‹ Histoire de la Troisième RépubliqueChapitre 73 sur 172 · LE CABINET DU 2 DÉCEMBRE 18Ô · texte numérisé non relu

LE CABINET DU 2 DÉCEMBRE 18Ô

M. Antonin Dubost la Justice ; M. Viger rAgriculture ; M. Marty le Commerce ; M. Jonaart les Travaux Publics ; le général Mercier la Guerre; le vice-amiral Lefèvre la Marine ; M. Maurice Lebon le sous-secrétariat d*Etat des Colonies.

M. Raynal, député de la Gironde et président du groupe des républicains de gouvernement, était ministre pour la première fois. M. Burdeau, député du Rhône, avait déjà tenu le portefeuille de la Marine et organisé l'expédition du Dahomey, qui avait abouti à la dépossession de Behanzin et mis en vedette le général Dodds. M. Spuller, sénateur, ancien ministre des Affaires Étrangères, sous M. Tirard, obtenait le portefeuille pour lequel ses études antérieures, ses rapports sur les principales lois scolaires le désignaient plus particulièrement, celui de Tlnstruction Publique. A la Justice M. Antonin Dubost, député de l'Isère, comme MM. Jonnart et Marty, comme les deux ministres de la Guerre et de la Marine, était ministre pour la première fois. Au contraire M. Viger conservait le portefeuille de l'Agriculture qu'il avait eu dans la combinaison précédente. Le nouveau ministre de la Guerre appartenait à l'arme de l'artillerie ; comme son collègue de la Marine il était pris en dehors du Parlement ; il passait pour remarquable dans sa spécialité, mais il avait à faire ses preuves comme administrateur et à démontrer que son caractère était au niveau de ses aptitudes professionnelles. Rappelons encore que le président du Conseil, qui avait occupé les sous-secrétariats d'Etat de l'Instruction Publique et de la Guerre, était, lui aussi, ministre pour la première fois.

Petit-fils du ministre de Louis-Philippe, fils du ministre de M. Thiers, M. Jean Casimir-Périer était entré dans la vie politique après le 4 Septembre. Au lendemain de la guerre, qu'il avait faite avec les mobiles de l'Aube et qui lui avait valu la croix, glorieusement gagnée sur les champs de

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bataille du sud de Paris, il était devenu le chef du cabinet de son père. Son adhésion à la République, certainement contrariée par son entourage, par ses relations, par ses traditions orléanistes, avait été très ferme, très réfléchie et jamais la sincérité n*en avait été contestée. Au régime de son choix, il avait apporté, outre son nom illustre, ses connaissances, son éloquence nette et précise, d'allure un peu militaire et surtout sa personnalité très originale. C'était un caractère et une volonté. Depuis qu'il faisait partie de la Chambre des députés, sans se prodiguer, sans se mettre jamais au premier rang, il avait donné à tous l'impression qu'en lui était une force en réserve, pour le cas où la République courrait quelque danger, ou aurait besoin d'un nom éclatant. Parvenu un peu inopinément à la présidence de la précédente Assemblée, il était tout naturellement remonté au fauteuil de l'Assemblée nouvelle, accepté par la Droite à cause de son origine et de sa respectabilité, acclamé par la Gauche modérée dont il était le véritable représentant, redouté de la Gauche socialiste, à cause de son courage froid et tranquille. Porté d'une situation plutôt honorifique à une situation militante, il faisait espérer aux uns, craindre aux autres un véritable homme de gouvernement, résolu, énergique, ayant le sentiment des nécessités du moment, bien décidé à relever le principe d'autorité, à souder solidement les éléments épars de la majorité ; non moins décidé à prouver à l'étranger que l'esprit de suite entrait enfin dans notre politique extérieure, que nous étions un pays avec lequel on pouvait et on devait compter. Jamais, depuis le grand Ministère, l'avènement d'un homme politique à la direction des affaires n'avait provoqué plus vifs sentiments de curiosité ou d'espoir. Tous avaient le sentiment que l'on se trouvait enfin en présence de quelqu'un.

Parmi les lieutenants de M. Gasimir-Périer, le plus en vue

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