, assez vaguement, pour Thonnêteté publique, la défense sociale et la liberté religieuse. Avec plus de précision^ il demandait la modification de la loi scolaire et de la loi militaire.

Les ralliés, par l'organe de M. d'Arenberg et de M. Piou, repoussèrent les avances de M. d'Haussonville, se prononcèrent pour le Gouvernement établi et admirent qu'une législation démocratique favorisât l'association sous toutes ses formes, rapprochât le capital du travail, développât l'arbitrage, la participation aux bénéfices et les retraites ouvrières. Enfin la grande voix de Léon XIII se fit encore entendre, à rencontre des espérances monarchiques. Sa lettre du 3 Août 1893 au cardinal Lécot, archevêque de Bordeaux, dissipait franchement l'équivoque que M. d'Haussonville avait si soigneusement entretenue.

Dans un nouveau discours prononcé àTournon, M. Goblet fît le procès de la concentration, celui du Cabinet Dupuy qu'il accusa d'être asservi aux ralliés et réclama, avec la revision de la Constitution par un Congrès, une loi sur les Associalions et des réformes financières. Le programme des républicains radicaux socialistes, un peu plus développé que celui de M. Goblet, indiquait, parmi les principaux desiderata du parti démocratique avancé, la réforme générale de l'impôt, celle des octrois, la réforme administrative, l'instruction intégrale, la liberté complète des Syndicats, le crédit démocratique, la revision dirigée contre le Sénat, la suppression du budget des Cultes. Le Manifeste des radicaux socialistes

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