CHAPITRE II
LE MINISTÈRE FLOQUET (3 Avril 1888-22 Février 1889.) Un ministère radicaL
La France pendant les onze mois du Ministère Floquet. — Courte durée de la crise. — Les membres du nouveau Cabinet. — Causes de la faiblesse du Cabinet. — La Déclaration ministérielle. — Le nouveau président de la Chambre. — L'élection du 8 Avril dans la Dordogne. — L'élu du 8 Avril refuse le mandat. — L'élection du 15 Avril dans le Nord. — Le remerciement aux électeurs du Nord. — a Le manteau troué de la Dictature. » — Les élections municipales de 1888. — Le Comité pet*manent. — Le Comité de la Consultation nationale. '— Le boulangisme et la Constitution de 1875. — Lois d'affaires à la Chambre. — L'incident Tisza à la Chambre. — M. Goblet et la politique étrangère. — La Séance du 4 Juin à la Chambre. — L'œuvre législative du 4 Juin au 12 Juillet. — Le maire socialiste de Carcassouae. — La loi militaire au Sénat. — Le Comte de Paris et l'autonomie communale. — La Séance du 12 Juillet à la Chambre. — Le duel Floquet-Boulanger. — Journée électorale du *22 Juillet. — Inauguration du monument de Gambetta. — Le Banquet des maires à Paris. — Entrevues de souverains et de ministres. — Les grèves et le préfet de police. — Les trois élections du 19 Août. — Remerciement» aux électeurs. — La session des Conseils généraux. — Les monarchistes et le Boulangisme. — Violations de la discipline militaire. — Numa Gilly et la Commission du budget. — Recensement des étrangers en France. — Dépôt du projet de revision. — Ouverture de la discussion du budget à la Chambre (iS Octobre). — M. Peylral et le budget. — Le discours de Challemel-Lacourau .*^énat. —Retour de M. Wilson à la Chambre. — Compagnie du Canal interocéanique de Panama.
— Lois d'affaires pendant la session extraordinaire. — Boulanger à Nevers. — La France en E.xtrême Orient. — Retour sur Tannée 1888.
— L'œuvre législative au début de la session ordinaire de 1889. — Modifications ministérielles in extremis. — L'élection du 27 Janvier.
— L'union des républicains. — Danger que court la République. — Remerciement aux électeurs. — L'interpellation de Jouvencel. —Le scrutin d'arrondissement. — La revision limitée, d'après le système Floquet. — La Chambre, le Sénat, le Conseil d'État. — Les ministres.
— La revision devant la Chambre (14 Février). — Appréciation sur le Ministère radicaL
Formé au lendemaia de la décision qui avait rendu le général Boulanger éligible, renversé au lendemain de sa triomphante élection à Paris, le Ministère Floquet, a vu la
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prodigieuse fortune de Taspirant diclalcur, il n*a rien su faire pour en arrêter les progrès et il a laissé à tous la conviction que le salut de la République ne pouvait être assuré que par une administration plus clairvoyante et plus ferme. Les événements que nous allons raconter sont à peine vieux de dix ans : nul n'a perdu le souvenir de ces onze mois, où chaque jour nous apportait la nouvelle d*une victoire de la faction, où tous les ennemis de la République s'exaltaient à l'espoir du prochain triomphe, où tous ses amis attendaient, avec une indignation passive, la confiscation de toutes les libertés par un soldat rebelle, la ruine de la patrie à l'intérieur, sa déchéance à Textérieur par TelTort combiné des monarchistes, des blanquistes, des mécontents et des patriotes de parade. Le Cabinet du 3 Avril fut constitué avec une telle rapidité qu'il parut à tout le monde qu'il était fait à Tavance. Pour la forme, des portefeuilles furent offerts à trois députés non radicaux MM. Rouvier, Ricard et Loubet : tous trois refusèrent. M. Rouvier ne voyait pas sans inquiétude M. Goblet aux Affaires Étrangères. MM. Ricard et Loubet, très politiquement, auraient voulu que la revision ne figurât pas au programme ministériel. Nous savons bien que le Cabinet Tirard avait été renversé sur celte question, mais M. Floqnet, reconnaissant, dans sa Déclaration, qu'elle exigeait beaucoup de calme et de réflexion, n'était pas éloigné, à ce moment du moins, de penser comme MM. Ricard et Loubet. A défaut de membres connus de la Gauche républicaine, on en prit de plus obscurs ou qui siégeaient aux confins de la Gauche républicaine et de la Gauche radicale. M. Floquet eut avec la présidence du Conseil le ministère de l'Intérieur; un sénateur, M. Ferrouillat, la Justice et les Cultes; M. Goblet, les Affaires Étrangères; M.Peytral,le3 Finances; M. de Frcycinet, la Guerre; M. le vice-amiral Krantz, la Marine et les Colonies; M. Lockroy, l'Instruction publique et les Beaux-Arts; M. De-
M. FLGQIBT PRÉSIDENT DU CONSEIL 3i
luQs-MoDtaud^ les Travaux Publies; M. Pierre Leprand, le Commerce et rindustrie; M. Vielle, TAgricullure. Quaraaldhuil heures après la cooslitutioD du Miiiislëre M. de la Porle recul le sous-secrélarial d'£lal des Colonies et six semaines plus tard, le 19 Mai, M. Floquet s*annexa comme sous-secrélaire d'État à rinlérieur, un jeune dépulé, qui avait déjà rempli des postes administratifs très importants, M. Léon Bourgeois.
