CHAPITRE IX
LE SECOND MINISTÈRE DUPUY (29 llair26 Juin 1804.) La fin de la PréstiUiiG» Garnot.
Appel adressé aux radicaux. — M. Bourgeoia se dérobe. — Appel & M. Charles Dupuy, — Le Cabinet du 29 Mai. — La Déclaration. — L'alfaire Turpin. — Incident de Galliffet. — M. Casin)ii>Périer prési*dent de la Chambre. — Interpellation Goblet-Pelletan. — Caisse de retraite des ouvriers mineurs. — Loi sur les Syndicats professionnels ajournée. — Interpellation Thierry-Gazes. — Garantie de TKtat au& Compagnies de chemins de' fer. — La situation de la France en Afrique, d'après M. Uanotaux. — Demande de crédits pour l'Afrique.
— Jeanne d'Arc au Sénat. — MM. Joseph Fabre et Charles Dupuy.
— L'œuvre législative du Sénat. — M. Carnot à Lyon. — Toast de M. Gaillelon. — Réponse de M. C€U*not. — Caserio Giovanni Sonto.
— Retour du président du Conseil à Paris. — M. Casimir-Périer à la Chambre. — M. Challemel-Lacour au Sénat. — Emotion produite en Europe et dans le mondes — Les obsèques nationales. •— Appréciation générale.
Jamais la Chambre élue en 1893 ne montra mieux son incohérence, son absence d'esprit politique, que dans le vote du 22 Juin 1894, qui renversa le Cabinet Casimir-Périer; En pleioe tranquillité intérieure, après que Ton était sorti des difficultés créées par l'affaire de Panama, quand on avaifc devant soi un Ministère dont l'autorité grandissait chaque jour, un vote de coalition, sur une question sans importance, compromit tous ces résultats. La faute avait été commise par les radicaux et par la Droite, Comme on ne pouvait songer à amalgamer des éléments aussi dissemblables, ni à faire entrer dans un Ministère républicain des socialistes révolutionnaires, force fut bien au Président de s'adresser aux radicaux. MM. Peytral et Brisson, qu'il avait fait appeler à l'Elysée, dès le début de la crise, regardaient comme
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possible la formation d'un Cahinst de concentraiion, où les radicaux seraient en majorité^ et ils considéraient Mi. Bourgeois comme le plus apte à faire réussir cette combinaison. Certes la combinaison était possible et elle avait autant de cbances de succès que celle qui lui fut finalement préférée, parce que les radicaux, d'opposants devenus ministres, gouverneraient, à peu de chose près, comme les opportunistes, sauf à redevenir intransigeants dans Topposition:
Malheureusement pour les ambitions impatientes, M. Bourgeois se refusa obstinément à former le Ministère que Ton attendait de lui. Il avait bien vu, le iS Mai, la Gauche radicale et TExlrème Gauche, dans une réunion de ces deux groupes, déclarer qu'il fallait « porter résolument à gauche Taxe de la nouvelle politique» ; mais il avait vu en même temps les républicains modérés, d'un tiers plus nombreux que les républicains radicaux, déclarer le même jour, à la même heure, qu'ils ne soutiendraient « qu'un Cabinet offrant, par sa composition, les mêmes garanties que le Cabinet Casimir-Périer ». Cette déclaration condamnait à la fois un Cabinet radical et un Cabinet de concentration: M. Bourgeois le comprit et il résigna ses pouvoirs aux mains de M. Carnot.
Le Président de la République revint à M. Dupuy, pour lequel il avait du goût et qui l'avait tiré d'embarras, Tannée précédente, h parei\Ie époque. M. Dupuy possédait d'ailleurs au même degré la confiance des républicains qui l'avaient élu président de la Chambre et qui lui surent gré de quitter cette haute situation pour rentrer dans la mêlée. M. Dupuy, avec sa décision habituelle, eut vite choisi ses collaborateurs. Le 29 Mai on connut la liste des nouveaux ministres. M. Dupuy reprenait, avec la présidence du Conseil, l'Intérieur et it y ajoutait les Cultes, détachés de la Justice. A la Justice et aux sceaux il rappelait M. Guérin, sénateur de Vaucluse, son cot-
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lègue du 6 Avril 1893. Il coDHait les Finaoces à H. Poincaré, un autre de ses collègues du 6 Avril, mais b l'InstrucLion Publique, aux Beaux-Arts et aux Cultes. L'Instruction Publique, et les Beaux-Arts passaient, celle fois, aux mains d'un député de Lot-et-Qaronne, encore peu connu, H. Georges Leygues, poète délicat, artiste plein de goût, qui avait conquis de nombreuses sympathies dans toutes les parties de laChambre et qui n'allait pas tarder & se faire une place à TlnstructioD Publique d'abord, et plus tard & l'Inlérieur. H. Félix Faure, qui avait failli être de la combinaison du 6 Avril 1893 et qui en edtété, sans son absence de Paris, recevait, cette fois, le portefeuille de la Marine. La Guerre était donnée au général Mercier, minisire sortant du Cabinet Casimir-Périer. Ua autre jeune député, M. Delcassé, de l'Ariège, était appelé aux Colonies et un sénateur des Landes, M. Lourlies, au Commerce. A l'Agriculture M. Dupuy laissait son ancien collègue du 6 Avril, M. Viger, député du Loiret, que