LA LÉGISLATION DBS FABRIQUES
FÉglise et il ajouta que s'il s'en produisait, comme k Saint- Bénis, il les ferait cesser, tout en maintenant fermement le clergé dans ses attributions, en le rappelant à Tobservation stricte de ses devoirs. Après ce discours la Chambre adopta, par 280 voix contre 120, un ordre du jour de MM. Barthou et A. Leboa qui disait, en d'autres termes, exactement la même chose que l'ordre du jour de M. Brisson et l'équi** voque qui avait présidé à toute cette discussion subsista.
Depuis rétablissement de la République la politique religieuse de tous les Ministères, modérés ou radicaux, a été exactement la même. Tous ont été aussi respectueux de la liberté de conscience que pouvaient l'être MM. SpuUer et Casimir-Périer et pourtant les plaintes de l'Église, toujours les mêmes, se sont fait entendre indistinctement sous tous les Ministères ; toujours elle a fait remonter au Gouvernement la responsabilité d'incartades comme celles du maire d» Saint-Denis; toujours elle se dit et se croit persécutée. La lutte a cessé, du côté du Gouvernement, le jour où le but a été atteint, le jour où le pouvoir laïque a triomphé; elle n'a jamais cessé du côté de l'Église; elle ne cessera sans doute jamais. Au moindre danger que courra la République, le cléricalisme cimentera toutes les oppositions coalisées contre elle.
On le vit bien, moins de huit jours après, le 10 Mars, dans l'interpellation de M. Baudry d'Asson au ministre des Cultes, sur la législation des fabriques et sur le décret du 27 Mars 1893 réglant Tapplicatioir de la loi; législation et décret que l'orateur catholique considérait comme des armes de guerre, comme des mesures de persécution. M. Spuller répondit que le premier devoir du Gouvernement était d'assurer le respect de la loi, de maintenir les droits et les prérogatives nécessaires de l'État. Or, tout ce qui concerne le temporel du culte et des fabriques, a toujours été considéré comme « compé-
tant exclusivement à Tautorité souveraine de l'État ». L'État continuera d'exercer ses droits « avec une inflexible modération ». D'ailleurs, 60 évêques sur 89 avaient ordonné d'exécuter la loi et 488 Conseils de fabrique seulement avaient protesté sur 40000. M. Spuller concluait par cette réflexion à l'adresse des catholiques bruyants et militants : « le bien ne fait jamais de bruit et le bruit ne fait jamais de bien. » L'ordre du jour pur et simple, accepté par le Gouvernement, fut adopté sans difflculté : M^^ d'Hulst s'y était rallié.
De la politique religieuse la Chambre revint à la politique pure, en discutant une proposition de revision de M. Bourgeois du Jura, qui voulait réduire le pouvoir législatif du Sénat à un simple veto, de durée limitée. La Commission d'initiative, par l'organe de son rapporteur, M. Coudreuse, proposa le rejet de la proposition, parce que le Sénat ne se prêterait pas à cette mutilation de ses pouvoirs, parce que la Chambre ne semblait guère plus disposée que le Sénat à se lancer dans la discussion d'une proposition de revision émanant de Tinitiative individuelle, parce qu'enfin le temps consacré à cette discussion serait mieux employé à la recherche de la solution des problèmes économiques et sociaux
La proposition de M. Bourgeois semblait devoir être écartée sans longs débats : la discussion prit une véritable ampleur, après l'intervention de M. René Goblet. L'éloquent leader de TExtrôme-Gauche considère la Constitution de 1875 comme une transition entre l'Orléanisme et la République; diaprés lui les pouvoirs du Président de la République sont identiques à ceux du Roi; les pouvoirs du Sénat sont identiques à ceux de la Chambre Haute de Louis-Philippe.
M. Deschanel répondit à M. Goblet qu'il convenait de réformer les mœurs parlementaires plutôt que de reviser la Constitution : celle-ci n'était pas sans défauts, mais elle avait au moins le mérite d'avoir été écrite par des adver-