Certes le Cabinet radical du 3 Avril comprenait des républicains éprouvés et des hommes d'uu incontestable talent. Sa faiblesse résultait du caractère de son chef, du programme qu'il avait adopté, de la présence de M. de Freycinet à la Guerre, de celle de MM. Goblet et Lockroy dans une administration qui avait à lutter contre les fauteurs de Dictature et surtout des circonstances au milieu desquelles celle administration s'était formée.
Excellent à la présidence de la Chambre, où il s'était montré ferme, impartial, spirituel, toujours digne, M. Floquet devait, ^omme président du Conseil, se montrer çntêté, partial pour les radicaux, dépourvu d'à-propos et plutôt fastueux que digne. L'inscription à son programme de gouvernement de l'un des articles inscrits aux programmes boulangisle, révolutionnaire et monarchiste fut une erreur initiale qu'il devait expier chèrement et que la France faillit expier avec lui. L'expérience d'un ministre civil de la guerre était peut-èlre inopportune, après que le prédécesseur de M. de Freycinet, le général Logerot, avait si énergiquement rappelé au respect de la discipline le commandant du XIÏI® Corps d'armée. On s'étonnait plus encore de voir, parmi les collègues de M, Floquet, M. Goblet, l'ancien président du Conseil, qui avait gardé M. Boulanger à la Guerre, lorsqu'il avait pris le pouvoir en Décembre 1886 et M. Lockroy, qui avait été en coquetterie réglée avec les partisans du général Boulanger. MM. Go-
blet et Lockroy, édifiés désormais sur les projets des boulangîstes, seraienl-ils disposés à s*associer à une action énergique contre le général en retraite, devenu l'espoir de de tous les mécontents et le candidat de tous les factieux? Ces questions se posaient et des actes comme le remplacement de M. Levaillant par M. Gragnon, à la direction de la Sûreté, n'étaient pas de nature à dissiper les inquiétudes.
La Déclaration ministérielle, qui fut lue le 3 Avril, révélait les illusions de M. Floquet, en qualifiant le Boulangisme « d agitation passagère et superficielle ». Les observateurs clairvoyants n'avaient pas besoin de la première élection boulangiste, pour reconnaître que l'agitation était profonde et qu'elle durerait tout au moins jusqu'aux élections générales de 1889, si elle ne leur survivait pas. En dehors de cette affirmation téméraire, la Déclaration faisait appel à toutes les fractions de Topinion républicaine, annonçait que l'impartialité inspirerait toujours les actes du Gouvernement et revendiquait hautement, pour ce Gouvernement, le droit et l'honneur de marcher en avant. Revenant sur la phrase qu'il avait prononcée, comme président de la Chambre, à l'ouverture de la session de 1888, M. Floquet faisait bon marché de la procédure politique et appelait l'attention des Chambres sur quelques mesures urgentes : une loi sur les associations, la réforme du régime des boissons et des lois successorales, l'aboutissement des lois militaires alors en discussion devant le Sénat. Pour l'extérieur, le Gouvernement se contentait d'une vague déclaration de sincère attachement à la paix. La Déclaration ne se distinguait donc des autres documents de cette espèce que par une imprudente promesse de revision. Accueillie au Sénat avec une froideur glaciale, elle ne provoqua ni enthousiasme ni indignation à la Chambre.
M. Floquet laissait vacante la présidence de la Chambre. Trois tours de scrutin furent nécessaires pour y pouvoir. Au
M. MÉLIXE Pa£SIDE.\T DE LA CHAMBRE 33
troisième tour M. Méliae, qui avait obtenu le même nombre de sufTrages que M. Clemenceau, fut élu au bénéfice de l'âge. M. Clemenceau était le candidat des radicaux et du Ministère. M. Henri Briâson et M. Méline avaient été successivement les candidats des républicains non -radicaux. M. Méline, très sérieux, très instruit, très modeste va prendre à tâche de ramener à Tœuvre législative une Chambre trop portée à gaspiller soQ temps dans les agitations vaines et dans ce que M. Floquet appelait la procédure politique.
