SITUATION DE LA FRANCE EN AFRIQUE
non pas par un discours politique, mais par un mémoire historique, dont M. Hanotaux donna lecture, ea réponse à rinterpellation de MM. Etienne et Dêloncie sur un immense sujet : la situation de la France en Afrique. MM. Etienne et Deloncle croyaient que les traités signés par TAnglelerre avec le roi d'Italie et avec le souverain de TÉtat indépendant du Congo lésaient nos intérêts africains : c'est sur ce thème que s'expliqua M. Hanotaux.
Six ans après, à la lecture, on a quelque peine à s'expliquer le grand succès qu'obtint ce document, dont nous présenterons une rapide analyse. L'acte général de Berlin, du 26 Février 1885, domine toute la matière, tout le droit international africain. Cet acte donne à la France le droit de s'intéresser à tout ce qui se passe dans les territoires réservés à l'Association internationale africaine, qu'administre l'Élat indépendant du Congo ; or, le traité anglo-congolais du 12 Mai n'a pas respecté les conditions d'existence de l'Association du Congo dans le bassin du Congo, plus qu'il n'a respecté l'intégrité de TEmpire ottoman dans le bassin du Nil. M. Hanotaux rappelle qu'en 1892 des pourparlers avaient été engagés pour que la France signât une convention franco -congolaise, consistant en un partage sur le papier d'une partie du bassin du Nil. Bruxelles et Londres ont commencé par repousser les réserves faites par la France au sujet de l'acte du 12 Mai, puis Londres, se ravisant, s'est déclarée prête à examiner toutes les questions pendantes dans l'Afrique centrale et occidentale. Avant cet examen, la France considère cette convention comme nulle et de nulle portée. De Constantinople, le sultan a formulé les mêmes protestations que M. Hanotaux, à Londres et à Bruxelles.
Au sujet du voisinage des possessions françaises et des possessions congolaises en Afrique, M. Hanotaux redit,
qu'en vertu d'une convention de 1887 avec Bruxelles, Taction politique de la France et du Congo devaient être séparées par rOubangui et par le quatrième parallèle. En 1890, on apprit que les agents de l*État indépendant, entraînés parla 'chasse de Tivoire, avaient franchi et TOubangui et le quatrième parallèle. Ces incursions se renouvelèrent plusieurs fois et le prédécesseur de M. Hanotaux, M. Casimir-Périer, avait accepté un arbitrage, lorsque Ton apprit la convention du 12 Mai. Cette convention incite le Gouvernement français, sans attendre l'arbitrage, à prendre des mesures conservatoires et à renvoyer sur les lieux Tofficier qui commande le haut Oubangui. M. Hanolaux termina en disant, que si la Chambre lui en fournit les movens, le Gouvernement assurera, dans ces régions lointaines, des réserves d'avenir aux destinées de la France.
Ce respect des droits du Sultan, que M. Hanotaux professait avec une ardeur un peu intéressée et qui cachait mal un goût assez vif pour Abdul Hamid, aurait pu être invoqué pour justifier toutes les défaillances et tous les abandons ; toutes les défaillances morales, comme lorsque la France reste muette, ou parle trop doucement, en présence de massacres impunément commis; tous les abandons matériels, comme lorsqu'elle laisse l'Anglclerre agir seule à Alexandrie, à Tell el Kebir et au Caire. D'ailleurs, comment concilier ce respect des droits du Sultan, avec l'envoi, dans le bassin du Nil, de missions qui forcément rencontreront TÉgyple, vassale de la Porte?
La Chambre ne se posa pas ces questions en 1894. Elle vota par 810 voix, à l'unanimité, un ordre du jour de M. Etienne, approuvant les déclarations du Gouvernement qui saurait faire respecter les droits de la France.
Le lendemain, les journaux anglais, commentant une question posée par sir Charles Dilke à la Chambre des Commune$
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et le discours de M. Hanotaux à Paris disaient, non sans rai^ son, que le refus de la France d'agir contre Arabi avait forcé les Anglais à se charger du lourd fardeau de l'Egypte ; que la France ne retrouverait plus une occasion qu'elle avait perdue par esprit de colère et faute d'une perception politique suffisamment nette.
Le 9 Juin, le ministre des Colonies, répondant à l'appel du ministre des Affaires Étrangères, déposait une demande de crédit de 1800 000 francs, pour la protection des intérêts français en Afrique. Plus d'un million devait être prélevé sur cette somme pour renforcer les postes français sur le haut Oubangui et construire des canonnières qui remonteraient le grand fleuve africain, protégeraient nos établissements et tiendraient en respect les agents de l'Etat indépendant. Sur le rapport de M. Terrier, la Chambre vota le crédit d'enthousiasme, comme elle avait voté l'ordre du jour Etienne.
Le 8 Juin, le Sénat avait adopté une proposition de M.Joseph Fabre, amendée par MM. Demole et Waddington et ainsi conçue :
Article L La République française célèbre annuellement la fête de Jeanne d'Arc, fête du patriotisme.
Article II. Cette fête a lieu le deuxième dimanche de Mai, jour anniversaire de la délivrance d'Orléans.
Article IIL 11 sera élevé en l'honneur de Jeanne d'Arc, sur la place de Rouen où elle a été brûlée vive, un monument avec cette inscription : A Jeanne d'Arc, le peuple français reconnaissant.
Nous ne rappelons cette proposition, qui est restée à l'état de proposition votée par une seule Assemblée, que pour dire que la décision du Sénat fut l'aboutissement d'une longue campagne, entreprise par M. Joseph Fabre, pour ce que l'on pourrait appeler la béatification laïque de Jeanne d'Arc. Ce
ne fut pas seulement Téloqueiice communicative de M. Joseph Fabre qui décida le vote, ce fut aussi la hauteur de langage et rintensilé de patriotisme montrés par un autre professeur de philosophie, M. Ch. Dupuy, dont le talent avait singulièrement grandi, depuis qu'il avait passé parla présidence du Conseil et jflar la présidence de la Chambre des députés.
Le Sénat eut encore à se prononcer sur les médersas d'Alger, Conslantine et Tlemcen : à la suite d'un discours de M. Gambon il vota un ordre du jour approuvant en principe leur développement et renvoyant au Gouvernement l'étude de cette intéressante question. Sur celle, non moins intéressante, des habitations à bon marché, il renvoya le projeta la Commission et sur celle de l'assainissement de la Seine et de Paris il émit un vote favorable par 201 voix contre 26. Nous avons dit qu'il avait également émis un vote favorable, quoique plus disputé, sur la caisse des retraites des ouvriers mineurs.
Telle était la situation de la France, tranquille à l'Intérieur, respectée au dehors, au moment où M. Carnot quittait Paris, le 23 Juin, avec MM. Charles Dupuy, le général Borius et Tranchau, pour tenir la promesse qu'il avait faite aux Lyonnais d'aller visiter leur Exposition.
A Dijon, où le train présidentiel s'arrête cinq minutes, M. Carnot trouve, outre son (ils aîné, lieutenant d'infanterie, son gendre M. Cunisset-Carnol, sa fille et leurs enfants. Le soir même, il arrive à Lyon et, après avoir reçu les fonctionnaires à l'Hôtel de Ville, il se rend à la Préfecture. La journée du Dimanche est consacrée à de nouvelles réceptions, à des visites aux hôpitaux, à l'Exposition et à un banquet que la municipalité offre au Président de la République dans le Palais de la Bourse. Dans sa réponse au toast du maire de Lyon, M. Gailleton, M. Carnot rappelait qu'il avait visité Lyon