PROJETS DE LOI CONTRE LES ANARCHISTES
401 voix contre 131, après un excellent discours de M. Jonnart et une intervention vaine de M. Millerand, une demande d'enquête de M. Basly sur les grèves du Nord et du Pas-de- Calais; mais elle vota, avec l'assentiment du Cabinet, la formation de deux grandes Commissions du travail et de prévoyance sociale, sur la demande de MM. Marcel Habert et Léon Bourgeois.
C'est le 15 Décembre que la Chambre adopta, à des majorités de plus de 400 voix, les trois autres projets contre les anarchistes : les opposants furent au maximum 43. Au Sénat l'opposition fut nulle. Nous signalerons encore, avant la clôture de la session, qui fut prononcée le 20 Décembre, une question du général lung au général Mercier, sur le cas de M. Mirman. Validé, celui-ci devait opter dans les dix jours entre son mandat de député et ses fonctions de professeur. Le ministre de la Guerre répondit que si M. Mirman donnait sa démission de professeur il devrait, à partir du l**" Novembre 1894, faire trois années de service militaire. 11 était assez mesquin de punir un professeur de son élection en lui imposant trois années de service, alors que son engagement décennal était presque réalisé. Sans doute le ministre devait appliquer la loi ; mais il était des moyens de la tourner et l'on avait su les trouver, quand il s'était agi de députés agréables. On ne s'avisait de l'appliquer, avec cette rigueur intransigeante, que parce qu'il s'agissait d'un adversaire politique. Ces inégalités de traitement sont toujours fâcheuses et choquantes.
Le 1"" Janvier 1894, 2000 perquisitions étaient faites, à Paris et en Province, chez tous les anarchistes connus de la police et amenaient la découverte et la saisie de documents compromettants, mais non pas d'engins explosifs. Renouvelées fréquemment, pendant les six premiers mois -de l'année, ces perquisitions et les arrestations presque quoti-
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(tiennes d'anarchistes ne donnèrent pas grand résultat. Les saisies répétées des deux moniteurs ofQciels de Tanarchie, la Révolte de Jean Grave et le Père Peinard d'Emile Pouget, ne furent pas plus efficaces. Aussi inutiles furent les condamnations prononcées en vertu des lois de Décembre ou de la loi sur la presse. Maurice Charnay eut six mois de prison pour son Catéchisme du soldat; M. Breton deux ans pour un acticle menaçant de mort le Président Carnot, s*il n'accordait pas la grâce de Vaillant; Jean Grave, l'auteur de la Société mourante et V anarchie, deux ans également.
Le 28 février l'anarchiste Léauthier qui avait frappé d'un coup de tranchet M. Georgewitch, ministre de Serbie à Paris, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.
La condamnation et l'exécution de Vaillant n'empêchèrent ni l'explosion de la bombe d'Emile Henry au café Terminus, ni les explosions de Thôtel Saint-Jacques et du Faubourg- Saint-Martin, ni celle de la Madeleine, où périt Pauwels, l'auteur supposé des explosions de l'hôtel Saint-Jacques et du Faubourg-Saint-Martin, ni celle du 4 Avril, au restaurant Foyot, qui faillit coûter la vie à Laurent Tailhade, l'admirateur de la beauté du geste de Vaillant, lançant sa bombe au Palais Bourbon. L'exécution d'Emile Henry, le 21 Mai, précéda d'un peu plus d'un mois le crime de Lyon.
Les chefs ou plutôt les théoriciens du parti, carie propre de la doctrine anarchique est la suppression des chefs, prolestaient bien contre la propagande par le fait, mais tous les adhérents n'avaient pas la haute intelligence de Reclus; les enseignements des théoriciens, tombant dans des cerveaux à demi cultivés, produisaient leurs fruits naturels : le vol, l'incendie, l'assassinat. Qu'importe que les vrais compagnons^ comme disait Elisée Reclus, dans le Travail de Liège, considèrent ces attentats comme des crimes, si les autres, bien plus nombreux, hélas ! les accomplissent avec un fanatisme tranquille ?