Le Cabinet n'eut que quinze jours pour s'installer, le Sénat, ^ «'inspirant de la situation politique, )) n'ayant voulu s'ajourner qu'au 19 Avril. La Chambre avait pris une résolution identique, bien que le Gouvernement désirât un plus long délai, par 314 voix contre 162. C'est à bon droit que la situation inquiétait les sénateurs et tous les bous citoyens : le 8 Avril eut lieu la première élection du général Boulanger. 11 avait choisi, pour poser sa candidature, un département où les monarchistes avaient eu la majorité en 1885, la Dordogne, et il s'était naturellement appuyé sur les bonapartistes qui constituent les trois quarts du parti monarchi<{ue. Élu par 59500 voix, contre 36 000 au candidat républicain, il avait eu, le même jour, 11600 voix dans TAisne et 8500 dans l'Aude. Élu des bonapartistes, des royalistes et de quelques républicains dévoyés, le général Boulanger adressa aux électeurs de la Dordogne une proclamation à laquelle ne manquait que Vimperaloria brevitas. Il y déclarait que la stérilité et l'impuissance du Parlement finiraient par livrer la République française à la risée de l'Europe ; il ajoutait que la prétention de politiciens déconsidérés de faire leur serviteur du suffrage universel, qui est notre maître, était intolérable et il proclamait la nécessité de la dissolution et de la revision. Mais, ayant donné sa parole à d'autres électeurs, il refusait le mandat que lui avaient confié les habitants de Edg. Zevort. — Troiàiômo République. iv. — 3
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la Dordogiie. Le Nord était le seul département qu'il lui fut permis de représenter. Il concluait en engageant ceux qui lui avaient donné leurs suffrages à les reporter sur un homme affirmant, comme lui, la politique nationale et républicaine. Nous verrons plus tard comment ce conseil sera suivi.
Aux électeurs du Nord, comme à ceux de la Dordogne, le général Boulanger se présenta sans profession de foi, ne voulant, disait-il, s'inféoder à aucun parti. Toute la Droite, et elle est nombreuse et influente dans ce département, accueillit sa candidature les yeux fermés, bien qu'elle fut soutenue par des hommes comme MM. Laguerre, Laur et Vergoin, dont elle avait horreur, mais la haine de la République lui enlevait toute clairvoyance. La Gauche, au contraire, fut divisée. Bien que les radicaux, qui suivaient les inspirations de M. Clemenceau, eussent rompu avec le général, depuis que ses velléités plébiscitaires s'étaient naïvement révélées, ils opposèrent au candidat des républicains sans épithète, M. Foucart, un républicain plus accentué, M. Moreau, sous prétexte d'amener un ballottage. La candidature Moreau affaiblit la candidature Foucart, sans profit pour la République ; le 15 Avril le général fut élu par 172 500 voix : il avait 87 500 voix de majorité sur ses deux adversaires réunis.
Cette élection, plus encore que celle de la Dordogne, produisit une immense impression dans le pays. Le grand vaincu du 30 Mars 1885, Jules Ferry, poussa un cri d'alarme et, avec sa netteté habituelle, il indiqua la seule politique à suivre avec le « Saint-Arnatid de café concert ». C'était bien un Saint-Arnaud, un général de coup d'Etat, que les électeurs du Nord avaient acclamé et Jules Ferry dévoila hardiment la faction audacieuse qui poursuivait le renversement de la République. H conseillait au Cabinet, contre lequel il se défendait de nourrir aucun ténébreux dessein, d'avoir en face de la faction une attitude militante et active. Il regrettait
« LE MAXTEAC TROUÉ DE LA DIftTATURE )) 33
seulemeQt que le Ministère eût emprunté à M. Boulanger son mot d*ordre : la revision. Dans son remerciement aux électeurs du Nord le vainqueur du io Avril répétait, en effet, que Ton avait affirmé sur son nom la nécessité d'une Assemblée Constituante, seule capable de donner au peuple « la large part qu'il doit occuper ». Toutes ces proclamations, tous ces remerciements, d'un français douteux, renfermaient les mêmes injures aux pouvoirs publics, les mêmes flatteries au peuple et restaient dans le même vague, quant aux projets du dictateur. On lui attribuait, à ce moment, une ébauche de Constitution, qui nous aurait fait reculer en deçà de la Constitution de l'an VIII, même de celle de 185:2, qui aurait fait de la France le pays le moins libre de l'Europe : il se garda bien de la désavouer.
Quand les Chambres reprirent séance, le président du Conseil sembla surtout préoccupé de se défendre de toute alliance avec les modérés. M. Jules Ferry, dans son discours aux électeurs sénatoriaux des Vosges, lui avait, en somme, offert un concours sans réserve. Il répondit à ces avances en affirmant, contrairement à la célèbre parole de Jules Ferry, que « le péril n'était pas à Gauche ». Jules Ferry avait déclaré que la revision était inopportune et dangereuse; M. Floquet consentit à attendre, pour la proposer, qu'elle ne fût plus « le piège tendu par les monarchistes ou le manteau troué de la dictature ». A défaut d'un inlerpellaleur complaisant, le président du Conseil s'était interpellé lui-même. La Chambre, qui n'avait nulle intention malveillante à son égard, lui vota un ordre du jour de confiance, par 363 voix contre 170, et ordonna l'affichage de son discours ^
Il était piquant de voir un Cabinet, constitué sur la question de revision, applaudi par la grande majorité de la
(i) Appendice I. Discours de M. Floquet à la Chambre des Députés.
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Chambre, parce qu'il ajournait la revision. Quand la Commission de revision fut nommée, deux jours après, elle compta 4 membres hostiles, â membres favorables et 5 membres disposés à ajourner aussi longtemps qu'il plairait au Gouvernement.
