LA DÉCLARATION DU 18 NOVEMBRE
la bonne fortune de présider à celle grande manifesialion< nationale et patriotique, aurait été consolidé pour des meis^ pour des années peut-être. Il n'en fut pa& de même dan» notre pays. L'escadre russe n'avait pas quitté les eaux ïcmtr çaises, que Ton se demandait si le Cabinet devait se repré** senter devant les Chambres on remettre sa. démission avant la session extraordinaire. La question avait été tranchée dans le sens du maintien, en Conseil des miniaire». Pourtant deux ou trois membres du Cabinet avaient manifesté l'inten^ tion de se retirer. On avait fait valoir^ auprès de cesimembre» dissidents, l'intérêt qu'il y avait, pour le Présidant de la République, à ne constituer le nouveau Cabinet qu'après un vole qui lui ferait connaître exactement l'opinion de la nouvelle Chambre. Tout eût été pour le mieux, si ces ministres par persuasion avaient gardé pour eux le secret des délibérations du Conseil, au lieu de faire connaître à leurs amis leurs intentions de retraite. Conformément aux règles du régime parlementaire et aux usages, un minière est en fonctions et il est responsable devant le Pailement, tant qu'il n'a pa» donné sa démission. Or, aucune démission n'avait été donnée de fa<^on ferme, le jour où s'oavril la session extraordinaire, le 14 Novembre.
L'ouverture de la session fut précédée de la cessatian.de la longue grève des mineurs du Pas-de-Calais, de la courte grève des employés des tramways de Marseille, événements qui semblaient consolider encore la situation du Cabinet. La veille, M. Lozé, ancien préfet de police, avait été nommé ambassadeur de France à Vienne.
Le premier acte de la nouvelle Chambre fut l'élection de son président provisoire : M. Casimir-Périer réunit 29o voix contre 195 à M. Henri Brisson. Le 18 Novembre, après la validation de la moitié plus un des députés et l'élection du Bureau définitif, le président du Conseil prit la parole pour
lire une Déclaration, ou plutôt un programme, c'est trop dire, un sommaire des travaux qui s'imposaient à la Chambre. Dès que cette lecture est achevée, MM. Jaurès et Millerand déposent une demande d'interpellation dont la discussion immédiate, conformément à Tavis du président du Conseil, est ordonnée par 29i voix contre 221. M. Jaurès développe Tinterpellation avec son brio habituel et dépose un ordre du jour contre la politique « rétrograde et provocatrice » du Gouvernement, rétrograde parce qu'il s'appuyait, selon M. Jaurès, sur les ralliés, provocatrice parce qu'il faisait fermer la Bourse du travail et respecter la liberté du travail dans les grèves. M. Dupuy répondit assez mollement à ces attaques hors de mesure, cherchant h critiquer les théories socialistes^ plutôt qu'à défendre son administration.
La discussion, qui n'avait passionné personne, fut renvoyée au 23 : MM. Lockroy, Barthou et Deschanel furent entendus, ils firent assaut d'esprit ou d'éloquence, sans que la question fit un pas en avant. La Chambre, prenant goût à ces tournois, renvoya une fois encore la discussion au 25 Novembre. Il faut attribuer la durée de ces préliminaires au nombre considérable de députés qui entraient pour la première fois dans une Chambre française. Par une sorte d'instinct, ces nouveaux venus se rendaient compte de la fausseté de la situation. On sentait que les paroles décisives n'avaient pas encore été dites ; on voyait que le président du Conseil ne se cramponnait pas au pouvoir et l'on attendait la lumière qui éclairerait ces obscurités, le coup de théâtre qui se produisit enfin.
Le 25 Novembre, M. Goblet avait parlé, puis M. Dupuy, pour la seconde fois, au milieu de l'inattention générale et de rumeurs confuses qui semblaient présager un orage, quand M. Pelletan monta à la tribune. A l'entendre, le Cabinet n'existe plus, puisqu'un minisire au moins est démission-