LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE
élection et qui grandit jusqu'à sa mort, ont été, en dépit du Boulangisme et du Panamisme, les véritables facteurs de la victoire républicaine. Pour s'en convaincre, il suffit de se reporter à une autre élection générale, celle de 1898, accomplie dans des conditions beaucoup plus favorables, l'affaire Dreyfus n'étant pas encore arrivée à l'état aigu, et qui pourtant donna des résultats beaucoup plus médiocres que les consultations de 1889 et de 1893. Si l'on mesure la qualité d'une Chambre au nombre des citoyens éclairés qu'elle renferme, au chiffre des républicains sans épithète et sans étiquette qui savent être, en même temps, des hommes de progrès, de liberté et de gouvernement, il est certain que les Chambres élues en 1889 et en 1893 valaient mieux que la Chambre suivante et ce n'est pas là l'un des moindres services que la France doive à M. Carnot.
Le ministère de l'Intérieur, après les ballottages, répartissait ainsi les élus des deux tours de scrutin : républicains de gouvernement 311, radicaux 122, droite 88, socialistes 49, ralliés 38. A prendre cette statistique au pied de la lettre, il y aurait eu dans la nouvelle Assemblée 311 républicains contre 264 députés de toute provenance et de toute opinion, donc, au pis aller, une majorité certaine de 47 voix pour la République modérée et contre la politique de concentration, que tout le monde avait répudiée. Dans les conjonctures graves, en cas de danger pour la République, on aurait pu réunir 450 républicains, radicaux et socialistes, contre moins de 100 conservateurs et ralliés. L'événement devait montrer combien ces apparences étaient fausses et ces classifications arbitraires.
Les élections générales de 1893 avaient été un grand succès pour la République, sinon pour le Parlementarisme. Un succès plus grand et un véritable honneur étaient réservés au Cabinet Dupuy. Le tsar Alexandre HI avait résolu de
rendre à la France la visite qu'il avait reçue de l'escadre et des marins français à Gronstadt et à Saint-Pétersbourg Le 13 Octobre Tescadre russe, sous les ordre* de l'amiral Avelane, arrivait à Toulon : elle comprenait 5 cuirassés^ un croiBeur et une canonnière. Au point de vue technique, au point de vue de la force offensive ou défensive, cette escadre était celle d'une puissance de second ordre et d'une marine en formation. Les spécialistes furent les seuls à le remarquer. La foule vit dans la visite de l'escadre russe ce qu'il fallait y voir : une démonstration de l'intimité de l'accord enti*e la Fraïuse et la Russie et elle fît à nos amis et alliés un accueil enthousiaste. De Toulon, où l'amiral Rieunier les avait reçus au nom du Gouvernement, les États-majors et une délégation des équipages russes partirent pour Paris, où. les attendait le même accueil qu'à Toulon. Le 22 Octobre ils assistèrent, par ordre de l'Empereur, aux funérailles nationales du maréchal de Mao-Mahon, oubliant leur adversaire de la Crimée, pour honorer le brave soldat et l'homme politique qui était descendu du pouvoir avec une suprême dignité.
Le 29 Octobre les Russes quittaient Toulon, où Mi. Gamot leur fit ses adieux, au milieu des mêmes ovation». Peu d'instants après leur départ, une dépêche d'Alexandre III, datée de Gatchina, apportait au Président de la République, à la France, les remerciements émus de la nation russe. La visite des grands-ducs Serge, Paul, Vladimir et Alexis à M-. Caniot, celle du Tsar, pendant sa villégiature de Copenhague, aux navires français Hslij et le Surcouf accentuèrent encore la portée de cette imposante manifestation. Elle devint vite populaire, grâce à la presse et à l'image; il n'est pas une chaumière, en France, qui n'ait voulu avoir la gravure des deux chefs d'État, représentés la main dans la main, et des drapeaux entrelacés des deux nations.
Partout ailleurs qu'en France un Gouvernement, ayant eu