Le Cabinet eut le même succès, le 23 Avril, dans sa réponse à l'interpellation de la Droite, sur la nomination d'un ministre civil à la Guerre. Sa conduite fut approuvée par 334 voix contre 167,
Au Sénat la discussion en première délibération de la loi sur le recrutement de Tarraée fut interrompue, le ii Avril, pour une interpellation déposée par deux membres du Centre Gauche, MM. Trarieux et Léon Renault. M. Floquet répondit aux deux orateurs par quelques formules vagues et Tordre du jour pur et simple, voté par 135 voix contre 106, clôtura cette peu intéressante passe d'armes. Le 28 Avril les deux Chambres s'ajournaient de nouveau, pour permettre à leurs membres de prendre part aux élections municipales. Cellesci eurent lieu le 6 Mai; elles portèrent sur 427 484 sièges de conseillers municipaux et elles ne modifièrent pas d'une façon sensible la situation respective des partis.
Après la première élection du Nord, les partisans du général Boulanger avaient formé un Comité permanent qui avait son siège rue de Sèze, adopté comme emblème l'œillet rouge et décidé très habilement de poser la candidature du général partout où il y aurait un député à nommer : c'est ainsi que dans l'Isère 14 000 voix furent accordées à l'aspirant dictateur. Dès que les électeurs d'un département étaient convoqués, le Comité y expédiait photographies, affiches, journaux et proclamations en nombre infini et des agents qui, du chef-lieu, s'entendaient avec les agents locaux de chaque canton, souvent même de chaque commune.
Cette propagande endiablée n'allait pas sans frais : la seule élection du Nord avait coûté plus de 200 000 francs. Les fonds,
B0ULA5GER ET LES 1I0XABCHISTE> 37
à cette époque, étaient fournis par le comte Dilion, rhomme des monarchistes, monarchiste lui-même et aussi par des dons volontaires, souvent anonymes, qui parvenaient au général sous forme de lettres chargées et qui n*allaient qu'en faible partie au Comité de la rue de Sèze. Les dépenses personnelles du général, ses goûts de luxe en absorbaient une notable portion. Des éditeurs avaient songé à exploiter s'a popularité et M. RoafT lui apporta 100 000 francs dans ses appartements de Thôtel du Louvre, prix de sa collaboration à un ouvrage sur Vinvasion allemande qui devait paraître en livraisons. 11 n'en écrivit que la préface, si même il l'écrivit, car il ne se livrait pas volontiers et il était énigmatique, en ces premiers temps de sa prodigieuse fortune, comme Louis-Napoléon en 1848.
Dans sa conduite, dans ses actes, dans ses paroles, tout était contradiction et mensonge. Subventionné par la caisse monarchiste, il semblait l'instrument docile du radicalisme révolutionnaire et des blanquistes. Il était l'homme des Naquet, des Mayer, des Meyer et il disait à Avronsart : « Il faut avant tout se débarrasser de la Juiverie. » Aspirant à une magistrature civile, il revendiquait pour l'armée un rôle politique actif et s'élevait contre ceux qui prétendent qu'elle n'a pour mission que de se taire et de se battre.
Les mêmes contradictions se rencontrent, dans toutes les manifestations de ses partisans, avoués ou secrets. Le comte de Paris, dans une Note du 24 Avril, destinée à ses fidèles, s'était prononcé pour la dissolution et pour la revision, et la Droite delà Chambre, même la Droite monarchiste, adoptant le programme des bonaj^rtisles, constituait un Comité de la consultation nationale. Plus digne, la Droite sénatoriale se refusait à abjurer tous ses principes et à se lancer dans celte politique de casse-cou.
Mais l'erreur la plus grossière était celle des radicaux
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et du Gouvernement, convaincus que Ton ne triompherait de Boulanger qu'en lui empruntant le principal article de son programme, celui qui était relatif à la revision.
MM. Ranc, Clemenceau, Jofîrin, les principaux fondateurs de la Société des Droits de V homme ^ ne voyaient pas combien leurs protestations contre « l'aventure boulangiste » perdait de force, par une demande de revision. Seuls les républicains modérés avaient bien compris qu'ils ne laveraient le Parlementarisme des attaques dirigées contre lui, qu'en défendant énergiquementla Constitution de 1875 ; de même qu'ils ne combattraient efficacement le Dictateur qu'en se serrant étroitement autour de M. Carnot. Le Président de la République, par la correction impeccable, par la haute dignité de son attitude, par sa politique de la main ouverte facilitait leur tâche. Durant un assez long voyage qu'il fit à cette époque, dans le Sud-Ouest, il recueillit des hommages qui allaient à sa personne autant qu'à sa fonction et des sympathies qui fortifièrent l'institution présidentielle dans l'opinion des masses. Ce chef de l'État affable, accueillant, allant au-devant des misères pour les soulager, sans faste, sans morgue, sans souci exagéré de l'étiquette et du protocole, était bien le magistrat qui convenait à notre démocratie, et peut-être le seul médecin capable de calmer l'accès de fièvre qui avait saisi la France.
