CHAPITRE VIII
LE MINISTÈRE C A SIMIR-PÉRIER (2 Décembre 1893-29 Mai 1894.) Un ministère homogène.
Durée de la crise ministérielle. — La combinaison Spuller-Uaynal- Bmrdeau. — Le Cabinet Casimir-Périer. — M. Gasimir-Périer avant la présidence du Conseil. — M. Spuller. — M. Burdeau. — La Déclaration. — La proposition d'amnistie. — Le nouveau président de la Chambre. — La bombe de Vaillant. — Les quatre projets de défense sociale. — Exposé des motifs du projet sur la presse. — Rapidité de la disciwsion. — L'anarchie pendant les premiers mors de 1894. — Le renouvellement sénatorial. — La conversion du quatre et demi à la Chambre. — La polilicfue du Gouvernement à Madagascar. — Interpellation Clovis Hugues. — Interpellation Lockroy sur la Marine. — Interpellation Fabérot. — La colonne Bonnier à Tombouctou. — Augmentation des droits d'importation du blé. — Projet de loi sur les erreurs judiciaires au Sénat. — La politique religieuse du Cabinet. — « L'esprit nouveau. » Intervention de M. Henri firisBon. — La législation des fabriques. — La révision à la Chambre. — Intervention de M. Goblet. de M. Deschanel, de M. Naquet, de M. Casimir-Périer. — Le ministère des Colonies. — La grève de Trignac. — Interpellation Jaurès. — La lettre du nonce apostolique. — Ordre du jour Leygues-Descubes. — La question du général Riu au ministre de la Guerre. — Séance du 22 Mai au Sénat.
— Séance du 22 Mai à la Chambre. — Le Président du Conseil à Lyon. — Le programme du Ministère du 2 Décembre. — Sa chute.
— ApipréciaLion générale.
Abaadonné, en pleine bataille, par les trois collègues qui représentaient le radicalisme dans la combinaison du 6 Avril, M. Charles Dupuy s'était retiré, sans avoir été mis en minorité dans la Chambre, et le Président de la République se trouva dans Fhabituel embarras : aucune indication utile ne lui était fournie pour la solution de la crise. En présence d'une Chambre nouvellement élue, qui n'avait pas encore émifl un seul vote politique, il se demandait et tout le monde se démandait avec lui si TAssemblée renfermait les éléments
d'uQe majorité modérée ou d*uae majorité radicale, s'il fallait revenir au système de la concentration ou essayer du système nouveau d'un Ministère homogène, modéré ou radical. Dans les consultations qui précédèrent la solution de la crise, MM. Ghallemel-Lacour, Casimir-Périer, Charles Dupuy, Méline,Poincaré,Raynal, Merlin, Bardoux,deMahy, Félix Faure, Spuller et Burdeau jouèrent le principal rôle, comme conseillers autorisés de M. Carnot, ou comme membres désignés de la future combinaison. Les présidents du Sénat et de la Chambre, consultés les premiers, avaient indiqué M. Charles Dupuy pour la présidence du Conseil. Son refus, puis celui de M. Méline avaient fait songer à une combinaison SpuUer- Raynal-Burdeau.. Cette combinaison semblait réalisée et le monde parlementaire attendait beaucoup de Texpérience de M. Spuller, de son républicanisme éprouvé, de son passé sans tache, de son intégrité incontestée. M. Spuller justifia toutes les espérances que l'on avait mises en lui : jugeant les choses d'un coup d'œil net et prompt, il Gt savoir à M. Garnot que, dans la situation un peu confuse où l'on se débattait, il fallait choisir un président du Conseil dont le nom fut tout un programme ; il indiqua le président de la Chambre au Président de la République, il triompha des répugnances ou des hésitations de M. Casimir-Périer et, le 2 Décembre 1893, le Ministère Casimir-Périer se trouva constitué.
Le Cabinet du 2 Décembre comprenait des spécialistes, des parlementaires notables et, même en dehors de son chef, ministre des Affaires Étrangères, quelques hommes de premier ordre. Cette composition était un démenti au préjugé courant qui veut que, dans une combinaison vraiment homogène, il n'y ait qu'un homme de talent, à la tète du Cabinet, et des sous-ordres, de valeur moyenne, à côté de lui. M. Raynal avait l'Intérieur, M. Burdeau les Finances, M. Spuller l'Instruction Publique, les Beaux-Arts et les Cultes,