RENOUVfiLLElIBNT SÉNATORIAL DE 1894 267
Le 7 Janvier eut lieu le renouvellement du Sénat ; Télection fut une nouvelle victoire pour le parti républicain : il obtint 88 sièges sur 94, faisant perdre 8 sièges de plus aux adversaires de nos institutions. C'est le renouvellement du 7 Janvier qui fît entrer au Sénat M. Floquet, que M. Fabérot avait remplacé à la Chambre, élu de la Seine, M. Delpech, élu de TAriège, M. Joseph Fabre, élu de TAveyron.
Parmi les anciens sénateurs réélus nous trouvons, M. Léon Chiris dans les Alpes-Maritimes, MM. Drumel et Tirman dans les Ardennes, MM. Challemel-Lacour et Peytral dans les Bouches-du-Rhône, MM. Baduel et Paul Devès dans le Cantal^ M. Combes dans la Charente-Inférieure, M. Pauliat dans le Cher, MM. Spuller et Mazeau dans la Côte-d*Or, M. Gadaud dans la Dordogne, M. Loubet dans la Drôme, M. Milliard dans TEure. Jamais consultation électorale ne fut plus pacifique et le succès même des élections sénatoriales, tout autant que la brillante situation de la France à Textérieur^ décida le Gouvernement à tenter une opération, annoncée depuis quelques mois, et qui ne pouvait surprendre aucun des porteurs de rente 41/2.
Votée à la Chambre le 16 Janvier, la conversion fut achevée douze jours après. La discussion à la Chambre n'aurait pas offert grand intérêt, si quelques députés n'avaient émis la prétention d'affecter à certains dégrèvements le bénéfice de 67 ou 68 millions que la conversion du 4 1/2 en 3 1/2 devait procurer à l'État. M. Casimir- Périer dut poser la question de confiance pour faire rejeter, par 282 voix contre 186, un amendement antérieurement adopté, grâce à la coalition des amis de M. Jaurès et des amis de M. de Demis. La conversion, opération à la fois très considérable et très simple, suivant le mot de M. Casimir-Périer, admirablement préparée par M. Burdeau, s'effectua de la façon suivante. Les porteurs de 4 1/2 furent remboursés au pair ou reçurent, en échange
de leurs titres 4 i/i, une rente de 3 1/2, garantie contre toute conversion pendant huit ans. Le succès de cette opération ût grand honneur au jeune et habile ministre des Finances^ M. Burdeau. Cet enfant du peuple, porté par son travail et son mérite aux plus hauts emplois, se montrait supérieur à ses fonctions aux Finances comme à la Marine, comme à la Commission du budget, comme dans sa chaire de philosophie de Louis-le-Grand.
A l'ouverture de la session ordinaire de 1894, M. Charles Dupuy, réélu président sans opposition, donna à ses collègues un double et très sage conseil : en premier lieu, respecter les idées d'autrui, dans l'intérêt du régime parlementaire ; en second lieu, se moins absorber dans la vie et dans la politique de couloirs. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que cette recommandation, fort applaudie, comme il convient, ne fut entendue ni de la Chambre élue en 1893, ni de la Chambre suivante. La politique de couloirs, qui est la petite politique, durera autant que la grande, c'est-à-dire autant que le Parlement lui-même.
Parmi les interpellations les plus notables il faut signaler celle d'un député de la Réunion, M. Brunet, qui interrogea le Gouvernement sur sa politique dans l'île de Madagascar. M. Casimir-Périer répondit, en laissant planer une incertitude voulue sur les intentions du Cabinet, estimant qu'il serait aussi dangereux d'annoncer une expédition, sans avoir pris les mesures nécessaires, que d'annoncer qu'on ne fera jamais d'expédition. On se contenterait de veiller et sur l'honneur du drapeau et sur les intérêts de la France. Au moment où parlait l'orateur, le 22 Janvier, la situation était la suivante : l'Angleterre et l'Allemagne en s'établissant l'une à Zanzibar, l'autre sur des territoires africains, voisins de Zanzibar et de Madagascar, avaient formellement reconnu notre Protectorat sur celte île et le cousul allemand de Ta-