Le général Boulanger ayant attendu plus de six semaines, avant de tenir les promesses qu'il avait faites à ses électeurs, avant d'introduire le désordre dans le Parlement qu'il accusait de stérilité et d'impuissance, les deux Chambres eurent le temps de discuter sinon de voter définitivement quelques lois d'affaires, du lo Mai au 4 Juin. La Chambre rejeta le 15 Mai le tarif douanier sur le maïs, que lui proposaient la Commission des douanes et son rapporteur M. Méline. Le 1*^' Juin elle adopta le projet qui reportait du l^"" Janvier au
l'ixcident tisza 39
1" Juillet le commencement de Tannée financière. M. Peylral avait pu réaliser comme ministre une idée qu'il avait émise comme président de la Commission du budget. Pareille bonne fortune échoit rarement à ceux qui arrivent au pouvoir. Enfin, la Chambre avait fait une place aux lois sociales et discuté, en première délibération, la loi sur les accidents ouvriers et sur l'assurance contre ces accidents, au profit des ouvriers et aussi des patrons. Cette loi devait faire longtemps la navette entre la Chambre et le Sénat avant d'êlre promulguée. La Commission de la Chambre l'avait pourtant longuement étudiée et son rapporteur, M. L. Ricard, député de laSeine-fnférieure, était passé maître en ces délicates questions de responsabilité ouvrière ou patronale. Le â Juin commença la discussion d'une autre loi sociale, qui ne devait être votée qu'à la fin de 1892, la loi sur le travail des femmes et des enfants dans les manufactures. Il faut rattacher aussi à cette période l'autorisation, difficilement accordée, à la Compagnie du canal interocéanique de Panama d'émettre des valeurs à lots. Cette très grosse question passe alors presque inaperçue.
La plus intéressante des séances tenues par la Chambre au mois de Mai fut celle du 31, consacrée à ce que l'on a appelé l'incident Tisza. M. Tisza avait refusé, au nom de la Hongrie, toute participation officielle à l'Exposition Universelle de 1889. Mais des groupes s'étaient formés, sur l'initiative des Chambres de Commerce, pour assurer aux produits hongrois une participation au moins officieuse à notre grande fête industrielle. Appelé, par une question incidente, adonner son avis sur l'Exposition du centenaire, M. Tisza le fit avec une insigne maladresse ; il prononça les paroles les plus malheureuses ; il émit, sur la situation intérieure de la France, sur sa tranquillité, des doutes qui étaient presque des injures. « Vous savez, dit-il, qu'en France les esprits sont souvent agités. Si une insulte quelconque atteignait le drapeau na-
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iional Cela est impossible! crie un député. C'est donc,
riposta M. Tisza, que celui qui interrompt croit pouvoir nous donner plus de garanties que ne le ferait aujourd'hui, je crois, le Gouvernement français lui-même et il ajoutait : Si quelqu'un me demande un conseil, je lui donnerai celui de ne pas prendre part à l'Exposition de 1889. »
Les explications que donna M. Goblet à la Chambre sont un modèle de tact, de convenance, de dignité patriotique. Les Gouvernements étrangers, dit-il, ont le droit d'oublier que la date de 1789 ne rappelle que des souvenirs de liberté, de justice, d*émancipalion, de progrès social. Le ministre fit connaître qu'à Vienne le comte Kalnoky, ministre commun des AfTaires Étrangères, dans une entrevue avec notre ambassadeur, avait exprimé un vif regret de l'impression qu'avait produite en France cet incident aussi fâcheux qu'imprévu. M. Goblet terminait en affirmant que la France voulait la paix, qu'elle restait calme et impassible, qu'elle ne recherchait pas d'aventures, que dans aucun pays, à aucune époque. Tordre n'avait été assuré comme il Tétait chez elle.
Cette réponse, pleine de noblesse, mit toutes les Chancelleries de notre côté et Tincident n'eut pas d'autres suites. M. Goblet ne fut pas toujours aussi heureusement inspiré que le 31 Mai ; le diplomate ne valut pas toujours Torateur. Sans parler de Tabandon des Nouvelles Hébrides à l'Angleterre, qui fut consenti un peu légèrement, on doit regretter plus encore la conversation qu'il engagea avec M. Crispi, au sujet de Massaouah. Le ministre italien prétendait que, par le fait seul de l'établissement d'une nation chrétienne en pays musulman, les capitulations devenaient lettre morte. Pourquoi contester ce principe si nous n'avions aucune vue sur Massaouah? L'affirmation était, en elTet, très contestable, mais ne valait-il pas mieux en prendre acte et agir à Tunis comme l'Italie agissait à Massaouah? Notre inopportune in-
BOULAXGEn A LA TRIBINE 41
ienrentioQ autorisa Tambassadeur italien à Constantiaople à agir sur le Sultan, pour lui faire afQrmer la suzeraineté de la Porte sur Tunis, même sur Alger, et le règlement de la question des capitulations alunis fut retardé d'autant.
Rappelons, avant de revenir à notre triste histoire intérieure, trois événements importants, qui eurent lieu dans l'espace de huit jours et dont Tinfluence se fit sentir en France : le 1^ Juin la défaite électorale des libéraux en Belgique; le 15 Tavènement de Guillaume II en Allemagne et le 20 l'Encyclique De libericUe humana, où Léon Xlli accentuait son évolution libérale^ tout en condamnant dogmatiquement la liberté.
