LES DISCOURS AU PANTHÉON
blementla mesure qu'il faut garder, la tenue qu'il faut avoir pour un grand deuil, comme pour un grand triomphe national. A ses bons citoyens, comme à ses glorieux poêles, comme à ses illustres savants, il sait faire d'inoubliables funérailles.
Au Panthéon des discours furent prononcés par MM. Dupuy, Challemel-Lacour, de Mahy et, au nom de TÉcole [Polytechnique, parle général André. MM. Dupuy et Challemel-Lacour fixèrent heureusement les traits de la physionomie de M. Carnot. Il adonné à son pays sa vie même, disait le président du Conseil. Sans se départir jamais de la simplicité républicaine, instinctive chez lui, il a su donner à la magistrature suprême une tenue, une attitude, une valeur représentative, qui répondent à la fois au seatiment et à Tintérêt national. Ce que célèbrent toutes les manifestations, tous les télégrammes, toutes les couronnes, toutes les fleurs, c'est rhomme intègre, le citoyen exemplaire, le magistrat loyal et par-dessus tout le pacifique. M. Dupuy termina en signalant le nombre considérable d'œuvres d'assistance et de prévoyance sociale, ou de bienfaisance individuelle, auxquelles le Président donnait son concours.
M. Challemel-Lacour, après avoir rappelé les honneurs tardifs rendus le 4 Août 1889 aux restes de Lazare Carnot, le Victorieux, dit que son petit-fils n'a jamais connu la colère, la vengeance, ni la haine ; qu'il a essayé, par son sourire aimable et loyal, de désarmer les plus profondes rancunes; qu'il s'est prodigué à tous dans des voyages sans fin. Si l'exil a récompensé le grand-père, si la main d'un fou a frappé le petit-fils, M. Challemel-Lacour se pose cette question : « A quoi bon agir, puisque telle est la rémunération qui attend les plus purs dévouements?» Et il répond éloquemment : « La France vit du dévouement de tous ceux qui se sont sacrifiés pour elle, des nobles pensées qui ont traversé leur esprit, *de leurs souffrances, même de leur mort; le coup frappé à Lyon
retentit en témoignages de sympathie, où nous avons le droit de puiser quelque force et quelque fierté. »
Quelle succession d*événements, entre le Congrès de Versailles^ par une froide journée de Décembre 1887 et le drame de Lyon, par lune chaude nuit d^été, en Juin 1894 1 La situation estcrilique, sinon dangereuse, lorsque Sadi Carnet eât porté par un vote inattendu à la première magistrature. Homme de second plan jusqu'à ce jour, il se trouve d*embiée à la hauteur de ses fonctions, qu'il comprend et qu'il remplit tout autrement que son prédécesseur, avec moins d'égoïsme, avec plus de bonté réelle et bientôt avec autant d'autorité. Son impeccable correction frappe tout le monde dans les cérémonies auxquelles donnent lieu l'Exposition de 1889 et les fêtes du Centenaire et cette correction, cette dignité cons> tante, dignité de la tenue et dignité de l'àme, ne contribue pas médiocrement à assurer la victoire de la République sur les monarchies syndiquées. Le Boulangisme vaincu, c^est l'Europe qui peu à peu se laisse conquérir comme l'a été la France et c'est le plus autocrate des souverains qui fait à la République française des avances significatives. Chaque jour, grâce à Carnot, se resserrent les liens d'une amitié qui semble permettre à notre pays des espérances d'avenir, ëq moins de sept années, par sa seule influence, malgré les troubles momentanés, l'arrêt de la machine et même les reculs que causent de trop nombreux changements ministériels, malgré les craintes inspirées par les premiers attentats anarchistes, Carnot a su, à Tintérieur comme au dehors, rendre de signalés services à la République et à la France. Sa conduite politique n'a pas encouru un reproche. Sa conduite privée fut au-dessus de tout éloge. Il a emporté les regrets de tout un peuple, les sympathies du monde entier. Quel chef d'État, quel prince, quel souverain mérite une plus belle oraison funèbre que ce simple citoyen?