‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 68 sur 172 · LE MAN7FBSTE DB M. GUESDE · texte numérisé non relu

LE MAN7FBSTE DB M. GUESDE

était signé par MM. Barodet, Jacques, Maujao, Mesureur, Pichon, Tony Révillon, Clemenceau, Desmon», Leydet, PeU letan, Mathé et Merlou.

Mi. Millerand estinrait que ce Manifeste disait trop peu de choses en trop de mots et M. Jules Guesde, au nom du Cofpseil national du parti ouvrier ^ rédigeait le Manifeste collectiviste. Goaquôte du pouvoir politique et socialisation des moyeneh de production, tel était, depuis le Congrès de Mar*seille en 1879, le but du parti ouvrier. Dès 1894, aux élection* municipales, il obtenait 170 000 voix, 740 conseillers municipaux et 29 hôtels de ville. M. Guesde, avec les collectivistes> voulait que Thomme cessât d'être, pour' son semblable, wi moyen de production ou d'exploitation; il voulait mie exis-tence réellement humaine pour tous les membres^ de la société, divisée d'après lui en classe jouissante et en classe souffrante, en classe à surloisir ti en classe à surtravaiL II se défendait de vouloir supprimer la propriété individuelle qui n'existait plus, tuée qu'elle avait été par la propriété actionnaire et par la propriété collective des grands maga^ sins. Il promettait de libérer la propriété paysanne de tout impôt d'argent et de sang. Il concluait ainsi : c'est donc un changement de classe au gouvernement qui s'impose. Nou» ne parlerons pas du procès fait au « vieux du Vatican », aux « législataires des classes dirigeantes, » aux bourgeois, ces « charlatans de patriotisme », et au « pendeur de toutes les Russies ». La politique extérieure de M. Jules Guesde se résumait ainsi : Pour faire trembler les tyrans et imposer la paix au monde, la France n'avait qu'à prendre la tète du mouvement ouvrier socialiste international. Les succès électoraux des socialistes ne furent certainement pas dus à ces déclama»tions révolutionnaires, à cette rhétorique violente et vide, dont M. Jules Guesde avait retrouvé le secret. On attendait autre chose du théoricien officiel du parti et M. Millerand,

,quî 8*était montré si sévère pour le Manifeste radical, s'il s'était prononcé sur Tœuvre de M. Jules Guesde, aurait été sans doute moins indulgent encore. A tous ces Manifestes collectifs allaient succéder les professions de foi individuelles, autrement efficaces et le contact direct du candidat avec rélecteur que rien ne remplace.

Les élections du 20 Août et du 3 Septembre furent pacifiques dans toutes les circonscriptions, sauf dans celles où se présentaient MM. Floquet, Clemenceau et de Gassagnac; les coryphées du radicalisme de gouvernement, du radicalisme d'opposition et du conservatisme plébiscitaire furent battus par MM. Fabérot socialiste, Jourdan radical et Bascou républicain indépendant. Des autres chefs de parti qui restèrent sur le carreau, il faut citer parmi les ralliés MM. de Mun, Piou et de Frescheville; parmi les radicaux MM. Maujan et Pichon; parmi les socialistes M. Lafargue, le gendre de Karl Marx, et parmi les anti-socialistes M. Yves Guyot, contre lequel se présenta M. Goblet. Toute politique mise à part, il faut reconnaître que ces victimes du suffrage universel auraient mérité un meilleur sort. L'élimination de personnalités marquantes et leur remplacement par des inconnus qui professent souvent, à peu de chose près, la même opinion, et qui feront la même politique que leurs prédécesseurs, n'élève pas le niveau intellectuel d'une Assemblée.

Pour qui connaît l'état d'esprit plébiscitaire de notre pays, la personnalité du Président de la République est loin d'être sans influence sur le résultat d'une élection générale. Certes la suprême habileté, l'audace tranquille de M. Constans en 1889, la finesse doublée de force, la bonhomie optimiste de M. Dupuy en 1893, ont été des conditions essentielles du succès, mais la respectabilité de M. Carnot, son grand nom historique, sa popularité, qui naquit au lendemain de son

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