M. Casimir-Périer avait également conservé. Aux Travaux Publics était appelé uu Uomme nouveau, l'un des plus jeunes et des plus éloquents députés, M. Barthou. Un minisire plénipotentiaire M. Hanotaux, ancien député non réélu, eut la charge de nos relations extérieures. En somme, M. Dupuy avait formé un Cabinet presque entièrement modéré : seul M. Viger appartenait au groupe radical. Il est inutile d'ajouter que les radicaux poussèrent les hauts cris, prétendirent que le nouveau Ministère avaitété formé inconstitutionnellement. Leurs réclamations furent vaines, leur chef, M. Bourgeois, ayant d'avance promis son concours à la combinaison. La Déclaration ministérielle, assez courte et sans prétentions, fut mieux accueillie à la Chambre qu'au Sénat, peut- Stre parce que le Sénat n'était représenté dans le Cabinet que par deux de ses membres, moins connus qu'honorables, MM. Guérin et Lourties. Les ministres du S9 Mai se présen-
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talent comme des hommes de bonne volonté, bien décidés à garantir résolument Tordre public contre toutes les agitations, disposés à améliorer le sort des ouvriers des villes et des campagnes et croyant plus, pour y arriver, à la vertu du principe républicain qu'à Tefficacité des moyens révolutionnaires. Parmi les réformes sociales, le Cabinet considérait comme la première et la plus essentielle la réforme flscale et il terminait ce document « bon enfant », où se retrouvait aisément la marque de son auteur, en assurant les viticulteurs de toute sa sollicitude.
Le jour même de la lecture de la Déclaration, une question de M. Le Hérissé au ministre de la Guerre, transformée en interpellation, sur la demande de MM. Pourquery de Boisserin et Paulin Méry, fit revenir TafTaire Turpin devant la Chambre. Avec toute sa souplesse et son habileté, avec sa connaissance des courbes savantes et des détours ingénieux, M. de Freycinet s'en était mal tiré; le général Mercier, qui était tout d'une pièce, s'en tira moins bien encore. Turpin prétendait avoir découvert, durant sa captivité, un nouvel engin et un nouvel explosif plus redoutables que la mélinite, dont il voulait assurer la possession et le bénéfice à son pays, à la France. Le Tl Septembre 1893, à sa sortie de prison, il avait écrit, pour lui faire ses offres, à M. Ch. Dupuy, alors président du Conseil. Le 25 Décembre, le Cabinet ayant changé de chef et le département de la Guerre de titulaire, il fait parvenir ses livres, écrits, brochures au général Mercier : celui-ci les renvoie par un gendarme. Le 30 Décembre il écrit à M. Casimir-Périer, par l'intermédiaire d'un député de la Droite, M. de Ramel, et, cette fois, il obtient une réponse cinq mois plus tard : le 13 Mai M. Casimir-Périer lui fait savoir que le général Mercier ne peut entrer en relation avec lui, à cause de la lettre qu'il a eu le tort d'écrire, le 20 Avril, au colonel Deloye, directeur de l'artillerie.
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Daas sa réponse au questionneur et aux interpellaleurs, le géaéral Mercier expliqua que, par ua traité en date de 1883, Turpin avait cédé b la Guerre le droit de préparer et d'utîli- Bcr l'acide picrîque inventé par lui. Il avait reçu, en échange, une somme de âaOOOO francs et la croix. Turpin avait sa tirer la mélinite de l'acide picrique. Au bout de dix mois, conformément aux clauses du traité de 1883, redevenu maitre de sa découverte initiale, l'acide picrique, il avait négocié avec une puissance étrangère, trahi son associé Triponé et encouru une condamnation pour espionnage, d'où son indignité. C'est celte indignité qui interdisait au mîotstëre de la Guerre d'entrer en relations avec lui.
Pour clôturer la discussion, M. Flaodin déposa l'ordre du
jour suivant qui fut accepté par le Gouvernement et adopté
par l'Assemblée : La Cbambre, confiante dans la vigilance da
fiouvernement, pour assurer, en toutes circonstances, l'étude
approfondie d'inventions scientifiques pouvant contribuer à
la défense nationale, passe à l'ordre du jour. Cet ordre da
jour blâmait indirectement le ministre de la Guerre et le
mettait en demeure d'accueillir les ouvertures de Turpin.
ITnn Commission fut, en effet, nommée pour étudier le nou-
engin découvert par Turpin; elle déclara qu'il n'olTrait
un intérêt suffisant pour la défense nationale et Turpin
libre de l'utiliser à son gré. Il demeura acquis que dans
enir l'indignité d'un inventeur (et celle de Turpin était
I relative) ne dispenserait pas l'administration de ia
!rre d'étudier une invention dont la défense nationale
Trait tirer proHt.
'est encore le général Mercier qui, dès le début du second istëre Dupuy, eut à répondre k une très embarrassante stionquiluifut posée par le général Riu, député radical de r-et-Cher. Daas une enquête sur le désanoement, le Figaro it donné l'opinion d'nn général mmiintiant de Gorpa