Le 2 Juin M. Floquet, appelé devant la Commission de revision, avait déclaré, comme un simple opportuniste, que Theure de la revision n'était pas encore venue et la Commission docile s'était ajournée au io Octobre. Le surlendemain 4 Juin, le général Boulanger montait à la tribune et, sous prétexte de réclamer l'urgence de la revision, lisait un long Manifeste, rédigé en partie par M. Naquet, le viceprésident de son Comité, en partie par lui-même. C'était, avec l'apologie de la Dictature et du pouvoir personnel, une attaque froide, préméditée, outrageante contre le Parlement, le Président de la République et tout le parti républicain. L'urgence fut appuyée, au nom de la Légitimité par M. de la Rochefoucauld, au nom du Bonarparlisme par M. Jolibois, au nom de la Commune par M. Félix Pyat, qui venait d'être élu député de Marseille contre M. Boulanger lui-même et aussi contre un républicain modéré, M. Uenri Fouquier. Le président du Conseil, M. Clemenceau et M. Basly répondirent aux partisans de l'urgence par de belles et fortes paroles que la majorité, unie cette fois, accueillit avec des acclamations redoublées. On fit à M. Floquet les honneurs très mérités de l'affichage, bien qu'il eût laissé échapper ce mot,
4â LK MIXISTÈRE n.ill,H KT
un peu inallcndu el naïf: a A votre âge. Monsieur le général ilaiiger, Napoléon était mort et vous ne serez que le yhs d'une Conslitulioii mort-née, » parce qu'il s'exprima ime aurait pu le faire M. Jules Ferry ou M. Rouvier'. loire aux pays où l'on parle, s'écria M. Clemenceau, avec 1 chaleur qui ne lui était pas habituelle, honle aux pays l'on se tait! Si c'est le régime de discussions que vous yez flétrir, sous le nom de Parlementarisme, sachez-le, il le régime représentatif lui-même, c'est la Répulilîque qui vous osez porter la main, u Après M. Clemenceau, Basiy demanda à M. Boulanger, représentant des mineurs nzin, où il était la semaine précédente, pendant que la imbre discutait les lois destinées à protéger la sécurité a vie des ouvriers. L'urgence fut repoussée par 339 voix tre 181, toute la Gauche contre toute la Droite, celle-ci forcée d'une douzaine de boulangistes. Après cet insucparlementaire, H. Boulanger éprouva un échec électoral, .er pour M. Dérouléde c'est voter pour moi, avait-il fait j aux électeurs de la Charente. Un bonapartiste, M. Gellîl des Seguins, réunit3l 000 voix au premier tour, contre 300 à M, Weiller républicain et 20 000 à M. Dérouléde. second tour M. Dérouléde, dont la candidature avait été întenue par la Cocarde, n'eut plus que 11500 voix; jellibert des Seguins fut élu par 37 500 voix contre 27 000. (u 4 Juin au 12 Juillet le travail législatif reprit dans deux Chambres. La loi sur les sucres, discutée et adoptée ' la Chambre des Députés du 5 au 8 Juin, diminua de francs la prime assurée aux bons de fabrication. Ce vote ratilîé par le Sénat. Quelques jours après, la Chambre terlait la première délibération de la loi sur le travail des imes el des enfants dans les manufactures, et le 21 Juin
) Appendice II. Discimrs de M. FIof|iiol à la Chambre dps DpiiiUéa,
LE MAIRE SOCIALISTE DE CARCASSoNNE 43
elle abordait la ;2® délibération de la loi sur les accidents, qu'elle menait à fin le 10 Juillet, par 356 voix contre 80. Dans ce vote, comme dans celui qui avait été émis sur Tautre loi sociale, les socialistes s'étaient trouvés d'accord avec les légitimistes, alors boulangistes ; M. Millerand avait voté comme M. de M un.
Entre temps, la Chambre se livrait à une manifestation platonique, en accordant l'urgence à une proposition de M. René Laffon, tendant à la dissolution immédiate des congrégations d'hommes. Le renvoi de la proposition à la Commission chargée d'étudier la loi sur les associations lui enlevait toute portée. Quelques jours avant cette innocente distraction, le 3 Juillet, la Chambre avait accordé un vote de confiance, assez marchandé et assez peu mérité, au Cabinet radical. Un maire socialiste de Carcassonne, condamné à l'emprisonnement pour fraudes électorales, avait été réélu conseiller municipal. Le substitut du procureur de la République le fit arrêter et emprisonner ; il fut, pour cet accomplissement de son devoir, que l'on considéra comme un excès de zèle, envoyé en disgrâce à Lorient. Saisi de la question, le Sénat vota un blâme au garde des sceaux, M. Ferrouillat. La Chambre, plus indulgente, amnistia M. Ferrouillat et donna un vote de confiance à M. Floquet, par2"0 voix contre lo8; les modéréss'abstinrentrilsnepouvaientapprouvercette faiblesse gouvernementale et ils ne voulaient pas ébranler le Ministère.
