LA SEANCE CONTINUE
de M. Mirman, élu à Reims, où il était professeur, avant d'avoir accompli les dix années de son engagement universitaire. M. Mirman venait de regagner son banc quand un spectateur, placé dans une tribune de droite, lança une bombe qui fit explosion, après avoir heurté Tune des colonnes du pourtour, projeta partout des clous et des débris de fer, souleva un nuage de poussière et répandit une odeur irrespirable dans la partie droite de la salle des séances et dans Thémicycle. Au premier moment, peu de députés et peu de spectateurs se rendirent compte qu'un attentat venait d'être commis. Quand l'obscurité relative de la salle fut un peu dissipée, quand les personnes atteintes par les éclats du projectile eurent été emportées, la séance reprit et M. Charles Dupuy prononça ces mots restés célèbres : « Messieurs, la séance continue. » Elle continua, en effet, et M. Mirman fut validé. M. Casimir- Périer, qui était resté immobile à son banc, les bras croisés, pendant toute la durée de l'incident, monte alors à la tribune. « Il y a dans ce pays, dit-il, des lois qui protègent la société; elles sont confiées à notre garde, nous les appliquerons. » L'abbé Lemire, député d'Hazebrouck, fut atteint au cou par un morceau de fer. Soixante personnes furent blessées légèrement et, parmi elles, l'auteur de l'attentat, un anarchiste du nom de Vaillant, dit Marchai, qui fut transporté à THôtel- Dieu. Immédiatement après l'explosion les questeurs avaient ordonné la fermeture de toutes les portes du Palais. Elles ne se rouvrirent qu'à 8 heures du soir, après que l'on eut constaté l'identité de toutes les personnes étrangères au Parlement.
Le 11 Décembre le Ministère apportait à la Chambre quatre projets de loi, destinés à compléter la législation existante et à assurer une plus efficace protection de la société. L'un modifiait les articles 21, 24 et 49 de la loi sur la presse portant la date du 29 Juillet 1881 ; le second aggravait l'ar-
licle 265 et les articles suivants du Code pénal sur les associations de malfaiteurs ; le troisième aggravait Tarticle 3 de la loi du 19 Juin 1877, sur les explosifs ; le quatrième ouvrait an ministère de Tlntérieur un crédit de 800 000 francs, destiné à augmenter la police et qui fut consacré à la création, dans les centres urbains, de commissaires de police spéciaux.
L'exposé des motifs, placé en tête du projet de loi sur la presse, expliquait que Tarticle 43S du Code pénal avait dû être modifié, pour permettre d*atteindre l'emploi, dans unbutcriminel, d*engins explosifs, la provocation à commettre un attentat de cette nature et la provocation à commettre un crime ou un délit de vol. Une disposition nouvelle, ajoutée à Tarticle 24 de la loi de 1881, punissait Tapologie des crimes ci-dessus, au même titre que la provocation à les commettre et élevait à cinq années le maximum de la peine d'emprisonnement pouvant être prononcée. L'article 23 punissait la provocation adressée à un militaire d'un mois à six mois de prison : la peine était élevée d'un an à cinq ans, et augmentée d'une amende de 100 francs à 3 000 francs. Enfin l'article 49 modifié donnait à l'autorité judiciaire le droit de saisir les écrits, imprimés, placards ou affiches contenant la provocation aux crimes ou leur apologie et de faire procéder à l'arrestation des prévenus, conformément aux règles du Code d'instruction criminelle.
En 1892, après l'explosion de la rue des Bons-Enfants, la coalition de la Droite et de l'Extrême-Gauche avait amené le rejet du projet modifiant la loi de 1881. En 1893 M. Casimir- Perier demandait l'urgence sur les quatre projets de loi et la discussion immédiate du premier. Celte discussion fut ordonnée, malgré l'opposition de MM. Goblet, de Ramel, Lavy, Baudry d'Asson, Camille Pellelan, Jullien et le projet réunit 413 voix contre 63. Le môme jour la Chambre repoussa, par