LA POLITIQUE DE CONCENTRATION
iiaire. M. Ouvré confirme les dires de M. Pelletan. M. Henri Brisson affirme que la Constitution est violée dans son article essentiel, celui qui est relatif à la responsabilité solidaire ; MM. Jaurès et Millerand retirent leur interpellation et M. Dupuy, auquel il suffisait de dire un mot pour remettre les choses au point, s'abstient de dire ce mot, quitte la séance et va porter la démission de ses collègues et la sienne à M. Carnot.
A défaut de vote, les incidents qui avaient précédé cette chute fournissaient une indication utile. La politique dite de concentration, condamnée pendant la période électorale, venait de faire ses preuves. Trois ministres, d'opinions à peine plus avancées que leurs collègues, avaient été un élément de faiblesse pour le Cabinet; ils l'avaient mis dans rembarras, après les désordres de Juillet et en très mauvaise posture, lors de la dernière discussion devant la Chambre.
Ainsi M. Dupuy, dans cette première administration qui avait duré près de huit mois, avait eu des hauts et des bas, de bons jours et de mauvais moments. Il avait rendu le service, au Président de la République et à la France, de prendre la direction des affaires à une époque difficile, de rétablir raccord entre les deux fractionsdu Parlement. Plus tard, il eut le mérite de présider avec impartialité aux élections générales et avec dignité aux fêtes de Talliance. Il ne tomba pas du pouvoir, il en descendit, sans avoir été mis en minorité, ni grandi, ni diminué par ce pouvoir, fort d'une expérience qui sera mise encore au service de la République et de la Patrie, quand il faudra constituer un Cabinet d'union.
Après une expérience de Cabinet homogène, modéré ou radical, il faudra toujours en revenir à un Cabinet d'union ou de concentration, parce qu'aucune des deux grandes fractions du parti républicain n'est assez forte, à elle seule, pour apporter à un Ministère une majorité suffisante, parce que
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le péril, venant des deux ailes, obligera toujours le Gouvernement à chercher son point d*appui au centre. M. Charles Dupuy Bemble le président du Conseil tout désigné des Cabinets qui ne pourront et ne voudront marcher qu'avec les républicains unis. Cette leçon ressort de Thistoire que nous Tenons de raconter, elle ressort de la facilité avec laquelle e'est constituée Tadministration du 6 Avril 1893, elle ressort des incidents mêmes qui ont précédé sa chute ; elle va ressortir de rhistoire des administrations suivantes. Quant à l'union, que Ton appelle concentration lorsque Ton veut la discréditer, est-elle si blâmable, quand elle réunit des éléments aussi peu dissemblables que Tétaient en 1893 les modérés et les radicaux? Quels principes, quelle question de doctrine les divisait alors? On le cherche vainement et l'on "Be prend à déplorer que les querelles de personnes, les ambitions individuelles, ou simplement la méconnaissance des conditions nécessaires de tout gouvernement, aient donné à nos institutions représentatives cette dangereuse instabilité et à la République elle-même l'apparence d'un perpétuel provisoire.
Une autre leçon ressort des élections générales de 1893, comme des élections générales de 1889. L'accès de fièvre que l'on a appelé le Panamisme, n'avait pas été plus pernicierux pour ht France que Taccès précédent, celui que l'on avait appelé le Boulangisme. Elle avait triomphé du mal gràoe à sa robuste constitution, à son bon sens, à son instinctive défiance des « rigorismes d'occasion », à la clairvoyance avec laquelle elle sait distinguer ses amis sincères de ses flatteurs intéressés.