Plus indépendant, le Sénat faisait quelquefois éprouver des échecs au Gouvernemeut; le 12 Juillet il repoussa le projet qui changeait la date de l'année financière; le lo Juillet il adopta avec modification la loi sur les délégués mineurs et le 19 il entama la seconde délibération de la loi sur le recrutement, à laquelle il devait faire subir d'assez notables changements. Sur le^rapport du général Deffis, les dispenses facultatives furent supprimées ; les dispenses de droit furent
autorisées, mais à la coadition que les dispensés feraient un an de service ; les dispenses des docteurs, licenciés et élèves eccléariastiques, que la Chambre avait supprimées, furent rétablies ; la durée totale du service militaire fut portée de 20 à 25 ans, avec 3 ans d'activé, 6 de réserve, 5 de territoriale et il de réserve territoriale. L'amendement du général Campenon, imposant à tous les Français 3 ans de service militaire, fut repoussé par 183 voix contre 85, bien que M. Floquet lui eût donné son appui. C'est la présence au ministère de la Guerre de M. de Freycinel, président de la Commission sénatoriale de Tarmée, qui fît aboutir au Sénat le vote de la loi de recrutement. La réorganisation du Conseil supérieur de la Guerre et rétablissement des inspections générales d'armée doivent èlre également cités à l'actif du ministre civil de la Guerre, avec cette réserve que les pouvoirs du ministre responsable étaient beaucoup trop amoindris.
La seconde apparition du général Boulanger à la tribune de la Chambre fut précédée, le 6 Juillet, de la publication et de raffichagc clandestins d'une circulaire bien inattendue que le Comte de Paris adressait aux maires récemment élus des communes de France. La commune, cette grande famille, disait le prétendant, est divisée en oppresseurs et en opprimés, et il réclamait pour chaque commune, non seulement des pouvoirs plus étendus, mais une sorte d'autonomie. 11 était dit que le Comte de Paris prendrait successivement tous les masques : celui de l'autonomiste, après celui du plébiscitaire et ûnalement celui du boulangiste.
M. Boulanger avait déposé le 4 Juin une demande de revision ; le 12 Juillet il déposa une demande de dissolution, comme prélude à une nouvelle campagne d'agitations et de séditions dans le pays. Au milieu des hurlements de la Droite bonapartiste et royaliste, des huées de la Gauche, M. Boulanger renouvelle ses attaques contre le Parlementa-
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LE DCEL FLOQrET-BOrLAXGER 45
risme : M. Floquet lui répond avec une éloquente vivacité. Oq propose la question préalable sur la motion Boulanger : avant qu'elle ne soit votée, le général, peu au courant de la procédure parlementaire, sort de sa poche une lettre de déoiission écrite à Tavance et la lit, sans en changer un seul ukoi. Il quitte la Chambre, au milieu d'un éclat de rire général. Dans le tumulte de la discussion, M. Floquet avait reproché au général d'avoir passé des sacristies dans les antichambres. Le général avait riposté en traitant M. Floquet de menteur et de pion de collège mal élevé.
Le lendemain M. Floquet envoyait ses témoins, MM. Clemenceau et Georges Périn, à ceux du général Boulanger; le surlendemain un duel avait lieu, où le général apporta toute sa bravoure et toute son inexpérience en escrime. Grièvement blessé, il était rétabli au bout de quelques jours et paradait en voilure découverte, dans les quartiers les plus fréquentés de Paris. Jules Simon écrivait alors, six mois avant le 27 Janvier 1889 : « Son élection à Paris est dès à présent assurée. Puisqu'il y a une bêtise à faire, la Ville- Lumière la fera ».
Le général Boulanger avait une foi superstitieuse, invincible dans son étoile et tout ce qui s'est passé, du 13 Avril 1888 au 4" Avril 1889, n'a pu que fortiOer en lui cette conviction irraisonnée. Les avances qui lui étaient faites par le parti royaliste, les adhésions d'hommes d'esprit comme Aurélien Scholl qui lui écrivait : « Je serai avec vous jusqu'au 17 Brumaire, » les ovations populaires devaient la fortifler encore. Peu lui importaient les échecs. Si l'Ardèche, le ii Juillet, nommait un républicain contre lui, à 15000 voix de majorité, il considérait comme sienne, le môme jour, l'élection de la Dordogne, où le bonapartiste clérical Taillefer était élu par 49 000 voix, contre 43 000 au républicain Clerjounie. D'ailleurs, il comptait sur un triple succès, aux
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élections partielles du 19 Août, et sa conliance ne devait pas être trompée.
Avant d'aller se battre, M. Floquet avait composé le discours qu'il devait prononcer sur la place du Carrousel, à l'inauguration du monument de Gambetta. Cette cérémonie dut aux circonstances où Ton se trouvait, aux lieux où elle s'accomplissait, au personnage que l'on célébrait, au monument même que l'on inaugurait un caractère tout particulier. Les circonstances, c'était la crise plébiscitaire; le lieu c'était cette place du Carrousel, théâtre tour à tour de tant de gloires et de tant de déchéances; le héros de la fête, c'était le grand patriote, le réorganisateur de l'armée, le fondateur de la République, celui dont chaque jour, depuis dix-huit ans, la perte est plus vivement ressentie ; le monument c'était cette pierre, médiocre au point de vue architectural, mais où sont gravées ces belles sentences, que l'on ne relit jamais sans que tous les souvenirs de TAnnée Terrible et de l'âge héroïque reviennent eu foule à l'esprit, c'était celte statue, un peu massive de formes, mais dont la main désigne d'un geste si impérieux le but à atteindre, les chères provinces à reconquérir. Et tous les républicains, modérés, progressistes ou radicaux applaudirent avec enthousiasme M. Floquet, dont l'éloquence émue les réunit dans de communs regrets, dans une commune admiration.
La fête nationale du 14 Juillet 1888 fut marquée par une heureuse innovation. Les maires, que le Comte de Paris incitait presque à la révolte, furent conviés par le Gouvernement à un banquet que présida M. Carnot. Le Président de la République prononça de sages, d'excellentes paroles*, qui ne furent pas immédiatement entendues dans toute la France, mais dont les maires devaient se souvenir, en Sep-
(I) Appendice lll. Discours de M. Carnot aux maires le i 4 juillet 1888.
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LA GUÈVE DES MAÇONS ET DES TEnRASSïERS 47
lembre 1889, le jour de la grande consultation nationale.
La session fut close le 18 Juillet, après le vote par la Chambre d'un crédit de 70 millions, pour les travaux de défense à exécuter à Brest et à Cherbourg. Le lendemain même de la clôture, le nouvel Empereur d'Allemagne inaugurait, par une visite au Tsar, cette série de voyages à la fois politiques et fastueux, qui devaient se multiplier par la suite, k un tel degré, que l'opinion en vint à ne plus les regarder que comme des excursions de touriste. Plus importante fut, le mois suivant (:2:2 Août), Tentrevue entre MM. de Bismarck et Crispi : la présence du ministre italien en Allemagne, au lendemain des Notes sur Massaouah, était significative.
Au début des vacances parlementaires, une grève avait éclaté à Paris, comme il arrive à la veille de chaque Exposition, parmi les maçons et les terrassiers. La grève ne s'étendit guère, au delà de Paris, qu'à Amiens, à Troyes, dans les mines de la Loire et dans les chantiers du Limousin. Elle aurait eu peu d'importance, à Paris même, si les ouvriers n'avaient été encouragés par les excitations des agents de Boulanger et aussi par la faiblesse du Gouvernement. Le préfet de police avait adressé aux commissaires de police une circulaire où il disait : « Les voies de fait, de nature à entraver le libre exercice du travail, ne sont punissables que si elles ont été directement exercées sur les personnes et par conséquent ne peuvent être poursuivis ceux qui, comme la plupart des grévistes arrêtés ces jours-ci, se sont bornés à détruire les outils, sans avoir préalablement menacé ou frappé les ouvriers dont ils cherchaient à interrompre le travail. » En effet, ces grévistes, que justifiait M. Lozé, avaient jeté à la Seine les outils de ceux qui refusaient de se joindre à eux ; ils avaient même mis à sac et incendié une usine à Asnières. Les protestations indignées de la presse républicaine obligèrent le préfet à retirer sa cir-
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culaire, le Gouvernement à fermer momentanément la Bourse du travail, où les AssocialioQs syndicales se réunissaient depuis 1882, et à maintenir cnergiquemeat l'ordre public aux funérailles d'Eudes, l'ancien général de la commune. Dirigée par UQ sieur Boulé, que subventionnaient Vlnlraïisïgeant et la Cocarde, la grève ne cessa que le 17 Août, deux jours avant les élections partielles, que le Ministère avait fixées au 19, contre l'avis des trois préfets intéressés ; ces fonctionnaires avaient inutilement déclaré à M. Floquet qu'il marchait à un échec certain.
Le résultat fut tel que l'avaient prévu les préfets et, bien que le général eût obtenu dans le Nord 30 000 voix de moins qu'au mois d'Avril, son élection dans ce département, dans la Somme et dans la Charente-Inférieure fut une défaite pour la République parlementaire. M. Floquet, plus convaincu que jamais que le général devait ses succès au mot de revision, inscrit sur son programme, annonça que, lui aussi, il tenait en réserve un projet de revision, qu'il déposerait dès la rentrée sur le bureau de la Chambre.
11 se préparait, lui aussi, à battre en brèche une Constitution, dont le vainqueur du 19 Août parlait en ces termes, dans son remerciement aux électeurs : Vous avez « l'inébranlable volonté d'en finir avec les mensonges d'une Constitution dont un courant irrésistible impose aujourd'hui le remaniement total ». Puis venaient les injures habituelles contre les con* vulsionnaires de la Chambre, qui sont acculés à une dissolution inévitable, qui se cramponnent à leur siège, qui arborent l'impertinente prétention de gouverner contre tout le monde, contre le Parlementarisme « qui se cantonne dans l'édifice vermoulu où les électeurs du Nord ont mis la pioche ».
Dans le remerciement aux électeurs de la Somme les parlementaires sont de faux républicains, des bêtes fauves et des épileptiques, des valétudinaires dont les brutalités mêmes